Agnès Laboudigue (Carats) : "Développer des solutions adaptées à la mode"

Carats (Carnot Appui Technique et Scientifique), programme des Instituts Carnot, vise à améliorer la compétitivité des entreprises françaises dans divers secteurs dont la mode et le luxe, en les mettant en relation avec les chercheurs. L’idée est de partir à la rencontre des PME et ETI pour identifier leurs besoins afin de donner à ces entreprises des solutions techniques et scientifiques. Un an après le lancement du programme, qui fait travailler plus de 4 000 chercheurs, Agnès Laboudigue, adjointe au directeur de la recherche de Mines ParisTech, et directrice opérationnelle de Carnot Mines, revient pour FashionNetwork.com sur la naissance de Carats et sur ses objectifs.


Agnès Laboudigue : « La filière mode et luxe est l'une des premières exportatrices française »

FashionNetwork : Quand vous avez choisi de vous emparer de la filière Mode & Luxe, était-ce un univers étranger pour l’Institut Carnot ?

Agnès Laboudigue : Non, nos chercheurs menaient déjà des missions à droite à gauche avec des entreprises de ce secteur. Elles venaient à nous avec leur problématique et nous y répondions. L’idée maintenant est de pouvoir se concentrer particulièrement sur la mode et le luxe en partant à la rencontre des PME et ETI qui se sentent souvent isolées. Nous voulons montrer que nous pouvons développer les solutions à leurs besoins. Soit en utilisant des technologies appliquées dans d'autres domaines qui pourraient aussi servir à cet univers (tissus résistant au feu, batteries souples, colorants naturels) soit en créant la solution spécifique. Par exemple, nous travaillons beaucoup avec les grandes maisons sur la transmission du savoir-faire, au niveau organisationnel mais aussi technique. Il faut trouver un équilibre entre la culture du secret, qui règne dans ses entreprises, et la perte des savoir-faire. Nous avons alors transposé une compétence au départ développée pour l’automobile. Il s’agit d’un robot, incluant un algorithme, qui reconstitue les gestes effectués par un artisan sur un métier à tisser ou une machine à coudre complexe par exemple. L’objectif est de ne pas perdre ces gestes et de pouvoir les transmettre aux futures générations, mais aussi d'améliorer le quotidien de ces artisans en observant quelles postures peuvent engendrer des troubles à cause de leur pénibilité. Nous voulons associer à la fois les sciences humaines, sociales et les sciences dures.

FNW : Quel gros chantiers avez-vous identifié via le prisme de la recherche pour le secteur ?

AL : Après concertation avec les professionnels et les différentes fédérations, il y a, de notre point de vue, cinq enjeux majeurs auxquels nous pouvons répondre. D’abord, la création et l’ingénierie qui inclut les nouvelles façons de produire et de concevoir, ensuite le luxe du futur en référence à l’utilité des nouveaux matériaux et au besoin d’anticiper les demandes de demain, puis l’image et l’identité de marque. Dans cette catégorie nous réfléchissons par exemple au branding sonore et à la lutte contre la contrefaçon en utilisant le marquage invisible via des nanocristaux synthétiques. Nous voulons aussi travailler sur le développement durable avec le recyclage et les matériaux de substitution, et enfin, comme je l'ai évoqué, sur la transmission du savoir-faire.

FNW : Selon vous, à quels changements la mode et le luxe ne vont-ils pas pouvoir échapper ?

AL : Je pense qu'il s'agit d'abord d'organisation. Les entreprises ne peuvent plus agir chacune de leur côté, mais plutôt se réunir en grappe. Cette remarque, je la tiens aussi de patrons d’entreprise. Si nous voulons résister à la concurrence, même européenne, nous devons être capables d’offrir différents services à un même client final. Par exemple, quand nous faisons appel, dans un tout autre domaine, à un maître d’œuvre pour des travaux, nous aimons qu’il vienne avec son réseau et qu’il sache à quel plombier ou charpentier il va faire appel pour compléter son travail. Ce type d’organisation existe déjà dans la mode, comme en Italie du Nord, autour de Milan et du lac de Côme. Les façonniers, les filateurs… se connaissent tous et travaillent ensemble. En une semaine, une entreprise peut trouver les réponses à tous ses besoins avec cette méthode. En France, Mode Grand Ouest est une première structuration d’une offre collective et c’est très intéressant. Sur un aspect plus technique, je dirais qu’il faut absolument s’intéresser à la digitalisation et aux nouveaux modes de consommation. Je pense que désormais, les clients veulent d’abord voir ce dont il ont envie et ainsi faire intervenir la fabrication dans un second temps.

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