Antoine Salmon (Knight Frank) : "Ikea va fortement renforcer le flux commercial du quartier Madeleine"

Ikea a donc choisi de s'installer face à l'église de la Madeleine, au sein de l'ex-centre commercial Les Trois Quartiers. Sur un espace de 5 000 mètres carrés jusqu'alors exploité par C&A, le suédois sera le voisin direct d'une autre locomotive mass market du quartier : Decathlon. Responsable « retail leasing » du spécialiste de l'immobilier d'entreprise Knight Frank, qui a géré le dossier Ikea, Antoine Salmon explique à FashionNetwork.com ce que cette arrivée pourrait signifier pour le quartier. 


L'arrivée d'Ikea à Madeleine devrait intervenir avant septembre 2019 - DR

FNW : Quel effet peut avoir l’ouverture d’Ikea dans cette zone ?

AS : L’arrivée d’Ikea aura sans doute un impact sur l’offre du quartier. Nous avons déjà été appelé par d’autres acteurs de l'univers de la maison qui se questionnent, se remettent à s’intéresser au quartier. Car cela va être un véritable générateur de flux. Decathlon réalise à Madeleine des performances comptant parmi les meilleures de son réseau et reste, jusqu’à ce jour, l’un des principaux générateurs de flux du quartier de la Madeleine comme de l’axe Madeleine/Opéra. Demain, il faudra aussi compter sur Ikea, qui est quelque part perçu comme l'Uniqlo du meuble, avec une offre intemporelle s’adressant à toutes les tranches d’âges. Les retombées fortes à la suite de l’annonce de l’arrivée d’Ikea tiennent au fait que tout le monde a une expérience de l’enseigne. Très souvent, quand un concept arrive à un endroit, c’est clivant, avec une bataille entre pour et contre. Là, la venue d’Ikea est accueillie de manière positive et bienveillante.

FNW : De tous, y compris les acteurs du luxe ?

AS : Ce sont des retours spontanés que nous recevons. Mais cela ne se borne pas au monde professionnel. Quant à connaître la réaction des acteurs du luxe, il faudra attendre. Tout le monde n’a pas encore pris connaissance de cette arrivée, qui se fera dans le courant de l’été 2019, au plus tard au mois de septembre, mais vraisemblablement avant. C’est un quartier offrant un mélange d’offres un peu particulier. Il est certain que l’on verra certaines enseignes éviter de s’installer à côté d’Ikea, en raison de leurs stratégies respectives. Mais, en même temps, comme nous parlons d’une enseigne s’adressant à tout le monde, cela ne serait pas incompatible avec différents niveaux de gamme. Personne n’imagine Ikea rue Saint-Honoré. Mais, après tout, au cœur du quartier de la Madeleine, des marques comme J.M. Weston ou Kenzo vivent très bien aujourd’hui entre un Boulanger et un Darty.

FNW : Quel impact peut avoir cette arrivée sur les valeurs locatives ?

AS : Je pense que, sous réserve qu’Ikea réussisse son pari du centre-ville, cela soutiendra à terme la valeur locative du marché. Et là où vous pouvez assister à certaines baisses de valeurs, cela viendra soutenir les montants actuels. Parce qu’Ikea va fortement renforcer le flux commercial du quartier Madeleine et soutiendra une demande plus forte. Et, si ce n’est pas le cas pour tous les acteurs, cela le sera pour un certain nombre d’entre eux. A la suite des récentes rumeurs entourant Ikea, nous avons été contactés par diverses enseignes qui s’étaient penchées sur cet emplacement, sous différents formats. Et qui nous ont expliqué qu’ils n’avaient sans doute pas suffisamment étudié le dossier, que le lieu était peut-être plus approprié qu’ils ne le pensaient par rapport à leurs critères. Le regard a un peu changé. Il faut le lire à l’aune de l’effet d’annonce, du fait que tout le monde veut prendre part à la transformation du quartier.


Antoine Salmon - Knight Frank

FNW : Quels sont les autres changements à l’œuvre sur l’artère ?

AS : Dans le cadre de la liquidation de BCBG Max Azria, vous avez en face d’Ikea un emplacement d’une surface assez importante. Et qui, une fois la liquidation terminée, fera sans doute l’objet d’une recommercialisation. Avec, donc un regain d’intérêt de la part de certaines enseignes, là où ce n’était précédemment pas un emplacement prioritaire. Nous venons aussi de recommercialiser le magasin Perigot (16, boulevard des Capucines, ndlr) avec une enseigne d’équipement de la personne qui ouvrira en juin. Il y a aussi un hôtel cinq étoiles qui va ouvrir un peu plus loin… C’est donc un axe avec de forts fondamentaux, mais amené à se renforcer. Un point intéressant est qu’il me semble que le Decathlon est fermé le dimanche, bien qu’il soit dans une zone touristique internationale. Ikea a bien l’intention d’ouvrir le dimanche. Et le quartier, qui a dans sa zone primaire une forte densité de bureau, va peut-être se remettre à vivre le dimanche.

FNW : Comment s’inscrit cette arrivée dans l’histoire commerciale du quartier ?

AS : C’est tout un secteur de la maison qui revient en force, après une première décennie des années 2000 difficile. C’est historiquement la destination des épiceries fines. L’arrivée récente de Café Pouchkine est d’ailleurs venue renforcer cette destination. On sait que d’autres grands noms d’épicerie ou de pâtisserie à la française sont intéressés par cet environnement. L’arrivée de l’Hôtel Fauchon va conforter tout cela. En parallèle, il y a la présence historique de Darty sous la Madeleine, le premier Boulanger de centre-ville, qui a pris la suite d’Habitat (au 30, boulevard des Capucines, ndlr), et Leroy Merlin sur l’ex-parking de l’hôtel Palacio. L’arrivée d’Ikea sacre, si je peux dire, l’arrivée du secteur déco/ameublement à cet endroit-là. Secteur qui se porte bien à Paris. On voit des magasins Sarah Lavoine pousser à plusieurs endroits, le développement de La Redoute Intérieur et AMPM, que nous allons installer place des Victoires, avec son plus grand magasin parisien (600 m²) en juin ou juillet prochain.

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