Commerce : fermeté à Pékin, prudence en Europe après les décisions américaines

Washington/Pékin/Bruxelles, 23 mars (Reuters) - Les mesures commerciales annoncées jeudi par Donald Trump n'ont pas dissipé les craintes de déclenchement d'une guerre commerciale, déstabilisant les marchés financiers qui craignent les conséquences pour la croissance mondiale.

Le président a soufflé le chaud et le froid en signant un mémorandum qui pourrait imposer des droits de douanes sur un maximum de 60 milliards de dollars (49 milliards d'euros) d'importations chinoises tout en exemptant provisoirement l'Union Européenne et d'autres pays - à l'exception notable du Japon - des tarifs douaniers sur les importations d'acier et d'aluminium qui devaient s'appliquer à compter de ce vendredi.


Donald Trump avec son homologue chinois Xi Jinping - REUTERS

Les Bourses européennes accentuaient dans la matinée le recul entamé la veille, cédant jusqu'à plus de 2 % dans la foulée des lourdes chutes des places asiatiques où Tokyo a fini en baisse de 4,51 % et Shanghai de 3,38 %. Wall Street a terminé en baisse de près de 3 % jeudi et se dirigeait vers une nouvelle séance dans le rouge.

Pékin a appelé Washington à « éviter la catastrophe » tout en disant ne pas vouloir se précipiter dans une guerre commerciale avec les Etats-Unis. « La Chine n'espère pas se retrouver dans une guerre commerciale, mais n'a pas peur d'en livrer une », a réagi vendredi le ministère du Commerce, formant le souhait que Washington agira avec prudence. Les autorités chinoises ont parallèlement dévoilé ce que seront leurs contre-mesures en riposte aux droits de douane sur l'acier et l'aluminium.

Une liste de 128 produits d'importation recense les importations américaines sur lesquels des droits additionnels de 15 % pourraient être imposés: on y retrouve les fruits secs, le vin et les tubes d'acier. Les produits dérivés du porc et l'aluminium recyclé seraient quant à eux frappés d'une taxe additionnelle de 25 %.
 
Plainte contre la Chine à l'OMC

« Avec cette riposte contenue, Pékin espère que Trump peut réaliser ses erreurs et corriger son attitude », a relevé Xu Hongcai, économiste au China Centre for International Economic Exchanges. « Si nous voulions vraiment répliquer, la meilleure riposte serait de cibler le soja et l'automobile. Pékin montre ses muscles, mais n'a pas dit son dernier mot. »

Les Etats-Unis enregistrent un déficit commercial de marchandises de 375 milliards de dollars avec la Chine.

Selon le mémorandum visant Pékin, le président américain ne frappera les importations chinoises qu'après une période de consultation de 30 jours, qui donnera aux lobbies industriels et aux parlementaires l'occasion de raccourcir la liste des 1 300 produits susceptibles d'être ciblés par des droits de douanes.

La Chine disposera également d'une marge de manoeuvre pour répliquer au projet de Trump, qui a usé d'un ton apaisant vis-à-vis des Chinois en le présentant en disant : « Je les considère comme un ami. »

Mais Washington a aussi annoncé son intention de déposer des plaintes pour violation par la Chine de la législation sur la propriété intellectuelle devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC), un organisme international qui s'est pourtant attiré les foudres de l'administration américaine à plusieurs reprises. De plus, le président va également demander au Trésor américain de proposer une série de mesures visant à limiter les investissements chinois aux Etats-Unis, a-t-il ajouté. Ces tarifs et ces freins à l'investissement s'inscrivent dans le cadre de la Section 301 du Trade Act, la loi de 1974 sur le commerce qui autorise le président à prendre des mesures de rétorsion contre un pays tiers en cas de conflit commercial.
 
Prudence en Europe, Tokyo sous pression

Dans le camp européen, Paris et Berlin se sont félicités vendredi de la décision de Donald Trump d'exempter provisoirement les pays de l'Union de tarifs douaniers sur l'acier et l'aluminium. Dans une proclamation présidentielle diffusée par la Maison blanche, le président américain a en effet précisé que les pays membres de l'Union européenne, ainsi que l'Argentine, l'Australie, le Brésil, la Corée du Sud, le Canada et le Mexique éviteront jusqu'au 1er mai ces barrières douanières.

Saluant lui aussi la décision, le Commissaire européen aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici, a aussi insisté sur la nécessité de poursuivre les discussions, du fait du caractère temporaire de l'exemption.

Le Japon, proche allié des Etats-Unis, ne figure pas en revanche dans la liste des pays exemptés. Le représentant spécial au Commerce de l'administration Trump, Robert Lighthizer, a au contraire accentué la pression sur Tokyo en faveur d'un accord commercial bilatéral qui permettrait de réduire l'excédent commercial nippon vis-à-vis des Etats-Unis. Un porte-parole du gouvernement japonais a déclaré que Tokyo allait pousser pour être inclus dans la liste des pays exemptés et le ministre des Finances, Taro Aso, a dit que le Japon était en phase avec Washington sur la protection de la propriété intellectuelle.

Pour Dario Perkins, directeur général du cabinet d'études et de prévisions économiques TS Lombard, les Européens ont sans doute raison de ne pas se réjouir trop vite. « Il est facile de comprendre pourquoi l'administration Trump est obsédée par la Chine, mais à l'échelle mondiale, l'Europe est sans doute à l'origine du mercantilisme le plus flagrant », écrit-il dans une note intitulée « Désunion commerciale », dans laquelle il souligne que la zone euro affiche l'excédent commercial le plus élevé au monde.

« Il ne serait pas étonnant que l'administration américaine tourne ses velléités protectionnistes vers l'Europe », ajoute-t-il en rappelant que Donald Trump a déjà menacé d'imposer des droits de douanes sur les importations de voitures allemandes.

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