David Tourniaire-Beauciel (Robert Clergerie) : « S’adresser à la femme Clergerie que Monsieur Clergerie aimait»

Fraîchement nommé directeur créatif de Robert Clergerie, David Tourniaire-Beauciel prêche pour un retour au vrai luxe accessible en s’appuyant sur l’héritage de la maison combiné à la recherche et l’exploration de matériaux toujours innovants, explique-t-il à FashionNetwork.com.

Perry Oosting, CEO, et David Tourniaire-Beauciel, directeur créatif de Robert Clergerie DR

Fashionnetwork : Vous parlez de votre arrivée chez Clergerie comme tenant du destin. Pouvez-vous nous expliquer ce que vous entendez par là ?

David Tourniaire-Beauciel : Je suis né à Romans-sur-Isère, là où se situent justement les usines de Robert Clergerie, alors oui je crois au destin. J’en suis parti pour assouvir mes expériences professionnelles, chez Jean Paul Gaultier d’abord, puis chez Chloé et Martin Margiela, mais l’idée de revenir en partie sur mes terres et de retrouver des relations fortes avec l’univers des usines est capital pour moi.

FNW : Votre arrivée coïncide avec celle de Perry Oosting comme CEO, que vous a-t-il demandé à votre entrée en fonctions ?

DTB : Perry Oosting a une solide expérience des maisons de luxe ; il est passé chez Prada et Gucci. Son parcours comme sa personnalité inspirent le respect. Il n’intervient pas là où il ne doit pas intervenir, donne le pouvoir aux équipes, un point révélateur d’une certaine ouverture d’esprit. Notre approche commune est de retrouver le luxe de la maison Clergerie, un luxe accessible, de s’inspirer de l’héritage de la maison en injectant tout ce que la modernité et les technologies peuvent nous permettre de réaliser aujourd’hui, de la même façon que Robert Clergerie fonctionnait.

FNW : A quel type de collections doit-on s’attendre ?

DTB : Roland Mouret a remis la lumière sur Clergerie ces dernières années en apportant une certaine visibilité. A nous de construire aujourd’hui une collection cohérente sans suivre de façon systématique les « tendances », en revenant aux fondamentaux – la construction des formes, des basiques, l’architecture générale –, bases à partir desquelles nous pourrons ensuite injecter des nouveautés et de la customisation. Pour la collection printemps-été et celle qui suivra pour l’hiver, j’ai opéré une réduction drastique des directions et étoffé certaines choses. Je veux qu’une cliente qui entre chez Clergerie puisse comparer une sandale, une sneaker et un escarpin en se disant que nos souliers appartiennent tous à la même famille.

FNW : La cliente cible restera-t-elle la même ?

DTB :
Notre envie est de s’adresser à la femme Clergerie que Monsieur Clergerie aimait. Certes, nous devons nous adresser aux clientes jeunes mais surtout continuer à habiller les femmes élégantes en général, qui aiment être à l’aise dans leurs souliers, ayant l’œil et l’expérience pour juger, en leur proposant des chaussures à un prix démocratique.

FNW : Et concernant les collections masculines ?

DTB :
Les collections masculines sont pour le moment en suspens mais l’homme fait partie de l’ADN Clergerie et nous le relancerons sur l’automne-hiver prochain, en harmonie avec la femme et avec la même approche héritage et matières innovantes.

FNW : Quelles sont les ambitions de la marque concernant les stratégies retail et wholesale ?

DTB : Nous avons aujourd’hui une vingtaine de boutiques en propre et près de 300 clients wholesale. Nous ouvrirons prochainement une seconde boutique à Paris rue Saint-Honoré, juste en face de la boutique Colette. De façon globale, nous souhaitons accélérer le business. Nous allons aussi déménager notre boutique de New York sur Madison Avenue.

FNW : Des collaborations sont-elles à prévoir ?

DTB :
Je suis de l’école de Martin Margiela, où l’idée d’avoir plus de têtes donne plus de possibilités. Je n’ai pas d’ego trip et je ne pense pas que tout doive toujours sortir de moi, la collaboration restant intéressante à partir du moment où vous la fixez dans une stratégie – savoir si elle est crédible, ce qu’elle rapporte à chacun, ce que notre usine est capable de faire en termes techniques…. Mais pour répondre à votre question : oui les collaborations avec d’autres marques m’intéressent.

FNW : En parallèle de Clergerie, vous conserverez d’autres activités, notamment chez Balenciaga, comment travaille-t-on avec Demna Gvasalia ?

DTB : Nous nous sommes connus chez Martin Margiela, maison par laquelle est passé Demna. Notre relation est instinctive. D’un regard, je comprends que nous sommes dans la bonne direction. Demna réagit en temps réel, prend ses décisions rapidement, fait confiance, et sait répondre aux attentes et demandes commerciales. C’est d’ailleurs cette approche que je vais essayer d’influer chez Robert Clergerie. Je poursuis aussi en parallèle le développement de ma marque de chaussures pour femme David Beauciel.

FNW : Un mot sur le marché de la chaussure, est-il en forme ?

DTB : Le marché n’est pas en pleine forme et il s’opère une sorte de sélection naturelle. Certaines marques disparaissent faute d'avoir réussi à se remettre en question, d’autres réussissent en ayant eu le courage de se réinventer. Le courage est finalement la seule manière de s’en sortir, montrer au client que nous sommes toujours là, que nous y croyons et que nous sommes sûrs de nous doit porter ses fruits. A l’inverse, l’insécurité et l’entre-deux peut faire fuir.
 

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