Dhaka Apparel Summit : les marques lancent un boycott médiatique en soutien aux grévistes

Les principales marques de mode, dont H&M et Zara, boycotteront la grande conférence industrielle au Bangladesh, le Dhaka Apparel Summit prévu le 25 février, pour soutenir des travailleurs du secteur textile qui ont été licenciés, poursuivis ou emprisonnés pour avoir participé à des grèves pour des augmentations de salaires, ont annoncé mercredi plusieurs sociétés.

Une grève dans la ville d'Ashualia en décembre a abouti à 1 600 licenciements, 34 arrestations de salariés - AFP

Un coup dur pour le Bangladesh qui, depuis le drame du Rana Plaza en 2013, tente de redorer l'image de son industrie textile. Et l'occasion pour les marques d'afficher médiatiquement leur engagement, après s'être montrées plus que discrètes sur ces questions, jusqu'à ce que ledit drame et ses 1 138 morts et  plus de 2 000 blessés soient désormais largement associés par les consommateurs occidentaux au mode de production à bas prix des enseignes.

H&M, C&A, Tchibo et Inditex, à qui appartient Zara, tous des clients importants de l'industrie du textile qui représente 30 milliards de dollars au Bangladesh, se sont retirés du Sommet de Dhaka, un évènement du secteur de dimension mondiale, prévu samedi.

Cette décision fait suite aux grèves de décembre au cours desquelles des milliers de travailleurs de l'industrie textile de la ville d'Ashualia ont organisé des manifestations massives pour exiger le triplement de leurs salaires qui peuvent atteindre 68 dollars par mois seulement.

La marque néerlandaise de vêtements C&A a indiqué que « C&A et d'autres marques de vêtements, dont H&M et Inditex (Zara), ont décidé de ne pas participer au Sommet du BGMEA à Dhaka ». « Nous encourageons vivement le gouvernement du Bangladesh à prendre immédiatement des mesures pour assurer la protection des droits des travailleurs en apportant une attention particulière aux représentants légitimes des ouvriers qui ont été arrêtés », a indiqué à l'AFP Thorsten Rolfes, le porte-parole de C&A.

De son côté, un porte-parole du géant suédois de l'habillement H&M a confirmé le boycott. « H&M considère que la participation au Sommet de Dhaka créerait de la confusion et enverrait des signaux erronés concernant notre engagement au sujet de la liberté d'association et que la situation actuelle doit être résolue pacifiquement », a déclaré son porte-parole, Iñigo Sáenz Maestre.

La grève, qui a duré un peu plus de deux semaines, avait été écrasée et s'était soldée par le licenciement de 1 600 employés et l'arrestation de 34 salariés, tandis que plus de 1 500 travailleurs ont été accusés notamment de vols, d'incendie criminel, de vandalisme et d'extorsions.

La semaine dernière les dirigeants syndicaux ont affirmé que « les travailleurs vivaient dans la peur constante d'être arrêtés alors que la police poursuivaient ceux qui ont participé aux grèves ».

Le Sommet est organisé par l'Association du Bangladesh des fabricants et exportateurs de vêtements (BGMEA), une association industrielle qui représente les 4 500 usines de vêtements. Parmi les principaux orateurs attendus figure le Premier ministre Sheikh Hasina.

Siddique Rahman, le président du BGMEA, a déclaré pour sa part à l'AFP qu'il « n'avait reçu aucune information indiquant que des marques ne participeraient pas au sommet ». Le groupe de défense des droits de l'Homme Clean Clothes Campaign (CCC) a salué la décision de certaines marques de retirer leur participation et a déclaré que ce serait « une gêne majeure » pour le gouvernement et les organisateurs.

La porte-parole de CCC, Mirjam van Heugten, a déclaré qu'« à moins que la totalité des détenus ne soient libérés, que les accusations infondées ne soient abandonnées et que d'autres actes d'intimidation et de harcèlement des syndicats ne soient arrêtés (...) les principales marques ne peuvent participer de façon crédible à un sommet de croissance durable de l'industrie ».

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