Eric Boël (Unitex) : « La filière n’est plus en mode "survie" mais "croissance" »

La filière textile d’Auvergne Rhône-Alpes se réunira à Lyon le 2 juin à l’occasion du rendez-vous professionnel Textival. L’occasion pour Eric Boël, PDG des Tissages de Charlieu et président de la fédération locale Unitex, d’évoquer le dynamisme de la filière, mais aussi ses vastes enjeux de recrutement.

Eric Boël - Unitex

FashionMag : Quelle évolution la filière a-t-elle retenue de ces dernières années ?

Eric Boël : Les deux dernières années ont été très positives. Aussi bien en chiffre d’affaires et taux d’exportation que d’innovation. Nous sommes aujourd’hui sur un schéma où chaque entreprise a trouvé sa niche, son marché, lui permettant d’être souvent leader national, européen, voir mondial, avec une diversité de marché étonnante. Cela va des structures en carbone pour avions aux filtres pour centrales nucléaires, des vêtements du GIGN au luxe, de l’habillage des fauteuils des plus beaux musées et châteaux aux tissus pour deltaplanes et parapentes. Tout cela est servi par un panel d’entreprises très diverses par leur taille, marché et métier. A priori, nous sommes le seul endroit de France réunissant toute la filière de A à Z, avec autour un écosystème de service efficace.

FM : Un argument de poids dans la promotion de la filière ?

EB : Nous sommes très présents sur les différents rendez-vous textile, que ce soit via notre partenariat avec Première Vision, ou même l’organisation de Textival. Quand le rendez-vous a été lancé en 2014, c’était pour que les industriels locaux se connaissent mieux entre eux. Avec le temps, des professionnels d’autres régions se sont joints à nous. Puis des donneurs d’ordre. Et désormais des professionnels étrangers se joignent à nous. Il existe énormément de salons dans le monde. Mais aucun ne regroupe l’ensemble de la filière textile dans sa globalité. Les donneurs d’ordre ont de plus en plus besoin de solutions complètes et de qualité. Or, nous avons un gros défaut, nous, industriels : on ne sait pas communiquer. Nous ne sommes pas visibles. Alors que nous avons un offre très large, fournie, qui peut répondre aux attentes de tous les commanditaires.

FM : Estimez-vous suffisant le soutien des pouvoirs publics sur ces questions ?

EB : Les industriels sont des gens responsables. On assume nos responsabilités. On ne va pas chercher la faute chez les uns ou les autres. Néanmoins, là où les pouvoirs publics peuvent jouer un rôle, c’est dans la vigilance sur les contraintes réglementaires qui sont de plus en plus lourdes et étouffent nos entreprises, et freinent la compétitivité. Et aussi permettre de sauver le Musée des Textiles de Lyon.

FM : Le musée est-il toujours menacé de fermeture ?

EB : Le musée dépendait de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI), qui ne peut plus aujourd’hui le porter. Nous attendons avec un immense espoir le fait que l’Etat puisse assumer la gestion de cette collection, qui est la première collection mondiale de textile. Et qui est non seulement un symbole de notre ADN lyonnais (une grande partie de l’industrie rhônalpine est née du textile), mais aussi un lieu qui accueillera bientôt la future matériauthèque 2.0 créée par les spécialités textiles locales. Et parce que c’est également un pont entre l’amont et l’aval, le passé et l’avenir. Un lieu de convergence qu’il me semble essentiel de conserver et dynamiser.

FM : Le recrutement est de longue date une difficulté pour la filière. Est-ce toujours le cas ?

EB : Hélas, c’est toujours le cas. On est une profession dont l’image est, dans l’esprit des jeunes générations, un peu vieillote. Alors que nous sommes très ancrés dans le XXIe siècle. Nous avons les taux d’exportation et d’innovation les plus élevés de l’industrie française. Nous utilisons largement le numérique, développons le tissage de matériaux complexes, encourageons une créativité exceptionnelle. Nous sommes un bastion qui a su préserver ses savoir-faire. La filière n’est plus en mode « survie », mais « croissance. Nous avons de vrais besoins au niveau filature, moulinage, tricotage, tissage, ennoblissement… Et notamment avec le nombre important de départs en retraite. Nous avons identifié 1 000 emplois à pourvoir dans les cinq ans dans la région. Et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Le vrai chiffre pourrait être deux à trois fois plus élevé.

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