FT Luxury Summit : quand le luxe fait son autoportrait

Ces 15 et 16 mai, Lisbonne est la capitale européenne du luxe. Le Financial Times Luxury Summit rassemble 400 professionnels du secteurs dans la capitale portugaise : des dirigeants de grands groupes et maisons prestigieuses jusqu'aux jeunes structures en quête de partenaires.

Nicolas Ghesquière en duplex depuis le Japon - FT Luxury Summit

Un événement d'importance ouvert par le Premier ministre du Portugal, Antonio Costa, venu insister sur l'importance du secteur pour le devenir du Vieux Continent. « Le luxe est une opportunité pour toute l'Europe », a-t-il expliqué. « Nous, Européens, sommes les seuls capables de joindre créativité et traditions à un tel niveau ». Et le chef du gouvernement, dans un appel aux investisseurs, de souligner que, justement, « le Portugal a gardé sa tradition d'ouverture sur le monde ».

Car, du Brexit à Donald Trump, en passant par la crainte d'un président français d'extrême droite, nombreuses ont été les inquiétudes du secteur pour ce début d'année. Pour l'ex-président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, la France, de part sa position centrale, dispose d'une grande opportunité... sans pour autant croire à un départ massif des entreprises londoniennes vers Paris. « Londres reste l'une des places économiques clefs. Son grand avantage, c'est la connaissance et l'expertise sur les échanges vers l'Amérique et l'Asie, que l'on n'a pas dans les autres pays », explique celui qui siège désormais chez Goldman Sachs.

L'un des moments forts de cette première journée fut sans nul doute le duplex nippon organisé avec un Nicolas Ghesquière tout juste sorti de son défilé croisière. L'occasion pour le directeur artistique du womenswear de Louis Vuitton d'évoquer l'évolution du regard sur le luxe, notamment au travers des réseaux sociaux ou, à l'approche de Cannes, des tapis rouges. « Il y a quelques années, c'était très conservateur, les réactions immédiates et très hostiles, indique-t-il. L'atmosphère a changé. »  

Jonathan Anderson - FT Luxury Summit

Parmi les grandes évolutions de la dernière décennie, l'une marque particulièrement le créatif. « Je trouve très intéressant le fait que toutes les fibres artificielles soient devenues, d'une certaine manière, nobles. Nombre de designers les utilisent désormais largement, notamment ici, au Japon ». Suite à une question avancée par FashionNetwork,com sur sa perception du see now, buy now, sa réponse aussi souriante que tranchante : « Les résultats sont très discutables (...). Il faut faire comprendre aux consommateurs pourquoi ils doivent attendre après les défilés ». 

Des défilés dont certains prophétisaient une perte de vitesse, mais qui sont « plus que jamais importants », pour le directeur créatif  de Loewe et J.W.Anderson, Jonathan Anderson. « Maintenant, quand vous faites un défilé, les gens parlent du trajet pour y aller, de l'attente, de l'après... Cela crée une "mindmap" autour du show pendant un heure. Et une heure, dans la mode, c'est énorme ». Le créateur, qui revendique être en « croisade » contre le luxe, pointe le défi de désormais inscrire une marque dans la durée, face à un consommateur se lassant plus vite que jamais.

Federico Marchetti, CEO de Yoox Net-A-Porter - FT Luxury Summit

Pour comprendre ce consommateur, la solution est simple, pour Federico Marchetti, CEO de Yoox Net-A-Porter : « Soyez le consommateur ! » Le dirigeant, tout en soulignant la part majeure de l'innovation dans le succès du portail, pointe qu'elle ne vaut que si elle bénéficie du consommateur. A une question de FashionNetwork,com sur sa perception du site 24 Sèvres de LVMH : « Il y a de la place pour des concurrents, c'est un marché à forte croissance », répond-il à la salle. « Surtout pour un bon compétiteur comme LVMH s'il est sérieux sur la mise en image et sur les prix. »

Autre invité très attendu de cette première journée, le CEO de Vetements, Guram Gvasalia, avait fait le déplacement depuis son siège récemment déménagé de Paris vers la Suisse. « Pour décrire le monde, vous devez le voir de l'extérieur », s'en est d'ailleurs expliqué le dirigeant, pour qui « on peut être outside sans être un outsider ». Après avoir décroché des rires en conseillant aux marques de supprimer leurs équipes merchandising, Guram Gvasalia a expliqué en quoi Vetements n'avait plus désormais vocation à grandir, tout en ouvrant la porte à de nouvelles gammes de produits. « Notre modèle correspond à notre ADN : il ne fonctionnerait pas forcément avec quelqu'un d'autre », prévient-il cependant.

Ce mardi, la seconde journée de conférence du FT Luxury Summit donnera notamment la parole à Jean-François Palus (Kering), José Nevec (Farfetch), Elio Milantoni (Deloitte), Cyrille Vigneron (Cartier) ou encore François-Henry Bennahmias (Audemars Piguet).

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