Frank Gehry, architecte de la Fondation Louis Vuitton, exposé au Centre Pompidou

Il a conçu la Fondation Louis Vuitton qui ouvre fin octobre, imaginé la tour de la Fondation Luma à Arles : une exposition sur Frank Gehry au Centre Pompidou montre, au-delà de son langage plastique déconcertant, la cohérence du travail de l'architecte américain.

Frank Gehry a, entre autres, conçu l'immeuble abritant la Fondation Luis Vuitton


Le grand public a découvert Frank Gehry lors de la livraison du Musée Guggenheim de Bilbao, en 1997. Le projet, avec ses volumes incurvés revêtus de titane, devient immédiatement une icône. Gehry a 68 ans.

Cette première grande rétrospective en Europe (du 8 octobre au 26 janvier) réunit 67 maquettes, de grande taille et souvent spectaculaires, et 225 dessins. Ses concepteurs, Frédéric Migayrou et Aurélien Lemonier, retracent le parcours de l'architecte depuis 1964, lorsqu'il commence à "déplacer les cubes, à les tordre, les pervertir".

Au début de sa carrière, Gehry, qui a étudié l'urbanisme à Harvard, a travaillé notamment avec Victor Gruen, l'inventeur des galeries commerciales, et dessiné des programmes de logement et des supermarchés.

En 1962, il fonde sa propre agence et s'engage, à plus de 40 ans, dans "une critique du langage du modernisme", explique Frédéric Migayrou. Il "veut bousculer les logiques traditionnelles, décaler les perspectives", à l'image de la maison conçue pour le peintre Ron Davis entre 1968 et 1972.

L'architecte est aussi influencé par la scène artistique californienne, très vivante à l'orée des années 60 (Jasper Johns, Robert Rauschenberg, Ed Ruscha).

En 1977-78, il fait de sa propre maison un manifeste architectural, entourant le modeste pavillon d'origine d'une extension réalisée avec des matériaux pauvres, tôle ondulée, grillage, bois de chantier.

Mais Gehry va aller plus loin, "vers des compositions où tous les éléments sont fragmentés", souligne Frédéric Migayrou.

A chaque pièce, une identité architecturale qui fait d'elle un bâtiment à part entière (One room building) : cette idée de l'architecte Philip Johnson, Gehry la pousse au bout de sa logique, en particulier avec la Winton Guest House, qui ressemble à un hameau pittoresque.

Gehry va ensuite appliquer ces principes à l'échelle urbaine. Il élabore ce nouveau langage avec le projet de la maison Lewis, véritable laboratoire qu'il va étudier pendant 12 ans.

Sa première réalisation en Europe, le musée du design Vitra en Allemagne en 1989, déploie une géométrie complexe où s'imbriquent plusieurs volumes. La même année, il est couronné par le prix Pritzker et reçoit presque simultanément la commande du musée Guggenheim et du Walt Disney Concert Hall.

A Bilbao, Gehry a choisi l'emplacement du musée, préférant une friche industrielle près d'un pont routier à une parcelle en centre-ville. "Cela va redéployer toute la cité, analyse Aurélien Lemonier. Ce souci de requalification d'anciens sites industriels est récurrent dans son travail". Il cherche à s'approprier le langage des banlieues comme le montre une série de photos qu'il a prises dans des zones industrielles.

Au tournant des années 90, Frank Gehry expérimente le numérique, utilisant d'abord un logiciel issu de l'aéronautique conçu par Dassault Systèmes, avant de développer ses propres outils.

Il utilise à plein la flexibilité de la simulation numérique, jusqu'à remettre en cause les repères classiques d'un édifice comme la façade ou la couverture.

Après le campus de Novartis, précurseur de la Fondation Vuitton, le Biomuseo de Panama ou l'Expérience Music Project à Seattle, Frank Gehry atteint sans doute les limites de sa démarche avec la clinique Lou Ruvo (2010), où façades et fenêtres semblent s'effondrer en de multiples circonvolutions. Un projet qui ne manque pas d'humour - très présent dans son oeuvre - pour une clinique spécialisée dans les maladies neurovégétatives.

Les derniers projets de l'architecte semblent marquer un retour vers l'unité, tels l'immeuble "twisté" Üstra, à Hanovre, ou la Beekman Tower, à New York, à la façade froissée comme un tissu.

L'exposition sera présentée au LACMA (Los Angeles County Museum) du 13 septembre 2015 au 3 janvier 2016. Par Antoine FROIDEFOND

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