Givenchy, plaidoyer compliqué au Palais de Justice

Parmi tous les grands débuts offerts par cette Semaine de la mode, celui-ci était particulièrement attendu. Les premiers pas de Clare Waight Keller chez Givenchy ont marqué l'arrivée d'une créatrice de premier plan dans l'une des maisons les plus légendaires de Paris. 

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Givenchy - printemps-été 2018 - Womenswear - Paris - © PixelFormula

Ironie géographique, la créatrice britannique a présenté son premier défilé devant le tribunal le plus intransigeant qui soit - une armée de rédactrices - au Palais de Justice de Paris. Le verdict ? À vrai dire, la question n'a pas encore été tranchée.

On a pu voir beaucoup de pièces très commerciales dans cette première collection, depuis ces ravissantes chemises sans manches fluides et légères, jusqu'à ces quelques robes de cocktail en soie noire, en passant par des robes à l'allure champêtre, coupées en dentelle et mousseline froncée noire et blanche. Et on ne pouvait qu'admirer les réinterprétations par Clare Waight Keller des classiques Givenchy - notamment la blouse Bettina, retravaillée sous plusieurs formes. On a aussi adoré les charmants kilts coupés dans des panneaux d'étoffes plissées, sobres et sensuels. Clare Waight Keller a aussi proposé des petites bottines qui font très envie et devraient se vendre comme des petits pains.
 
Tout avait été préparé pour un succès écrasant : l'invitation était la plus belle de toute la Fashion Week; le lieu choisi, magnifique et grandiose, au milieu de la cour centrale du Palais de Justice, permettait d'installer un millier d'invités, dont un premier rang très étincelant, comprenant Cate Blanchett, Julianne Moore, Rooney Mara et la chanteuse Fergie. Mais, patatras, la mayonnaise n'a pas vraiment pris. Juste au moment où Clare Waight Keller avait réussi à créer une atmosphère, elle a choisi de présenter une douzaine de tenues masculines, comme un retour à la case départ - il y avait bien des costumes et des blazers masculins aux coupes impeccables, mais les looks plus rock'n'roll sonnaient un peu faux.

« Dans le monde des sciences physiques, le terme transformation désigne le processus suivi par un élément qui devient un autre élément », précisait Clare Waight Keller dans le programme du défilé.
 
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Givenchy - printemps-été 2018 - Womenswear - Paris - © PixelFormula

Malgré ce postulat, il s'agissait globalement d'un défilé en demi-teinte; de nombreux journalistes ont quitté les vénérables couloirs du Palais en grommelant sur les ressemblances avec Saint Laurent et même avec les collections Chloé, à l'époque où Clare Waight Keller y était directrice artistique.

Clare Waight Keller a pris la direction de Givenchy au printemps dernier, après six ans chez Chloé, qu'elle avait rejoint en 2011 après quelques missions chez Pringle of Scotland ou Gucci. Son séjour chez Chloé n'a été qu'un long et incontestable succès, transformant la maison en marque ultra surveillée - assurément pas pour sa mode révolutionnaire, mais pour son niveau de sophistication. Son style signature - des vêtements féminins et légers, ancrés au sol par des chaussures plus robustes, un peu comme des santiags de cow-girl - résumait avec charme un certain esprit français.

Évidemment, tout le monde s'attend à ce qu'elle obtienne le même succès chez Givenchy. Ce défilé reflétait les difficultés habituelles d'un designer aux prises avec les codes d'une maison qu'il vient d'intégrer. N'oublions pas les nombreux créateurs qui se sont succédé avec plus ou moins de bonheur à la tête de cette marque. On compte parmi eux les deux légendes de la mode John Galliano et Alexander McQueen, qui ont tous les deux été directeur artistique de Givenchy pour de courtes périodes. Clare Waight Keller a encore beaucoup de temps pour faire ses preuves.

Traduit par Paul Kaplan

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