Gontran Thüring (CNCC) : "Dans cinq ans, il sera trop tard pour certaines villes"

Alors que le Conseil National des Centres Commerciaux (CNCC) a présenté ses propositions pour revitaliser les commerces de centre-ville, son délégué général, Gontran Thüring, nous explique la démarche de l'organisme professionnel (interview à lire dans son intégralité sur FashionNetwork Premium).

Gontran Thüring - CNCC

FashionNetwork.com : Quel regard portez-vous sur les propositions de Patrick Vignal ?

Grontran Thüring : Nous sommes opposés à l’idée d’un moratoire généralisé sur le développement du commerce périphérique. Déjà parce que le commerce périphérique est loin d’être le seul responsable de la dévitalisation des centres-villes. Et parce que chaque ville connaît une situation particulière. De fait, faire un moratoire généralisé venant d’en haut n’a aucun sens. En revanche, nous ne nions par le problème qu’est cette dévitalisation des centres-villes, en particulier dans les petites et moyennes villes. Il y a beaucoup de lamentations et propositions sur le sujet, mais qui sont très générales et peu précises. C’est pour cela que nous avons voulu faire quelques propositions simples, simplistes diront certains, mais qui sont surtout pragmatiques et applicables. Elles s’inscrivent toutes dans le cadre des zones commerciales prioritaires (ZCP), qui seraient créées par les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI), car pour nous, la situation ne doit pas venir d’un cabinet ministériel, mais se décider localement.

FNW : Pas comme les zones touristiques internationales (ZTI) liées aux ouvertures le dimanche donc ?

GT : Oui, c'est un autre sujet. Car nous pensons que le problème des centres-villes touche certaines communes en particulier. Et c’est donc aux responsables locaux de prendre, ou pas, l’initiative. Surtout que l’une de nos propositions touche à la fiscalité. Mais, avant, notre première proposition est, en termes d’urbanisme commercial, une exonération des autorisations d’exploitation commerciale (AEC). Parce que c’est une procédure qui est longue, coûteuse, sujette à recours. Or, sur ces villes petites et moyennes, si l’on veut que les choses avancent rapidement, il faut que des enseignes de tailles moyennes ou des petits projets de centres commerciaux puissent se développer rapidement. Et dans un monde qui va de plus en plus vite, on ne peut pas se permettre d’attendre cinq ans et toutes les autorisations demandées pour pouvoir ouvrir un projet. Car, dans cinq ans, il sera vraisemblablement trop tard pour certaines villes.

FNW : Quelle est votre proposition côté fiscalité ?

GT : C’est une proposition à destination des primo-commerçants. On s’aperçoit qu’il y a un certain nombre de jeunes, ou moins jeunes, qui veulent ouvrir des commerces. Mais, aujourd’hui, c’est un véritable parcours du combattant. Les difficultés sont de plusieurs ordres : il y a d'abord un problème financier car, si l’on caricature, on vous donne des millions si vous avez un projet dans l’e-commerce, mais le banquier a tendance à détourner la tête si vous parlez de commerce physique; un problème administratif aussi, car c’est très compliqué; un problème fiscal enfin, car les taxes locales, nombreuses, sont lourdes pour un primo-commerçant. Donc, ce que nous proposons, c’est une exonération fiscale totale pour une période de trois ans car c’est en général la durée de vie de ces nouveaux acteurs. Et que ce soit sur l’impôt sur le revenu, l’impôt sur les sociétés ou la TVA.
 
FNW : Votre troisième proposition s’adresse aux pop-up stores. Pourquoi ?

GT : Aujourd’hui, pour les commerces éphémères, le droit français ne propose pas de contrat très adapté. Soit on est dans la convention d’occupation précaire, mais qui, d’après le Code du commerce, exige des circonstances particulières; soit on est dans un bail dérogatoire, qui peut aller jusqu’à trois ans, mais qui a des conditions de forme assez lourdes. Nous suggérons donc la mise en place d’un contrat avec des modalités beaucoup plus souples, notamment côté administratif, et une simplification au niveau de l’obtention de la déclaration de travaux. Car nous arrivons dans cette situation ubuesque où des gens veulent ouvrir un pop-up store pour trois mois et mettent six mois pour obtenir un bail et l’autorisation de l’exploiter. Cette mesure créerait un statut particulier qui sortirait du statut général des baux commerciaux tel qu’il existe.
 
FNW : L’image du centre commercial tuant les petits indépendants reste-t-elle présente chez certains interlocuteurs ?

GT : Oui, il y a toujours ces idées poujadistes sous-jacentes. On oppose petits commerçants et centres commerciaux alors que les centres accueillent des petits commerçants et que toutes les enseignes sont, et ce n’est pas une boutade, de petits commerçants qui ont grossi. Il y a d’ailleurs un certain nombre d’enseignes qui ont débuté tout petit dans les centres commerciaux, à l’époque où ils étaient plus ouverts et moins onéreux que le commerce de rue. Cette opposition est infondée. Les chiffres de Procos montrent que les villes les plus dynamiques commercialement sont celles qui sont à la fois fortes en périphérie et centre-ville. Mais, pour autant, nous ne nions pas le phénomène. D’où nos propositions faciles à mettre en place, applicables rapidement et qui devraient contribuer rapidement à ramener du commerce et de l’activité dans les centres-villes.

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