Hugo Matha : "Créer la garde-robe du Crillon a été un chemin assez unique et intéressant"

Le créateur français Hugo Matha, qui s'est fait remarquer dans l'univers de la maroquinerie avec des modèles alliant modernité, artisanat et « made in France », a été choisi pour imaginer toute la garde-robe du personnel du Crillon, qui rouvrira ses portes le 5 juillet prochain. Naissance du projet, conception de la collection, choix des matières et des coupes, projets à venir : le designer revient sur ce projet. 
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Vous êtes associé à la réouverture du Crillon. Quel a été votre rôle exactement ?

Hugo Matha : J'ai créé toute la garde-robe de l'Hôtel de Crillon, pour tous les employés, de la femme de chambre au serveur en passant par le portier. Ces créations ont été faites pour tous les métiers qui existent dans l'hôtel. On a sélectionné près de 90 tenues différentes, une véritable garde-robe.

Comment est née cette collaboration ?

HM : C'est arrivé un peu par hasard. J'étais dans un café et je disais à un ami que mon rêve était de faire des uniformes. Il y avait une personne du groupe Rosewood (qui gère Le Crillon, ndlr) juste derrière nous. Elle m'a recontacté le lendemain matin et m'a demandé si c'était toujours mon rêve de faire des uniformes. Elle m'a expliqué qu'elle travaillait à la réouverture de l'hôtel. C'était il y a trois ans. J'ai commencé à travailler de mon côté, et au bout d'un an ça s'est vraiment concrétisé. C'était un pari risqué pour eux, car je n'avais jamais montré de mode homme ou femme, que de l'accessoire.

Qu'est-ce que cela fait d'être associé à une telle institution ?

HM : Créer la garde-robe du Crillon a été une expérience grandiose. D'autant plus que cela a été un chemin assez unique et intéressant. Je ne connaissais pas du tout l'univers de l'hôtellerie, et il y a quelque chose de fascinant entre tous les métiers et tous les services. Et puis il s'agit de l'Hôtel de Crillon, qui est pour moi un des plus jolis palaces de Paris.

Quelle est la différence entre la conception d'une telle garde-robe et la réalisation d'une ligne d'accessoires ?

HM : Pour cette garde-robe, il fallait surtout imaginer des créations confortables et penser que les vêtements allaient subir des lavages fréquents. Il y a donc beaucoup de matières qu'on ne pouvait pas utiliser. Moi je n'ai choisi que des matières de prêt-à-porter, et j'ai collaboré avec des fournisseurs qui travaillent tous pour le prêt-à-porter de luxe. C'était intéressant de faire un vêtement de travail qui doit être résistant et qui, selon les services, est plus ou moins compliqué à réaliser.

Avez-vous privilégié le confort au design ?

HM  : On a réussi à allier les deux. On a travaillé de très belles matières, comme des 100 % coton et des 100 % laine, et on a aussi pensé au confort avec notamment des pantalons en polylaine, plus confortables et plus élastiques. Je crois que le pari est réussi parce que je les vois porter les uniformes tous les jours - on est en fitting (phase d'essayage et de retouches, ndlr) en ce moment -, et tout le monde adore. J'ai aussi collaboré avec des artisans et des maisons pour accessoiriser la garde-robe, des gants aux chaussures en passant par les ceintures. On a vraiment pris les meilleurs artisans et les meilleurs savoir-faire français et italien.

Est-ce que vous pourriez décrire cette garde-robe ?

HM : Aucun logo n'est apparent, car je voulais que ça ne fasse pas trop uniforme. On est sur des camaïeux de bleu et de noir, et des touches colorées sur des foulards en soie : rouge, jaune, bleu, vert. Il y a vraiment beaucoup de pantalons. Il y a un peu de jupes, mais beaucoup de femmes sont en pantalon. Je trouvais que c'était beaucoup plus moderne. C'est aussi un hommage aux grands couturiers français et notamment à Yves Saint Laurent et son smoking pour femmes.

Est-ce qu'il y aura d'autres collections ou est-ce un projet unique pour la réouverture ?

HM  : Normalement, c'est un projet unique, mais je ferai toujours un peu partie des murs. Du coup, la garde-robe peut aussi évoluer. Bien évidemment, on ne pourra pas changer les vêtements tous les ans, car cela représente énormément de travail. Il y a quand même 400 employés, et il faut savoir qu'on a fait les prises de mesure de chacun d'entre eux. Tout est du demi-mesure. 

Est-ce que ça vous donne envie de créer des collections de prêt-à-porter ?

HM  : Oui, je crois bien. C'est un peu l'idée en fait. Je voulais le lancer d'une façon différente et, avec l'uniforme, c'est génial. Le groupe Rosewood et l'Hôtel de Crillon m'ont laissé une liberté énorme, j'ai pu faire tous les choix.

Comment vous sentez-vous à quelques jours de l'ouverture ?

HM  : Je suis forcément hyper excité. Il y a un peu de fatigue, mais c'est tellement excitant que je l'oublie vite. Il y a encore des petites choses à régler, mais on va y arriver je n'en doute pas...

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