L'Arab Fashion Week avance ses dates pour peser davantage

Lancée en octobre 2015, l’Arab Fashion Week ne cache pas ses ambitions. Après trois éditions qui ont vu son public passer de 3 000 à 16 000 personnes, la Semaine de la mode organisée à Dubaï par l'Arab Fashion Council (AFC), veut passer à la vitesse supérieure. Pour gagner en visibilité et grandir, elle a décidé d’anticiper ses dates afin d’attirer davantage d’acheteurs dans la période cruciale des pré-collections, représentant près de 75 % des ventes pour les marques de mode. Elle annonce par ailleurs la participation d’une grande griffe italienne, dont le nom n’a pas encore été révélé.


L'Arab Fashion Week avance ses dates à mai - arabfashionweek.org

Jusque-là, la manifestation adoubée par l’ex-président de la Chambre de la mode italienne Mario Boselli, qui comptait aussi la dirigeante de la London Fashion Week, Caroline Rush, parmi ses invités en octobre dernier, se tenait en mars et octobre, juste après la Semaine de la mode féminine de Paris. Un timing inadapté pour attirer des acheteurs à bout de force après deux mois de marathon mode… L'événement se positionnera désormais fin novembre/début décembre et en mai.

La quatrième édition de l’Arab Fashion Week se tiendra donc sur cinq jours, du 16 au 20 mai prochains, au sein du Meydan Hotel & Grandstands à Dubaï. Elle table sur la présence de 20 000 visiteurs, en jouant la carte des collections Croisière 2018 et du "ready-couture" positionné sur le haut de gamme accessible, avec des prix allant de 1 000 à 10 000 dollars.

Le concept du "ready-couture" a été introduit en 2014 par l'Arab Fashion Council, conseil fondé en 2006 à Londres et comprenant des représentants des 22 membres de la Ligue arabe. Il emprunte à la fois à la haute couture et au prêt-à-porter, avec des modèles conçus selon les standards de la couture mais proposés sur le marché comme des produits de prêt-à-porter adaptables aux goûts des clients.

"Les traditionnelles Semaines de la mode sont saturées. J’ai donc choisi Dubaï pour débuter et gagner en visibilité auprès des boutiques multimarques à qui je propose des collections entièrement personnalisées", explique la styliste italienne Laura Mancini, qui participe à l’Arab Fashion Week de Dubaï depuis le début. Spécialisée dans les robes de soirée réalisées par des couturières dans des ateliers milanais, elle a pu élargir ainsi sa clientèle couture privée, tout en attirant une trentaine de points de vente multimarques.


Le dernier défilé de Laura Mancini à l'Arab Fashion Week - youtube.com

La manifestation de Dubaï, entièrement financée par les sponsors, séduit notamment ses participants en leur permettant d’organiser un défilé à des conditions avantageuses, leur fournissant toute la production du défilé, du make-up aux mannequins, ainsi que le lookbook libre de droits. Pour les créateurs cela représente, en plus d’une vitrine au moment du défilé, des outils pour leurs ventes en entrée de saison.

"Nous faisons une sélection très stricte pour garantir la qualité de la manifestation, qui s’adresse aussi bien à des designers arabes qu’étrangers. Pour notre prochaine édition, nous avons des créateurs qui viennent de New York, d’Italie, de Paris, mais aussi de Chine, d’Iran, du Japon, de Suède… Les stylistes les plus jeunes peuvent présenter leur collection dans un salon parallèle à la Fashion Week", explique Jacob Abrian, fondateur et CEO de l'Arab Fashion Council.

"Le marché de la mode et du luxe représente 320 milliards d’euros aujourd’hui au Moyen-Orient, et est amené à s’élever à 490 milliards en 2019. Nous voulons devenir une destination de référence pour les riches clients, dont les besoins se sont multipliés et qui ne veulent pas forcément se ruiner », glisse ce jeune Libanais polyglotte, qui n’a pas peur de la concurrence, alors que se tient déjà sur place depuis quatre ans la Fashion Forward Dubaï, une plateforme dédiée aux créateurs de mode et accessoires issus du Moyen-Orient à mi-chemin entre la Fashion Week et le salon professionnel.

"Il existe un potentiel créatif dans la région, mais il manque aux designers arabes les structures, du processus de fabrication à la sélection des matières en passant par la recherche et les ateliers de création", constate le patron de l’Arab Fashion Council, qui a annoncé lors d’une conférence de presse lundi dernier à Milan la création d’un Master of Fashion Design parrainé par cette institution et mis en place avec L’American University in the Emirates, ainsi que le lancement de quatre bourses pour étudier le "fashion design" à Dubaï.


Les créations de Leen Shieshakly et Suzan Farhoud à L'Arab Fashion Week d'octobre - AFP

"Nous nous rendons compte aussi qu’il n’est pas facile d’attirer les acheteurs à Dubaï, c’est pourquoi nous allons ouvrir en juin 2017 un showroom à Paris, où nous présenterons une sélection de stylistes ayant défilé à notre Fashion Week", révèle à FashionNetwork Jacob Abrian.

Lors de la prochaine édition de mai, une vingtaine de défilés sont attendus avec des noms connus et d’autres moins, tels que le créateur canado-jordanien Rad Hourani, Ingie Paris, ou encore le designer marseillais d’origine franco-algérienne Yacine Aouadi.

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