L'exploitation de réfugiés syriens profite-t-elle aux grandes chaînes européennes ?

Certaines des plus grandes chaînes de distribution européennes échouent à endiguer les abus auxquels sont soumis des réfugiés syriens employés par les usines turques qui fabriquent leurs vêtements, selon les déclarations d'un groupe de pression.


Topshop est l'un des détaillants visés par le BHRRC - Topshop

Le Business and Human Rights Resource Centre (BHRRC) a appelé les groupes les plus négligents sur ce sujet - du géant Topshop au détaillant à prix cassés Aldi - à améliorer la protection des travailleurs réfugiés. Après avoir fui la guerre qui fait rage en Syrie, ces derniers se retrouvent parfois exploités dans leur pays d'accueil.

Salaires dérisoires, discriminations, travail infantile et conditions de travail inacceptables : selon le BHRRC, les réfugiés syriens sont soumis à de nombreux abus dans le secteur textile turque, qui pèse des milliards de dollars.

« Certaines marques haut de gamme ont fait des progrès dans la protection de ces travailleurs, mais de nombreuses autres, comme Aldi, Asda et Topshop, ont encore beaucoup de chemin à rattraper », affirme Phil Bloomer, directeur exécutif du BHRRC. « Elles doivent prendre exemple sur les premières, et vite. »

L'organisation non-gouvernementale britannique a étudié les règles et les pratiques en matière de protection des travailleurs de 37 grandes marques européennes, qui comptent toutes des usines turques dans leurs chaînes d'approvisionnement.

Selon l'étude du BHRRAC, plusieurs entreprises, comme les chaînes de supermarchés Aldi et Asda, et le détaillant de vêtements Arcadia - qui possède les marques Topshop, Dorothy Perkins et Miss Selfridge - n'en font pas assez pour mettre un terme à l'exploitation. 

Asos, New Look, Next, SuperDry et Inditex (Zara) obtiennent les meilleures notes de l'étude, devant C&A, Esprit ou encore H&M. Asda et Arcadia sont donc tout en bas de la liste. Puma, Hugo Boss, Nike et Monsoon figurent aussi en fin de classement. D'autre part, plusieurs sociétés, dont Mexx, New Yorker, VF Corp et River Island, n'ont pas souhaité participer.

Selon l'organisation caritative, de nombreuses marques ont accentué leurs efforts pour mettre au clair leur chaîne d'approvisionnement par rapport à l'an dernier : les meilleures ont même établi des stratégies spécifiques pour protéger les réfugiés, pour donner suite aux plaintes et pour initier un dialogue avec les groupes de travailleurs.

Plus de 3 millions de réfugiés syriens - dont la moitié n'ont pas 18 ans - ont fui vers la Turquie pour échapper à la guerre déclarée en 2011.

On estime qu'environ 650 000 travaillent en Turquie, dont une grande partie dans l'industrie du vêtement. Pourtant, la plupart n'ont pas de permis de travail : selon le BHRRC, ils sont donc plus exposés aux risques d'abus de leurs employeurs.

Une enquête menée par Reuters l'an dernier a mis en évidence l'existence d'enfants syriens travaillant illégalement en Turquie dans des usines de vêtements, malgré la loi turque qui interdit le travail aux mineurs de moins de quinze ans.

« La crise des réfugiés syriens constitue un défi complexe à relever pour les détaillants qui s'approvisionnent en Turquie », confirme Peter MacAllister, chef d'Ethical Trading Initiative, une alliance de syndicats, de sociétés et d'organisations caritatives engagés sur le terrain des droits des travailleurs.

« Les réfugiés sont particulièrement vulnérables face à l'exploitation », a-t-il précisé à la Thomson Reuters Foundation. « Il y a encore beaucoup de problèmes à régler, mais nous prenons la situation très au sérieux. »

Un porte-parole de Walmart, qui contrôle Asda, a affirmé que l'entreprise souhaite résoudre la problématique sur l'ensemble de sa chaîne d'approvisionnement, en se concentrant sur le recrutement éthique. Topshop n'a pas souhaité commenter l'étude du BHRRC, de même qu'Aldi, Mexx et River Island.

Traduit par Paul Kaplan

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