La Comédie Humaine jette l'éponge

Lancé en 2012, la marque d’habillement masculin La Comédie Humaine s’arrête cet été. Proprement, souligne l’un des cofondateurs, Vincent-Louis Voinchet. Sans liquidation, sans dettes abandonnées chez des fournisseurs… Plutôt la conséquence d’une lassitude de fondateurs qui ont cru, comme le disaient nombre d‘études, que le marché du vêtement masculin explosait alors que ce ne serait pas vrai. Des fondateurs aussi qui ont d’autres activités qu’ils jugent plus rémunératrices et plus attrayantes.

Visuel La Comédie Humaine automne-hiver 2014/2015
Retour en arrière... Ils sont donc plusieurs à s’associer pour lancer une marque d’habillement masculin faisant référence à Balzac et à son roman essentiel La Comédie Humaine donc, avec la possibilité d’utiliser les dessins qui l’illustrent. Dans la course, et initiateurs du projet, Vincent-Louis Voinchet et Jean-Denis Monégier du Sorbet, associés dans So Chic Magazine et l’agence de communication Caviar.
 
Le succès médiatique est vite au rendez-vous. La marque participe à Tranoï Homme et au Pitti Uomo, étend ses collections toujours avec un côté chic un peu formel, sans doute loin de l’habillement du XIXe siècle, mais loin aussi du street des années 2000.

Selon Vincent-Louis Voinchet, économiquement, ça fonctionne. La Comédie Humaine tournerait autour de 400 000 euros de chiffre d’affaires. Avec un résultat à l’équilibre. Seulement, selon celui-ci, arriver à un tel résultat demande beaucoup d’efforts (trop ?) alors que, par ailleurs, il a avec son associé d’autres activités à piloter qui cartonnent. Caviar atteindrait ainsi 2,9 millions d’euros de chiffre d’affaires. « Et alors qu’il s‘agit surtout d’une activité de conseils sans les turbulences liées à la fabrication d’une ligne de vêtements », souligne-t-il.
 
Sans doute, Il y a quelque chose de désabusé dans l’analyse de Vincent-Louis Voinchet et la décision de jeter l’éponge d’autant plus que 300 000 euros auraient été investis.
 
Il y a aussi une forme de réalisme par rapport au secteur du vêtement masculin. « Il y a plusieurs années, des études diverses et variées présentaient le marché de l’homme comme étant l’avenir, souligne-t-il. L’eldorado n’est pas au rendez-vous ! Il suffit de prendre le temps d’analyser la réalité. Le client masculin n’est pas la fashion victim décrite dans les études. Il met six semaines à acheter une veste. Avant de passer à l’acte, il revient trois fois dans le magasin. Il trouve tout trop cher. Nous avons insisté sur la fabrication française tout en étant raisonnable dans les prix pratiqués (que La Comédie Humaine a d’ailleurs baissés l’an dernier, ndlr). Une veste en fabrication semi-traditionnelle était proposée à 360 euros. Vous trouvez cela trop cher ? Moi non ! Mais est-ce que le client est prêt à mettre ce prix et surtout est-ce qu’il recherche du semi-traditionnel? C’est un peu le même problème qu’avec des vêtements éthiques. Est-ce que le client est sensible à l’argument ? On a beau dire que le consommateur peut garder nos vêtements plus longtemps. Mais est-ce qu’il a envie de les garder longtemps ? Aujourd’hui, nos concurrents, et ceux de bien d'autres marques, c’est Cos, H&M, Zara. Ils fabriquent dix fois moins cher. Et les hommes n’ont pas honte d’aller dans ces enseignes. »
 
Face à un tel constat donc, la Comédie Humaine a préféré jeter  l’éponge. Les fondateurs considèrent qu’ils ont mieux à faire dans leurs autres activités.
 
La boutique de la rue Yves Toudic, près du canal Saint-Martin, fermera dans quelques semaines. Elle est à vendre. Elle ne devrait d’ailleurs pas avoir trop de mal à trouver preneur dans ce quartier hype.
 
La fabrication de l’automne-hiver a été arrêtée. La marque, selon nos informations, avait été mise à la vente. Selon Vincent-Louis Voinchet, elle est en fait gardée en sommeil. De même d’ailleurs que le site Internet. Il est possible que, via des sweats et des t-shirts, elle revienne dans quelque temps. Peut-être…

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