La mode "made in China" a encore besoin d'une touche italienne

Les grands noms de la mode reconnaissent de plus en plus le savoir-faire chinois, mais certains créateurs chinois ont encore besoin d'une touche italienne pour se développer.


La collection printemps-été 2015 d'Uma Wang (photo : Pixel Formula)



Cela a longtemps été l'un des petits secrets du monde de la mode, mais selon Miuccia Prada, tous ont recours aux héritiers de la longue tradition d'excellence chinoise, un temps éclipsée par la production de masse.

Mais pour les entreprises et les créateurs chinois, produire des vêtements haut de gamme en Chine est compliqué en raison de l'origine de certains tissus, des barrières commerciales et des questions d'image de marque.

Pour Uma Wang, l'une des stylistes chinoises les plus reconnues à l'étranger, la production doit être réalisée à 40% en Chine et à 60% en Italie.

La partie créatrice, y compris la fabrication de modèles, est réalisée principalement dans ses locaux à Shanghai. Mais elle passe la moitié de l'année à Milan, pour superviser la production et gérer les fournisseurs.

Elle qui vend principalement hors de Chine souffre du système de taxation: "Un vêtement produit en Chine, quand il arrive dans les magasins, coûte 30% plus cher", assure-t-elle.

Le poids des taxes est encore plus lourd si les tissus de prestige, pour lesquels l'Italie est considérée comme un fournisseur d'exception, doivent être importés pour être travaillés en Chine.

Pour Uma Wang, qui compte 58 boutiques dans le monde dont seulement six en Chine, il vaut donc mieux rester en Italie.

"La qualité de la production de vêtement, la couture, ne pose pas de problème en Chine. Mais les tissus sont 100% d'Italie. En ce domaine, je dois dire que la Chine n'est pas encore au niveau", explique-t-elle.

"Et maintenant je me suis fait au changement: deux fuseaux horaires, deux cultures, deux cuisines ! C'est formidable", ajoute la styliste.

Zhu Chongyun, qui a acheté la griffe italienne Krizia cette année, a elle aussi adopté le style de vie à cheval sur deux continents de sa compatriote.

"Nous ne voulons pas que le public pense que parce que (Krizia) est maintenant propriété chinoise, sa culture va devenir plus asiatique", assure-t-elle à l'AFP.

Il y a sept ans, Alfred Chan, propriétaire canadien du groupe de Hong Kong Ports Design Ltd, avait appelé les grandes maisons de mode à "relever le défi Pepsi" en faisant confiance à la main-d'oeuvre chinoise.

De grands noms comme Armani, Burberry ou encore Prada n'ont pas regretté de lui confier une partie de leur production. Ils sont "si bons", assurait Miuccia Prada au Wall Street Journal en 2011.

Il est difficile de déterminer la part du travail réalisé en Chine, mais il est clair que la tendance va dans ce sens.

La crise a rendu les groupes propriétaires des maisons encore plus sensibles aux coûts, tandis que l'enrichissement rapide d'une partie de la population chinoise en fait un acteur essentiel du marché.

Selon une estimation, les achats combinés des Chinois chez eux et quand ils voyagent à l'étranger représenteront l'année prochaine 50% du chiffre d'affaires du secteur de la haute couture.

Ce qui rend d'autant plus étonnant que Ports 1961 lui-même n'ait pas relevé le "défi Pepsi" de son propriétaire Alfred Chan. D'abord canadienne, la griffe a transféré il y a deux ans et demi son siège de Hong Kong à Milan et se veut désormais aussi italienne que possible.

"Pour nous c'est une question de positionnement", explique Salem Cibani, le jeune PDG de la société. "Notre ligne commerciale (Ports International) est luxueuse et très travaillée, avec des tissus chers".

"Quand nous produisons en Italie, il y a des aspects artisanaux que nous faisons à un haut niveau de stylisme et qui ne seraient pas forcément faisables en Chine", ajoute-t-il.

"Et les meilleurs matériaux viennent d'Italie. Les emporter jusqu'en Chine et les rapporter est un exercice qui ajoute des coûts", plaide-t-il. "Oui, l'Italie coûte plus cher, mais la valeur est toujours là". Par Angus MACKINNON

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