La moustache à la reconquête de New York

NEW YORK, 18 mai 2006 (AFP) - "Je trouve que c'est sexy, je me suis décidé en pensant à Burt Reynolds," confie Donald Bradford, 26 ans, à propos de l'épaisse moustache qui barre son visage depuis deux mois.


Un participant aux "Championnats de la moustache" à New York le 16 mai 2006 - Photo : Stan Honda/AFP

Largement délaissé dans les années 80, cet attribut retrouve un début de faveur parmi les jeunes New-Yorkais, avec à l'avant-garde l'acteur Nicolas Cage, le très branché photographe de mode Terry Richardson, ou le héros de la populaire série télé "My name is Earl".

"C'est juste cool et amusant", explique Donald Bradford, un grand blond au blouson argenté.

Pour Jay Della Valle, la moustache est un mélange de décontraction et de virilité, l'humour en plus. Presque une philosophie.

"Tu marches différemment, tu es plus cool, tu t'habilles différemment", dit-il, ses lunettes de soleil années 70 coincées dans une chemise découvrant une poitrine légèrement velue. "Mais bon, le but est surtout de s'amuser".

Ce DJ de 26 ans s'est trouvé une mission: populariser la moustache auprès de sa génération. Il vient de finir un documentaire, "Le défi de la moustache glorieuse", pour lequel il a enrôlé une trentaine de moins de 30 ans qui ont accepté de vivre pendant un mois une expérience moustachue.

"Les premières semaines, tout le monde est contre, surtout les petites amies qui disent +tu me rappelles mon père, ou une star du porno des années 70+. D'abord tu es assommé, puis tu te relèves, et tu peux t'apercevoir que tu l'adores".

Mardi soir, au semi-sérieux "Championnat de moustache et de barbe de New York", des centaines de jeunes sont venus crier leur amour de "la stache" comme ils disent. Applaudissant Clark Gable, Sean Connery, l'inspecteur Clouzeau ou Marlon Brando en "Parrain", dont les photos défilent sur écran, hurlant surtout à l'apparition de leur héros à tous, Tom Selleck, l'acteur de la série "Magnum".

Mais depuis "Magnum", la moustache a bien souffert. Même les producteurs de l'essuie-tout national Brawny ont fait disparaître en 2003 celle du célèbre bûcheron qui ornait depuis toujours leurs emballages.

Aujourd'hui encore, son retour ne se fait pas sans mal. Obstacle majeur: le regard des autres.

"Je me sens moins assuré avec la moustache", dit Graham Veysey, 24 ans, qui a fait pousser la sienne à la suite d'un défi entre copains. Deux mois après, il attend impatiemment de pouvoir la raser.

"Ce n'est pas moi, dit-il. "Et puis on m'en parle 25 fois par jour!"

"Tout le monde a un commentaire à faire", constate Thomas Vasseur, 32 ans, créateur de mode français installé à New York, qui arbore une moustache agrémentée de pattes, "ni trop large, ni trop fine pour ne pas ressembler à Zorro".

"Pour certains amis, c'est +tu es en manque d'identité+. Ma mère c'est +tu me rappelles ton père dont j'ai divorcé il y a 25 ans!+, mes neveux +tonton tu piques!+. Et il y a les autres, qui disent +ça te va bien+. Heureusement qu'ils sont là ceux-là!"

Pas question pour autant de renoncer, dit-il: "C'est un accessoire masculin, comme les mèches ou le maquillage chez les filles. Ca te change sans chirurgie. Sans elle, je me sentirais à poil maintenant!"

Mais les bacchantes redescendront-elles dans la rue au-delà des quartiers branchés de Manhattan ou de Brooklyn ?

Jay le militant promet "une épidémie" de moustaches "une fois qu'un acteur à la mode se sera lancé".

Mais James Bassil, rédacteur en chef d'askmen.com, site de conseils pour hommes, y voit un style trop peu consensuel pour durer.

"Les femmes adorent, ou détestent. Or une tendance a besoin d'un juste milieu pour être adoptée de manière permanente", dit-il. Je pense que la plupart des hommes qui portent la moustache aujourd'hui ne la voient pas comme ornement permanent. Mais comme le veut la mode, elle reviendra tous les dix ans ou plus, c'est certain".


Par Catherine HOURS

Tous droits de reproduction et de représentation réservés.
© 2017 Agence France-Presse
Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (ou sur cette page selon le cas) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP. L'AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions qui ne peuvent être exclus, ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations.

LunettesCampagnes