Les adieux arc-en-ciel de Christopher Bailey à Burberry

Burberry était un peu la nation arc-en-ciel de cette Semaine de la mode londonienne. Christopher Bailey a conclu son séjour de 17 ans en tant que directeur artistique de la maison par une collection colorée, un manifeste très engagé en soutien à la communauté LGBT.


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Burberry - automne-hiver 2018 - Womenswear - Londres - © PixelFormula

Pour son dernier coup d'éclat, Christopher Bailey a entraîné la petite tribu de la mode vers l'ouest de Londres, aux Dimco Buildings, où il a installé une énorme installation lumineuse (empruntée au Museum of Old and New Art en Australie), qui transformait ce bâtiment industriel en immense chapiteau aux couleurs de l'arc-en-ciel, sous l'effet de centaines de faisceaux laser.
 
Couleurs qu'on a d'ailleurs retrouvées sur des doudounes en cuir, des sweatshirts de rappeur, des blousons en nylon et l'impressionnant manteau en peau lainée porté par Cara Delevingne, qui se pavanait comme une reine en clôturant le défilé, accompagnée par sa consoeur Edie Campbell.
  
Les bouchons serpentaient autour de l'immense centre commercial Westfield et jusqu'à l'immense entrepôt, cerné par les supporters des Queens Park Rangers, qui quittaient un match de football à deux pas, et des centaines de manifestants anti-fourrure furieux, qui scandaient « Honte à la London Fashion Week ! », intercalant des injures à destination des invités du défilé.

À l'intérieur, l'ambiance était plutôt joyeuse : surprenant puisqu'il s'agissait des adieux de l'homme qui a rendu les carreaux beige, rouge et noir de Burberry synonymes de luxe dans le monde entier, qui a transformé la vénérable maison britannique en géant du luxe à l'échelle planétaire, performance inégalée au Royaume-Uni.
 
On a aussi pu voir, évidemment, un carreau arc-en-ciel, ainsi que des versions plus avant-gardistes de pièces iconiques du créateur - petites robes en dentelle, peau lainée maculée de graffiti, manteaux déclinés en couleurs acidulées et bombers de pilotes raccourcis. Sans oublier des imprimés baroques qui rappelaient ceux de Versace, utilisés sur des blousons très urbains.
 
« Une entreprise se doit de refléter sa culture. Et nous, en tant qu'entreprise, nous avons toujours accompli de nombreux gestes de philanthropie. Mais je voulais quelque chose qui soit un peu moins habituel. Je me suis toujours battu pour la communauté LGBT, pendant des années, mais plus discrètement. J'ai voulu faire un geste dont la portée serait plus longue, une grande entreprise comme la nôtre qui affirmerait : nous défendons une cause », a expliqué Christopher Bailey à FashionNetwork.com.


Burberry - Automne-hiver 2018 - Instagram

« Je voulais que ce défilé reflète le passé de la marque, notre présent et aussi mon impatience de voir ce que le futur réserve à Burberry. Car la personne qui aura le privilège d'entrer dans la maison et de prendre la relève aura une chance incroyable. Je suis sûr que cette personne créera des choses magnifiques et que Burberry continuera de s'épanouir », s'est-il exclamé, après avoir pris la pose avec Naomi Campbell et Kate Moss. 

Après quelques expériences chez Donna Karan et Gucci, Christopher Bailey a fait son entrée chez Burberry en tant que directeur du design en 2001, avant d'en devenir le directeur artistique trois ans plus tard, période qui s'achève donc à partir de mars. 

Il ne quittera pas tout à fait la maison avant décembre prochain, quand il renoncera à son dernier titre de directeur général de la création, qui lui a été décerné en mai 2014, au moment du départ de la PDG de l'époque, Angela Ahrendts. Pendant trois ans, Christopher Bailey avait alors cumulé son poste avec celui de PDG, avant de le céder à Marco Gobbetti, arrivé de Céline l'été dernier.

Ce dernier a refusé de donner la date à laquelle il annoncera le successeur de Christopher Bailey.
 
« Je vous dirai quelque chose quand je serai vraiment prêt, promis. OK ? Ce que je voudrais que les gens retiennent de cette soirée, c'est le travail incroyable accompli par Christopher. Il a un talent ahurissant, il a tant donné à Burberry, à la mode, à Londres... On ne pourra pas l'oublier. »
  
Interrogé sur ses prochains projets, Christopher Bailey répond : « Je vais prendre une période pour réfléchir. Il y a tellement de choses à faire aujourd'hui, je ne m'engage à rien pour le moment. Je suis à l'écoute ».

Il serait plutôt prématuré pour ce quadragénaire originaire du Yorkshire de songer à se mettre à la retraite. Christopher Bailey, marié à l'acteur Simon Woods, est le premier dirigeant ouvertement homosexuel parmi les patrons des entreprises du FTSE 100, l'indice boursier des cent entreprises britanniques les mieux capitalisées cotées à la Bourse de Londres. Son règne s'achève avec la même modestie pleine de charme qu'il avait à son entrée chez Burberry. À l'inverse d'autres adieux de mode, comme ceux de Tom Ford chez Gucci, Raf Simons chez Christian Dior ou Valentino de sa propre maison, celui-ci n'avait rien de commun avec une cérémonie funéraire.
 
Sous la voix de l'icône Jimmy Somerville et de son titre Don't leave me this way, il a salué devant un public composé de 1 500 personnes, toutes debout pour l'applaudir, ne s'arrêtant que pour donner un baiser à Simon Woods.
 
« Je dois le respect et l'admiration à ce public. C'est un secteur que j'aime profondément et je me sens privilégié qu'il m'ait ouvert les bras quand j'étais plus jeune », a-t-il soufflé, avec un soupçon de timidité.

Traduit par Paul Kaplan

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