Les artistes africains à la conquête de Paris, loin des clichés

Grand Palais, Halle de la Villette, Galeries Lafayette, Fondation Vuitton : les artistes africains sont partout à Paris, plus que jamais annoncés comme la relève de la création, mais dont une nouvelle génération refuse désormais les clichés.

Le Radeau de la Méduse par Alexis Peskine - AFP

Une centaine de créateurs africains montrent leur travail sous la verrière du Grand Palais (jusqu'au 2 avril) au salon Art Paris Art Fair qui met le continent à l'honneur sous la houlette de Marie-Ann Yemsi.

Une présence massive mais sans plate-forme spéciale Afrique, souligne le commissaire général Guillaume Piens. « Ils sont sur un pied d'égalité avec d'autres pays. Un choix que beaucoup de créateurs africains ont apprécié, dit-il. On a essayé d'aller contre l'exotisme, loin des clichés. »

« Une génération différente est apparue, qui vient d'autres pays, comme le Mozambique ou l'Angola », ajoute Guillaume Piens. Elle a reçu une formation artistique dans son pays ou en Grande-Bretagne, se sert d'Internet et de la vidéo. Un espace dévolu à cette expression permet de découvrir les vidéos d'une douzaine d'artistes, comme l'Angolais Binelde Hyrcan ou le Sud-Africain Mohau Modikaseng.

La différence est patente entre des artistes qui subliment les déchets des grandes mégalopoles (Serge Attukwei Ckottey), dans la descendance d'El Anatsui, artiste le plus cher d'Afrique, d'autres qui travaillent une esthétique contemporaine avec des méthodes traditionnelles (les assemblages de soieries de la Sud-Africaine Billie Zangewa) et ceux dont on ne peut deviner la provenance géographiques des oeuvres.

Plus ouverts sur le monde, ces créateurs nés dans les années 1980 et au début des années 1990, sont ausi souvent des créatrices.

« Afriques Capitales » (jusqu'au 28 mai), dans la grande halle de la Villette est conçue comme « une ville que l'on découvre ». « Je voulais montrer la ville, pas la ville africaine, ni le village qui est le temps éternel », dit Simon Njami, commissaire de l'exposition.

« The dance of the champions », des photos de lutteurs Sénégalais réalisées par l'artiste ghanéen Godfried Donkor, ouvre le parcours. En fond sonore, des bruits de la ville: une conversation de bar, des embouteillages, mais aussi des textes d'auteurs.

A l'image de l'installation Labyrinth de l'Egyptien Youssef Limoud, aucun sens de visite n'est proposé pour cette « ville » à laquelle ont participé quarante cinq artistes, pour la plupart africains.

Des photos du Sénégalais Antoine Tempé montrant les ruines du palais de justice de Dakar côtoient Super Oum, film de la marocaine Fatima Mazmouz. Il faut lever la tête pour voir les maisons suspendues de Pascale-Martine Tayou.

Egalement coordonnée par Marie-Ann Yemsi, « Africa Now » se déploie jusqu'à fin juin aux Galeries Lafayette. Dans les vitrines, des photographies du Nigérian Lakin Ogunbanwo. Sous la coupole, des fanions noirs où sont inscrits des mots et des phrases, insolites, énigmatiques ou poétiques, en français ou en anglais, une installation du Malgache Joël Andrianomearisoa.

Au 1er étage, des oeuvres de quinze artistes, issus de la génération émergente du continent et de ses diasporas, dont la moitié originaire d'Afrique du Sud. Beaucoup réinterprètent des objets du quotidien: brosses à dents usagées (Moffat Takadiwa), collants féminins (Turiya Magadlela), un capot de voiture (Frances Goodman)... Des oeuvres qui selon la commisaire dérangent « par la disparition de tous les clichés colorés d'une Afrique largement exotisée ».

A compter du 26 avril et jusqu'au 28 août, c'est au tour de la Fondation Vuitton de s'ouvrir à l'Afrique. « Art/ Afrique, le nouvel atelier » présentera un choix d'oeuvres (1989-2009) de la collection de Jean Pigozzi : 12.000 pièces récoltées en 20 ans par André Magnin, grand spécialiste de l'art africain contemporain qui fut commissaire adjoint de l'exposition fondatrice « Les Magiciens de la Terre » au Centre Pompidou en 1989.

En complément, la Fondation proposera une exposition collective consacrée à l'Afrique du Sud, « une des scènes les plus dynamiques du continent africain aujourd'hui », ainsi qu'une sélection d'oeuvres dans sa propre collection.

A l'Institut du Monde arabe, l'exposition « Trésors de l'islam en Afrique, de Tombouctou à Zanzibar » réunit du 14 avril au 30 juillet près de 300 oeuvres, textes sacrés et objets, mais aussi oeuvres d'art contemporain.

Par Antoine FROIDEFOND

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