Les soeurs Koshino, ou la création japonaise en famille

KISHIWADA (Japon), 7 mars 2006 (AFP) - "Je dis toujours à mes filles : Accrochez-vous car vous ne ferez jamais mieux que moi !" A 93 ans, la styliste japonaise Ayako Koshino a transmis le virus de la mode à ses filles, devenues toutes trois créatrices renommées de la mode internationale.


Création de Michiko Koshino présentée lors de la fashion Week de Londres
Photo : Carl de Souza/AFP

Fille d'un marchand de kimonos, Ayako Koshino est la mère de Hiroko, Junko, et Michiko, stylistes à l'avant-garde de l'essor international des créateurs japonais dans les années 1980, aux côtés d'Issey Miyake et Kansai Yamamoto.

La plus célèbre, Michiko, la cadette, s'est installée en Grande-Bretagne, où des célébrités des nuits branchées londoniennes ont adopté ses tenues décontractées, fluides et parfois légères.

L'aînée, Hiroko, a fait des débuts remarqués à Rome en 1978, puis à Paris en 1982, où les lignes fluides caractéristiques de ses vêtements ont fait sensation sous la marque Hiroshi Koshino. Elle partage aujourd'hui sa vie entre le Japon et la France.

Enfin, Junko, une condisciple de Kenzo Takada, réputée pour ses étoffes vaporeuses aux notes asiatiques, s'est également fait connaître à Paris avant d'exposer ses créations sur les podiums de New-York, Pékin ou Shanghai.

"Lorsque mes filles traversaient une période difficile, je leur disais souvent: +Ayez confiance ! Vous avez entendu le bruit de la machine à coudre lorsque je vous portais encore, et vous avez grandi dans un monde de couleurs et de créations+", raconte leur mère Ayako à l'AFP.

"Nous sommes exactement comme quatre soeurs, toujours en train de se concurrencer, se bagarrer et s'encourager l'une l'autre", explique-t-elle.

Ayako Koshino a grandi à Kishiwada, une ville déshéritée voisine de la mégalopole d'Osaka (ouest du Japon), où elle exerce encore ses talents dans son atelier récemment rénové mariant le style occidental et l'asiatique.

Elle a élevé ses filles seule, après avoir perdu son mari au front pendant la Seconde Guerre mondiale.

"Après la guerre, il ne nous restait plus rien en dehors d'une machine à coudre, devenue la baguette magique qui a transformé nos rêves en réalité", dit-elle.

Avide de créations, elle aspire alors à libérer la femme japonaise, confinée dans son traditionnel kimono serré, en s'orientant vers la conception de chemisiers et de jupes à l'occidentale.

Profitant du boom économique du Japon, la boutique d'Ayako Koshino prospère dans les années 1960-70, pour devenir un rendez-vous régional incontournable au moment des soldes.

Mme Koshino n'a jamais refait sa vie et s'est consacrée à l'éducation de ses filles, privées de père alors qu'elles n'avaient pas 10 ans.

Elle affirme n'avoir jamais poussé sa progéniture à embrasser la profession de styliste.

"Chacune d'entre elles m'a dit la même chose au départ, qu'elles feraient tout sauf de la couture", se souvient-elle.

Mais au bout du compte, toutes les trois sont devenues des stylistes renommées.

"Sans doute ont-elles hérité d'un gène dans la mode, que mes ancêtres m'ont d'abord transmis", plaisante-t-elle.

Pour elle, le secret du succès de ses filles réside dans leur inspiration puisée au coeur des traditions japonaises, y compris le fameux kimono: "Quel que soit le contexte international dans lequel travaillent aujourd'hui Hiroko, Junko et Michiko, elles ont été consciemment ou non influencées par la façon de vivre traditionnelle japonaise".

De son côté, à 90 ans passés, Mme Koshino s'est donnée une nouvelle mission: créer des vêtements pour les vieilles dames, laissées-pour-compte de la mode selon elle.

Veuve alerte, paraissant bien plus jeune que son âge, aujourd'hui grand-mère et arrière-grand-mère, elle dit vouloir continuer à créer des vêtements jusqu'à sa mort, même si ses goûts sont devenus des plus classiques.

"Je veux mourir styliste. Si j'ai la chance de me réincarner, il n'y a pas de doute, je choisirai le même métier!", s'exclame-t-elle.

Par Shingo ITO

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