Marc Chaya (Maison Francis Kurkdjian) : « Avec LVMH, nous avons noué un partenariat stratégique, plus que financier »

Le groupe de luxe LVMH a acquis lundi une part majoritaire du parfumeur français Maison Francis Kurkdjian, dont le chiffre d’affaires s’élève autour de 12 millions d’euros. Née en 2009 de la rencontre du parfumeur Francis Kurkdjian, à qui l’on doit notamment Le Mâle de Jean Paul Gaultier, et de Marc Chaya, ex-associé d’Ernst & Young, Maison Francis Kurkdjian s’est imposée dans le paysage des parfums d’exception. Son président et cofondateur, Marc Chaya, explique à FashionNetwork comment est né ce rapprochement avec LVMH et quels sont les objectifs de la maison.

Marc Chaya et Francis Kurkdjian - ©Nathalie Baetens

FashionNetwork : Que pouvez-vous nous dire sur l'opération du rachat de votre marque par LVMH ?

Marc Chaya :
Confidentialité oblige, nous pouvons simplement confirmer que LVMH a acquis une part majoritaire dans Maison Francis Kurkdjian, qui était auparavant contrôlée par Francis Kurkdjian et moi-même. Nous sommes dans la continuité. Nous restons actionnaires de la société et conservons nos fonctions, Francis Kurkdjian en tant que directeur de la création et moi-même comme président. Pour le reste, il n’y aura pas de changement dans les équipes, si ce n’est que nous allons continuer à renforcer nos effectifs.

FNW : Pourquoi une marque comme la vôtre, qui avait fait un atout de son indépendance, a choisi d’intégrer un grand groupe ?

MC :
Avec LVMH, nous avons noué un partenariat stratégique plus que financier. Nous sommes une maison indépendante, rentable et solide, forte d’une croissance annuelle de 50 %. Nous ne sommes donc pas dans une stratégie défensive et financière. Il s’agissait avant tout pour nous d’avoir une vision stratégique à long terme. Nous sommes une marque de niche. Nous devions cependant prendre en considération une tendance à la consolidation. Nombreux sont nos concurrents ayant rejoint des grands groupes ces deux dernières années.
 
FNW : Comment est née l’opération ?

MC :
LVMH nous a contactés, comme beaucoup d’autres. Mais LVMH était pour nous le seul partenaire possible, car nous sommes une maison française, une maison de création et pas simplement une marque, et le groupe de Bernard Arnault sait gérer les métiers de la création, sans compter qu'il est déjà actif dans le secteur de la parfumerie. Nous partageons la même culture. Ce n’est pas le côté financier qui nous a motivés, mais la volonté d’intégrer un groupe avec un savoir-faire.

FNW : Que peut vous apporter LVMH ?

MC :
Comme je le disais, il va y avoir un apport de savoir-faire. Par exemple, sur certains marchés où nous ne sommes pas du tout présents, comme la Chine, et d’autres où l’on peut faire mieux, comme la Russie. Nous allons pouvoir nous appuyer sur les structures du groupe dans ces marchés. Cela va se traduire aussi en un soutien dans certaines compétences, comme pour le digital.

FNW : Envisagez-vous aussi des synergies,  par exemple dans la parfumerie, au niveau des fournisseurs et autres ?

MC :
Les synergies aujourd’hui ne sont pas automatiques. Nous continuons à travailler avec nos partenaires. Lorsqu’il y aura des opportunités, alors nous ferons jouer les synergies, par exemple, comme je le disais, pour ce qui est des structures dans certains pays ou sur certaines compétences. Notre maison ne s’inscrit pas dans un processus de rapidité. Chez nous, c’est le marketing qui est au service de la création et non le contraire.

FNW : Quels sont vos principaux marchés ?

MC :
Les Etats-Unis, où nous avons installé une filiale dès la création de la société en 2009, constituent notre principal débouché (il représente près de 40 % du chiffre d’affaires de la marque, ndlr). Maison Francis Kurkdjian y marche très bien. Nous étions distribués jusqu’ici en exclusivité chez Neiman Marcus, où nous sommes dans le top 4 des ventes de parfums. A partir de cette année, nous avons initié un partenariat aussi avec Saks. Pour le reste, nous sommes présents dans plus de 40 pays, en particulier dans toute l’Asie du Sud-Est. En fait, nous ne sommes pas présents en Chine, ni en Amérique du Sud.

FNW : Comment est constitué votre réseau de distribution ?

MC :
Nous sommes distribués à travers 500 points de ventes multimarques triés sur le volet et notre réseau de 10 boutiques, soit en gestion directe, soit en partenariat : deux à Paris, quatre à Taïwan, une à Dubaï, une à Koweït City, une à Kuala Lumpur en Malaisie et une au Qatar.

FNW : Vos projets à court terme ?

MC :
Nous allons poursuivre notre expansion aux Etats-Unis et au Moyen-Orient. Nous débutons par ailleurs en Thaïlande, où nous avons signé un partenariat l’an dernier.

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