Marc Chaya (Maison Francis Kurkdjian) : « Notre arme, c’est notre indépendance »

Née en 2009 de la rencontre du parfumeur Francis Kurkdjian, à qui l’on doit notamment Le Mâle de Jean Paul Gaultier, et de Marc Chaya, ex-associé d’Ernst & Young, Maison Francis Kurkdjian s’est imposée dans le paysage des parfums d’exception. Présente dans près de 400 espaces de vente à travers le monde, la Maison de parfum éponyme enregistrera cette année un chiffre d’affaires de plus de 8 millions d’euros, contre 5,8 millions sur l’exercice précédent. Rencontre avec son président et cofondateur, Marc Chaya.


Marc Chaya président co-fondateur de Maison Francis Kurkdjian. Photo : Nathalie Baetens.

FashionMag : Parfumerie de niche, d’exception ou haut de gamme, comment définir ce marché aux contours assez flous sur lequel évolue Maison Francis Kurkdjian ?


Marc Chaya : La niche, c’est d’abord un réseau de distribution. Dans toutes les industries, lorsqu’il existe une distribution de masse, il se crée une opportunité pour une distribution plus sélective avec une cible de consommateurs plus petite. Si l’on prend l’aviation, le jet privé c’est une niche, et si demain nous allons dans l’espace, ça sera une vraie niche. Dans le parfum, nous sommes sur un marché de méga-masse qui en 80 ans est passé d’une pénétration mondiale de 3 % à 150 %. Face à ce phénomène, des clients ont voulu porter des parfums différents et certains visionnaires ont commencé à élaborer une offre de niche. On l’a vu avec Diptyque dans l’univers de la maison, et Serge Lutens dans celui du parfum puis Annick Goutal, il y avait aussi des maisons historiques comme Creed ou Penhaligon’s. Mais il n’y avait pas d’opportunité pour les nouveaux venus, simplement parce qu’il n’y avait pas de réseau de distribution.

FM : Mais le réseau de distribution s’est adapté lui aussi ?

MC : Petit à petit, les grands magasins de luxe à travers la planète ont commencé à se dire qu’ils n’avaient pas envie de référencer la même chose que le masstige comme Douglas ou Sephora. D’autant que ces enseignes forment un réseau de proximité très performant, alors que les grands magasins sont un réseau de destination. De fait, les Harrods, Bergdorf Goodman et autres enseignes de luxe ont commencé à référencer des marques dites de niche. Aujourd’hui, plus de 3 000 points de vente proposent de la niche, donc il est très facile d’établir un business modèle de parfums de niche.

FM : Sept ans après sa création dans combien de points de vente retrouve-t-on les parfums signés Maison Francis Kurkdjian ?

MC :
Nous sommes présents dans 400 espaces de vente triés sur le volet car nous sommes ultra sélectifs, et nous sommes quasiment à 90 % de notre potentiel. Ensuite, nous renforcerons notre réseau de boutiques en propre (Maison Francis Kurkdjian compte six boutiques dans le monde, ndlr). Mais pour développer une marque de niche, en plus d’un réseau de distribution, il faut un talent créatif capable de se renouveler. Il faut également un talent « business » parce que c’est une chose de dire je fais une pré-collection et je la mets sur le marché, mais c'est une autre chose de gérer une stratégie. Et pour faire tout ça, il faut de l’argent, c’est le quatrième point. Et quand ces quatre points sont réunis, on devient plus attractifs pour les réseaux de distribution. C’est ce qui nourrit un cercle vertueux et qui amène vers le dernier segment, celui de la parfumerie ultra sélective ou de la parfumerie d’exception dite de luxe...

L'intégralité de cet entretien est paru sur FashionMag Premium le mercredi 13 janvier.

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