Maroussia Rebecq (Andrea Crews) : "Construire une plateforme d'upcycling avec les marques"

Lancée en 2002, la marque Andrea Crews fête ses 15 ans en ouvrant un workshop participatif dans son espace événementiel de la rue de Turenne, baptisé « Le Cœur », jusqu'au 29 novembre. L’occasion pour la créatrice, Maroussia Rebecq, de faire un bilan sur le développement de sa marque et ses projets, dont la construction d’une plateforme et d’un label réunissant les marques autour de l’upcycling.


Maroussia Rebecq - DR

FashionNetwork : Vous fêtez vos 15 ans autour du concept qui vous a fait connaître, l’upcycling, sur quel principe ?

Maroussia Rebecq : Oui, c'est un événement qui a lieu au sein de l’espace d’exposition « Le Cœur », accolé à notre boutique. Après une première phase invitant les clients à déposer leurs fringues, une seconde phase (jusqu’au 30 novembre) voit l’endroit se transformer en atelier. Avec la collaboration de plusieurs collectifs – Neptunes 2000, Lucie Lux, Golgotha… -, nous montrons au public comment « upcycler » leurs vêtements, certaines pièces servant à composer une partie de la nouvelle collection, d’autres étant utilisées en installation vivante. L’événement renvoie aux origines de la marque (la marque s’était illustrée au Palais de Tokyo autour de mêmes ateliers en 2002, ndlr), l’idée est de fêter notre naissance, de remontrer notre ADN et ce que l’on sait faire.

FNW : Andrea Crews s’est lancée en 2002 comme collectif transdisciplinaire, comment les choses ont évolué ?

MR : Les 10 ans avaient déjà marqué une étape avec la sortie d’un livre, notre installation dans le Marais et l’inscription de la marque Andrea Crews au calendrier officiel du prêt-à-porter. L’étape d’après a consisté à structurer pour entrer dans la phase de développement, à simplifier pour être plus visible en ancrant Andrea Crews comme marque de prêt-à-porter, en mettant en avant nos produits et notre créativité, toute la partie « collectif » se retrouvant au sein de l’espace « Le Cœur ».

FNW : Comment êtes-vous structurée aujourd’hui ?

MR : Nous sommes toujours indépendants. huit personnes travaillent avec moi et mon associée, Angie Dinh Van, qui s’occupe davantage de la direction générale des collections; je gère moi la direction artistique et la communication.

FNW : Comment analysez-vous le positionnement de plus en plus fort des marques sur le recyclage aujourd’hui ?

MR : Etre précurseur sur cette question n’a pas été facile, il a fallu que les gens comprennent l’écoresponsabilité, une notion inconnue il y a 10 ans, tout en communiquant sur l’angle fashion d’Andrea Crews et sans tomber dans le green-washing. Beaucoup de marques utilisent aujourd’hui la thématique du recyclage, c’est souvent bidon dans le contenu et personne n’est dupe, même si cela va quand même dans la bonne direction.



FNW : Que représente véritablement le recyclage aujourd’hui chez Andrea Crews ?

MR : L’upcycling représente environ 20 à 25 % des pièces, surtout sur la partie image de la collection. Aujourd’hui, tout est structuré autour des vêtements d’image, le prêt-à-porter, les basiques, les collections capsule et les collaborations.

FNW : Le recyclage n’est donc pas une tendance...

MR : Non, je ne crois pas. La nouvelle génération Millenials travaille en conscience et un certain nombre de consommateurs souhaitent se radicaliser dans leurs achats. Les gens en ont ras-le-bol de la fast fashion et sont heureux d’avoir des pièces avec une épaisseur d’âme. Le futur fera coexister ces deux courants.

FNW : Sur le prêt-à-porter, comment est distribuée la marque aujourd’hui ?

MR : Nous sommes distribués dans une cinquantaine de points de vente dans le monde et nous collaborons avec le showroom italien Marcona3, qui nous distribue principalement sur le marché asiatique (Corée, Chine, Japon, Hong Kong). Pour la France, nous sommes présents chez l’Eclaireur et l’Exception, dans notre boutique de la rue de Turenne, ainsi que dans la boutique Chez Vibe à Toulon, nous nous développons en Europe sur l’Angleterre et l’Italie, et nous visons principalement les marchés chinois, américain et canadien.

FNW : Quels projets à venir ? 

MR : Après une collection événementielle sur les kimonos au Japon, je travaille sur deux autres projets, un avec l’école Casa93 lancée à Saint-Ouen par Nadine Gonzalez, où j’ai en charge la collection collective des étudiants qui sera présentée en septembre 2018, et je travaille avec le projet Anti-Fashion pour organiser un grand défilé avec un vrai casting de rue.

FNW : Vous adorez aussi les collaborations, quel intérêt pour vous ?

MR : Cela m’amuse beaucoup, j’adore l’histoire des gens, j’adore l’histoire des marques et quand une marque vient nous voir, c’est qu’elle est, a priori, assez ouverte et large d’esprit. C’est un exercice où j’ai une liberté totale. Quand je frotte Andrea Crews à Nike ou Tacchini, New Man ou Damart, c’est un vent de créativité et d’audace qui m’amuse.

FNW : Votre prochain défi ?

MR : La prochaine étape tient à la construction d’une plateforme d’upcycling, en montant des partenariats avec les marques, en récupérant leurs stocks et invendus, et en montant des collections avec eux. Beaucoup de marques se posent des questions sur le recyclage et l’upcycling, c’est un gros travail d’articulation qui doit être mis en œuvre et se poser comme un vrai service. On est aux prémices de ce projet.

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