Pierre-François Le Louët (Prêt-à-porter féminin) : "Appliquer à la fédération ce que les marques s'appliquent à elles-mêmes"

Un an après avoir été élu à la tête de la Fédération Française du Prêt à porter Féminin (FFPAPF), Pierre-François Le Louët, par ailleurs président de l'agence de prospective NellyRodi, fait le point pour FashionNetwork sur les initiatives entreprises et les prochains développements préparés par l'organisme.

Pierre-François Le Louët - MG/FNW

FashionNetwork : Quel bilan tirez-vous de cette première année ?

Pierre-François Le Louët : Il se dégage beaucoup de choses positives. Nous avons à la fois pu mobiliser beaucoup de marques adhérentes, mais aussi attirer beaucoup de nouvelles, comme Maison Kitsuné, Soeur, French Trotters, IKKS et Maison Standard entre autres. Il y a toute une génération du prêt-à-porter féminin français qui se reconnaît dans les projets de la fédération et qui contribue elle-même à un effet boule de neige. Au niveau des adhérents, au-delà de ces marques, nous avons également eu une démarche auprès de la « fashion tech », avec des adhérents comme AskAnna (une application mobile permettant de recevoir des avis sur son style, ndlr). Nous avons lancé une étude sur la transformation digitale des entreprises de mode qui sera partagée en fin d’année. Ce sera d’ailleurs l’un des grands axes de développement des années à venir, comme je m’y étais engagé.
 
FNW : Pour quelle raison ?

PFLL : L’idée est d’être encore plus présents dans ce domaine. Nous ne voulons pas simplement représenter les marques, mais leur permettre de se frotter aux nouveaux acteurs de la culture digitale. Je suis persuadé qu’une partie du succès des marques de demain se fera parce qu’on aura compris l’évolution actuelle de la mode et intégré les outils techniques contemporains dans la chaîne de production et de distribution. Le besoin est réciproque : ces adhérents « tech » trouvent chez nous un écosystème très favorable et un contact direct avec les marques, que nous avons besoin d’attirer vers cet univers. Il y a une palette très large de modèles économiques chez nos adhérents et donc d'avancement sur la question digitale. Certains sont en retard, mais d'autres sont à l'avant-garde.
 
FNW : Un autre domaine important dans votre approche ?
 
PFLL : Nous représentons également des entreprises de façon et donc le made in France. Depuis un an, nous avons organisé beaucoup d’actions pour reparler du sujet, que ce soit au travers de nombreuses interviews accordées à la presse régionale, de voyages organisés pour la presse nationale chez des fabricants ou encore de prises de position auprès des pouvoirs publics. Tout ce pan de l’industrie n’est pas oublié.
 
FNW : Quel bilan sur les différents axes que vous vous étiez fixé ?

PFLL : Concernant la digitalisation, nous avons organisé des afterworks, nous avons soutenu la demande de l’IFM de créer avec l'aide du Defi 10 postes à Station F (nouveau campus de start-up à Paris, ndlr) et nous avons multiplié les prises de parole, comme sur le salon Traffic sur l’axe innovation. L’étude sur la transformation digitale sera le point d’orgue. Sur le financement, nous avons également organisé des afterworks avec des marques et des financeurs, et nous suivons de près l’action de l’IFCIC (Institut pour le financement des industries culturelles, ndlr). Pour la responsabilité sociale des entreprises, c’est la première étude que j’ai voulu financer. C’est un axe fondateur très important, pour sensibiliser les marques à ce sujet. Il faut faire prendre conscience qu’il y a encore beaucoup de travail dans ce domaine. Il y aura d'ailleurs des restitutions de cette étude en région qui seront organisées.
 
FNW : Le wholesale et l’international étaient également au centre de vos ambitions ?

PFLL : Avec le soutien du Défi, nous avons réalisé la plus importante étude jamais réalisée sur le wholesale, ce qui concerne l’essentiel de nos marques. Cela a eu un écho considérable et ce sera à nouveau au cœur de notre intervention sur Who’s Next, ainsi qu’auprès des syndicats régionaux. C’était une étude pour parler vrai, dire les choses, pointer les problèmes. Pour cela, nous nous sommes aussi beaucoup rapprochés des organisateurs de salons professionnels.

Enfin, concernant l’international, nous avons lancé la French Boutique sur Alibaba le 4 mai. Cinq marques ont été progressivement déployées et une vingtaine ont commencé le processus. S’ajoutent à cela le salon Mode in France à Tokyo, dont le prochain a lieu fin juillet, et Mode in France Taipei, en complète rénovation pour l’été prochain, avec des défilés. En France, nous avons aussi multiplié les rencontres agents/marques, sur les Etats-Unis, sur l’Espagne et bientôt sur la zone Suisse-Allemagne-Autriche, qui aura lieu les 23 et 24 novembre.
 
FNW : Comment évoluent vos relations avec les autres fédérations ?

PFLL : Nous avons présenté en septembre avec la Fédération de la Couture une étude sur l’économie de la mode qui a vraiment mobilisé les esprits, qu’il était important de réaliser. C'est un acte fondateur de la nouvelle dynamique de Paris. Cela a beaucoup suscité l’attention des pouvoirs publics, qui ont demandé ensuite à nos fédérations d’organiser le Forum de la Mode en décembre dernier. Une belle réussite ! Le ministère de la Culture a d'ailleurs annoncé une seconde édition en novembre prochain.

Nous avons également beaucoup travaillé avec la Fédération de la Maille et de la Lingerie. Ainsi qu’avec la BOCI (Chambre syndicale de la bijouterie fantaisie, bijouterie métaux précieux, orfèvrerie et industrie appliquée aux métiers d’arts, ndlr). Et le dialogue entre fédérations s’est illustré avec la conférence inaugurale de Traffic, rassemblant prêt-à-porter féminin, couture, Fédération de l’habillement et Fédération des enseignes d’habillement. Le Défi, qui est une plateforme de dialogue importante, reçoit maintenant des demandes communes. C’est par exemple avec la Couture que nous avons demandé le financement du programme d’accompagnement pour les jeunes talents IFM Labels. C’est un travail coordonné pour aider nos jeunes marques.
 
FNW : Quelle est l’étape suivante ?

PFLL : Notre fédération va lancer « Talents », un programme d’accompagnement et de mentoring destiné à cinq jeunes labels par an, avec le soutien du Défi. Nous allons également mettre en place une cartographie de l’accompagnement existant en France pour le rendre plus lisible. L’Institut Français de la Mode, la Fédération de la Haute Couture et notre organisation allons viser des personnes différentes pour ne pas nous marcher sur les pieds mais faire en sorte que tout aille dans le même sens. La première promotion sera annoncée en septembre. Talents sera un accompagnement très business et opérationnel pour renforcer les jeunes marques sur leurs points faibles.
 
FNW : Qu’est-ce que le magazine Fédération

PFLL : C’est une autre action importante, assez emblématique car c’est la première fois que la fédération prendra la parole au moment de la 2ème session. Nous allons lancer ce magazine qui a pour mission de valoriser les marques françaises auprès des acheteurs. Il va mettre en avant une vingtaine de marques sélectionnées car en adéquation avec les besoin des acheteurs, en coordination avec les trois grands salons Paris Sur Mode-Première Classe, Tranoï et Woman.
 
FNW : La fédération n’aura pas en septembre de stand sur Who’s Next. Pour quelle raison ?

PFL
L : Notre présence évolue. La fédération a jugé qu’il n’était plus nécessaire d’avoir une présence physique. Nous faisons partie du comité stratégique cependant. Et nous serons, avec des sujets intéressants à traiter, dans le programme de conférences. Nous continuons aussi de subventionner beaucoup d’exposants français sur ce salon. Nous sommes donc présents d’une autre manière. Ce n’est pas une question de pertinence du salon. Simplement, nous évoluons aussi, avec de nombreux projets, et il y a un moment où il faut faire des arbitrages. On ne peut pas tout faire tout le temps et ne rien changer : le monde change. Par exemple, je suis très fier du travail réalisé par nos équipes sur le salon Traffic, organisé avec nos moyens microscopiques, sans soutien du Défi, avec 2 000 visiteurs (+25 %) et un taux de satisfaction de 94 %. Traffic aura bien sûr une 3ème édition les 4 et 5 avril 2018.

FNW : Dans quels domaines avez-vous rencontré des difficultés durant cette première année ?

PFLL : Au-delà de toutes ces actions très utiles, j'en reviens toujours à ma réflexion initiale : appliquer à la fédération ce que les marques réclament et s'appliquent à elles-mêmes. Cela passe notamment par une simplification et une modernisation du système fédéral. Le paysage des fédérations est beaucoup trop éclaté aujourd'hui, ce qui pose des problèmes de lisibilité concernant le rôle de chacun. Je n'ai jamais caché ma volonté de faire des choses. Je suis élu pour trois ans, je fais ma mission pour trois ans. Je n'ai pas d'ambition personnelle, je suis par ailleurs à la tête d’une entreprise qui va très bien, se développe et a beaucoup de projets. Il n'y a plus de bataille de personnalités dans notre fédération. Et l'intérêt général, je le pense sincèrement, consisterait à avoir un paysage fédéral plus simple. On a commencé à travailler depuis un an dans ce sens avec des initiatives plus rapprochées et cohérentes. Mais ce n’est pour moi qu’une première étape.
 
FNW : Envisagez-vous de voir la fédération se fondre dans un organisme plus vaste ?

PFLL : La Fédération Française du Prêt à Porter Féminin n’a pas d’ambition pour elle-même : elle a des ambitions pour ses adhérents. Elle fera donc ce qui ira dans le sens de ces derniers. Rejoindre une structure plus grande n’est pas une option qui a été rejetée par le conseil d’administration.

FNW : Les adhérents sont-ils prêts ?

PFLL : Je pense que les marques sont prêtes. On voit des dizaines de marques arriver au sein de notre fédération. Je doute que cela se soit déjà produit par le passé et c’est assez rare dans le milieu des fédérations. C'est pour nous une grande fierté, ce résultat dans un laps de temps aussi court. Nous avons lancé un nombre de projets assez impressionnant. Les adhérents attendent le changement et sont ravis qu’il se produise. Nous avons des choses à dire et nous sommes sur la même longueur d’onde sur de nombreux points avec d’autres fédérations. Il faut que l’on apprenne à se connaître. Le visage de notre fédération est assez différent de ce qu’il était par le passé. Mais on n’efface pas des années d’histoire en douze mois.

FNW : Le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, à l’occasion du lancement des soldes, a appelé à la création d’une nouvelle période de promotions. Que pensez-vous de cette proposition sur un sujet aussi délicat ?

PFLL : Il faut tout de même noter que, quand le ministre lance les soldes, il va dans les grands magasins et ensuite chez Sarenza, qui est aussi un vendeur important de produits de mode. Il ne va pas dans une enseigne d’un autre secteur que la mode, alors que tous les secteurs font des soldes. Cela montre bien que la mode est, quoiqu’on en dise, très considérée par les pouvoirs publics. Les messages reçus de la part du ministère de la Culture à l’occasion de l’Andam rendent très enthousiaste. La mode est au cœur des préoccupations. 

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