Présidentielle : un vestiaire classique et sombre pour les candidats

Ils ont beau avoir des programmes politiques différents, parfois opposés, les candidats à la présidentielle se rejoignent au moins sur un point : un style vestimentaire ultra classique, où le costume sombre règne en maître.


Cinq des candidats à l'élection présidentielle - François Fillon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Benoît Hamon - sur le plateau de TF1, le 20 mars 2017 - P.KOVARIK / AFP

Costume bleu foncé, cravate unie, chemise claire, bleue ou blanche: tel est l'uniforme largement privilégié, adopté comme un seul homme par François Fillon, Emmanuel Macron et Benoît Hamon lors du récent débat télévisé entre les cinq candidats en tête dans les sondages.

« Copier-coller »

« On avait presque l'impression que c'était des clones », commente Caroline Baly, conseillère en image, soulignant que les différences résidaient dans les détails. « Tous trois ont opté pour un bleu dur, une couleur moderne et dynamique », décrypte-t-elle.

« Ils finissent par être un copier-coller les uns des autres », juge Florian Silnicki, conseiller en stratégies de communication. « On a sans doute une part de responsabilité, parce qu'on leur a tous conseillé cette couleur ! »

Une unité qui contraste toutefois avec le look de Jean-Luc Mélenchon, dont la tenue de campagne typique se compose d'une veste de travail à poches, boutonnée, d'une cravate rouge, et d'une chemise blanche. « Il a une tenue beaucoup plus populaire que celles que portent ses concurrents », dont « il a fait un atout de distinction », souligne Florian Silnicki.

Sans oublier un accessoire omniprésent pour le leader de la France insoumise : un triangle rouge, symbole des déportés communistes de la Deuxième Guerre mondiale, épinglé au revers de sa veste par Mélenchon en réponse à ceux qui le « caricaturent » en « Le Pen de gauche ».

Marine Le Pen, seule femme parmi les cinq principaux candidats, arbore quant à elle une petite rose bleue, logo de sa campagne, qu'elle avait accrochée au revers d'une veste de smoking noire, le soir du débat.

Avec ou sans cravate

« Elle est souvent en tailleur pantalon, elle a un style de femme qui travaille, un peu passe-partout », qui se démarque de celui de « son père, qui s'habillait avec des blazers à mouchoirs à la poche poitrine », commente Dominique Gaulme, auteure avec son mari François Gaulme du livre Les Habits du pouvoir, en 2012 (Flammarion).

Pourquoi le costume sombre reste-t-il la référence ? En politique, il faut rassurer, explique Caroline Baly. « Il faut des couleurs basiques et des vêtements basiques. Cela permet de faire un peu oublier sa tenue vestimentaire pour mettre en avant le discours. »

Casser les codes traditionnels n'est pas sans risque. Bruno Le Maire avait abandonné la cravate pour offrir une image détendue lors du premier débat de la primaire de la droite, avant de la remettre pour les suivants. Il a estimé que cette absence « était un handicap », remarque Florian Silnicki. « On n'a pas en France la décontraction d'un Barack Obama ou d'un Justin Trudeau », note-t-il.

« Ne pas trop montrer »

« L'uniforme a une capacité de légitimation du discours. Vous êtes crédible et sérieux parce que vous incarnez une forme d'austérité en costume-cravate », souligne Samir Hammal, enseignant à Sciences Po spécialiste de l'apparence en politique. « Un homme politique coquet et stylé ne serait pas considéré. On dirait: c'est un guignol, il se préoccupe plus de son image que du fond. Comme on ferait le procès d'une femme politique si elle était habillée de façon très sexy », estime-t-il.

« Il faut être au niveau de la fonction présidentielle, ne pas être trop ceci ou trop cela, ne pas trop montrer », résume Dominique Gaulme. « Tout est passé au crible, les gens avec leur portable peuvent prendre une photo et la mettre en ligne. Ils doivent être particulièrement sur leurs gardes. »

L'habit peut être source de scandale. Comme pour François Fillon, nommé en 2010 par le magazine GQ « homme politique le plus stylé », mais dont le goût pour les costumes de luxe Arnys (Berluti) est devenu synonyme d'ennuis judiciaires. Ou pour Emmanuel Macron, qui avait choqué en lançant que « la meilleure façon de se payer un costard, c'est de travailler » à un militant anti-loi travail en t-shirt.

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