Quand les salons basculent dans le virtuel

De Première Vision préparant sa marketplace à Who’s Next recrutant un spécialiste du Web pour se transformer, en passant par Playtime et Eurovet lançant leurs salons virtuels, assiste-t-on à la digitalisation des salons, prophétisée de longue date ?

Première Vision Paris

La notion de « salon virtuel » n’est en effet pas nouvelle et a largement occupé l’esprit des organisateurs au cours de la dernière décennie. Le Pitti Immagine a été l’un des acteurs à donner le la dès juin 2011 avec son e-Pitti, qui poursuit encore aujourd’hui son développement. Le rendez-vous virtuel Le New Black, lancé à la fin des années 2000 par Vidya Narine et Bernard Coulombel, a lui attiré en 2016 les fonds de Zalando qui s'est aussi offert le jadis grand salon professionnel Bread & Butter. A ceci s’ajoutent les initiatives du salon Panorama, l’ambitieux Buying Show ou encore le salon français de la franchise Pros Expo. Sans oublier dans un autre domaine Maison&Objet and More (MOM), qui regroupe depuis deux ans les offres des exposants du salon de l'art de vivre et du design.

Le concept est donc loin d’être nouveau. Mais la crise économique du début des années 2010 aura largement contribué à freiner les ambitions numériques des organisateurs. Cependant, cette même crise n'a pas été sans effet sur le rôle des salons eux-mêmes. Ces derniers furent progressivement confrontés à des calendriers d’achat toujours plus éclatés au sein des filières. A ceci s’est ajouté le recul tendanciel des commandes passées lors des salons, au profit des « prises de contact ». Les acheteurs ont quant à eux rationalisé leurs déplacements sur les rendez-vous, non sans effet sur la fréquentation de certains salons. Autant d’éléments qui ont amené, depuis l’automne, une multiplication des annonces d’initiatives virtuelles. L'ambition est là de contourner à la fois les problèmes de calendrier, les questions de distance mais aussi de rendement immédiat.

Le Salon International de la Lingerie - Eurovet

La dernière annonce en date vient de Picaflor, organisateur des salons de la mode enfantine Playtime Paris, New York, Tokyo et bientôt Berlin, qui entend déployer en juin prochain Playtime Online. Un showroom virtuel permettant aux exposants de présenter leurs productions à l'année. En partant d’un constat simple : « De moins en moins de commandes sont prises sur les salons, mais les salons restent un point de contact indispensable pour les acheteurs », nous explique le directeur des rendez-vous, Sébastien de Hutten. 

Quelques jours plus tôt, à l’occasion du Salon International de la Lingerie et d’Interfilière, l’organisateur Eurovet annonçait, lui, The Lingerie Place. Un portail devant permettre aux exposants de toucher des partenaires ne se rendant pas sur les salons et centré sur un moteur de recherche détaillé. Avec l’idée d’une ouverture possible sur le grand public et pourquoi pas sur de l’achat. « Pour l'instant, nous ne parlons pas de marketplace, explique la dirigeante d’Eurovet, Marie-Laure Bellon. L'idée, c'est déjà d'en faire une vitrine ouverte à tous, la mieux référencée possible, qui permette à de petites marques d'avoir une visibilité. »

Le passage à la marketplace, certains s’y frottent déjà. En septembre dernier, Première Vision annonçait pour 2018 le déploiement de sa place de marché regroupant une offre textile, habillement, cuir, accessoires ou encore dessins textile. Une offre qui se limiterait dans un premier temps aux commandes d’échantillons. Une mise en relation de fabricants et donneurs d’ordres qui s’accompagnera d’un contenu éditorial. « C’est un moyen de s’adapter à des processus de production devenus très divers et fragmentés, nous expliquait le directeur général, Gilles Lasbordes. Il faut accompagner l’évolution de la filière, dont les nouveaux acteurs sont dans l’attente de nouveaux outils. »

Who's Next-Première Classe - WSN

Une attente qu’a aussi entendu Who’s Next. Le rendez-vous pivot du calendrier professionnel de la mode tricolore vient ainsi de recruter Frédéric Maus. Qui, ce n’est pas une coïncidence, tenait précédemment les rênes d’une marketplace : celle du nordiste La Redoute. Si pour l’heure le nouveau co-directeur reste vague sur les chantiers initiés, ses ambitions sont claires quand au rôle futur du digital. « Il y a des questions sur le business model du salon. Beaucoup de frontières sont en train de voler en éclats, entre le physique et le digital, le grand public et le professionnel également. Donc le projet, c'est qu'on va transformer les salons », nous expliquait-il le 20 janvier.

Et les prochains mois ne seront vraisemblablement pas sans nouvelles annonces sur le front des salons virtuels. Les organisateurs du salon parisien Tranoï indiquent ainsi à FashionNetwork.com travailler eux-mêmes à un déploiement numérique de leur salon. Projet qui devrait se concrétiser durant l’année en cours. Reste la grande question : la greffe chez des organisateurs d’événements ponctuels d’un outil web permanent, exigeant en temps, investissement et personnel, prendra-telle ?

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