Raynald Aeschlimann (Omega) : "Ce n'est pas demain qu'Omega fera une montre connectée"

Omega étant le chronométreur officiel des jeux Olympiques, c'est à Rio que Raynald Aeschlimann a installé son bureau le temps des épreuves (du 5 au 21 août). Au sein de l'« Omega House », basée à Ipanema, il reçoit clients, invités et ambassadeurs de la marque de montres de luxe. Le nouveau CEO, depuis juin dernier, se confie à FashionMag sur la stratégie de la Maison suisse à Rio et les défis à venir pour l'horlogerie.


 
Raynald Aeschlimann, CEO d'Omega  Omega

FashionMag : Nous sommes ici dans l'Omega House que vous avez ouvert le temps des JO. Comment a-t-elle été choisie et quelle est sa fonction ?

Raynald Aeschlimann :
Pour nous, les jeux Olympiques sont très importants. A côté du chronométrage officiel, ce qu'on voulait, c'est avoir une Maison qui représente nos valeurs et qui soit la vitrine de notre marque. Et il nous fallait trouver l'écrin juste plutôt qu'une suite d'hôtel car on invite énormément de gens : clients, VIP, journalistes. C'était complexe, mais on a réussi à trouver cette belle « Casa de Cultura » qui est symbolique parce qu'elle représente beaucoup pour la culture de Rio. De plus, nous allons laisser cette maison rénovée et j'en suis très fier car je sais que beaucoup de gens y sont sensibles et cela leur fait plaisir. Ils trouvent que c'est une belle démarche et ce n'est pas la première fois.

FM : Omega a également réalisé des actions sociales au cours des douze derniers mois à Rio. C'est important pour l'image de la marque?

RA :
Je ressens une très grande fierté pour cette marque car elle est différente dans certaines de ses valeurs. Le client Omega achète certes un article de luxe, mais les valeurs d'une marque sont très importantes dans le monde du luxe et fondamentales chez nous. Donc on s'est dit que nous n'allions pas simplement venir ici et installer un compte à rebours géant. Il fallait que l'on fasse un petit peu plus et nous avons réalisé ces activités liées au sport et aux enfants sur les douze derniers mois avec Viva Rio (une ONG locale, ndlr) plutôt que de grandes fêtes.

FM : Comment se déroulent ces JO pour Omega ?

RA :
Nous sommes parfaits ! Et nous n'avons pas le choix. Nous sommes chronométreurs officiels, donc l'échec n'est pas une option. Cela se passe extrêmement bien, mais c'était prévu, on s'est préparé parce qu'on savait que le chronométrage devait être parfait pour ces 41 championnats du monde en même temps.

FM : Quelle est la place d'Omega au Brésil et en Amérique latine ? C'est un marché à conquérir ?

RA :
Omega en Amérique latine, c'est une longue histoire, très forte, d'une marque qui a eu des heures de gloire, qui a été très connue, bien ancrée dans la réflexion des gens. Mais si on compare avec d'autres régions du monde, du point de vue des résultats au niveau du chiffre d'affaires, ils sont limités pour plusieurs raisons. D'abord des raisons macroéconomiques et ensuite des raisons de structure, au niveau de l'offre. Nous avons décidé il y a cinq ans de n'ouvrir que des points de vente nous-mêmes ici au Brésil. On a alors rendu notre marque très exclusive. C'est évidemment un pays fondamental en terme de population, mais quatre boutiques dans tout le Brésil, cela fait que le chiffre d'affaires n'est pas tout à fait le même qu'à Paris par exemple.

FM : Ces JO à Rio sont ainsi l'occasion de remettre Omega en avant localement ?

RA :
C'est vrai, c'est l'occasion de parler de la marque, c'est pour cela que l'on a insisté pour avoir cette Maison ici. On profite de cette grande possibilité de s'exposer, de faire venir et participer les gens. Avoir les Jeux en Amérique latine nous permet de mettre le focus sur une autre partie du monde et d'en récolter les fruits à moyen terme.

FM : Vous avez pris vos fonctions de CEO d'Omega en juin, parlez-nous de ces premiers mois ?

RA :
C'est très passionnant. J'ai investi les 20 dernières années de ma carrière pour cette marque dont de nombreuses années au sein de la direction et en devenir le CEO, c'est pour moi comme un alpiniste arrivant au sommet de l'Everest. Malgré l'air qui manque, c'est un immense plaisir ! Je me dis que j'y suis, j'ai envie d'y rester et de continuer. J'ai la chance d'être à la tête d'une très belle marque, avec des gens motivés. Ce sont beaucoup de responsabilités, de nouveaux défis car la situation macroéconomique dans le monde est très difficile, mais c'est une marque magique, avec de nombreuses valeurs qui, justement, dans les moments difficiles font la différence.

FM : Parmi les premières initiatives lancées sous votre direction, le lancement ce mois-ci de la première collection de lunettes de soleil Omega, en partenariat avec Marcolin, c'est encore une ouverture à la diversification ?

RA :
Oui, c'est une première. C'est un projet qu'on avait depuis un moment et qui me passionne, parce que c'est un partenariat avec un producteur de très haute qualité, qui a des valeurs proches des nôtres. On est très fier de nos montres, mais cette ouverture aux lunettes est quelque chose qu'on nous demandait depuis longtemps. Comme on l'avait fait pour les accessoires il y a quelques années.

FM : Quelle est la position d'Omega quant aux montres connectées ?

RA :
Moi j'appelle cela des instruments connectés, pas des montres. C'est un téléphone au bout du poignet, qui a parfois des choses très bien et d'autres moins. C'est un marché qui existe, très pointu, qui propose une certaine proximité de l'information, un service que certains de nos clients désirent avoir, mais qui n'a pas grand-chose à voir avec la poésie et la beauté d'une montre. Il est à des années lumière de ce qu'on fait tous les jours en créant, outre un produit qui donne l'heure, un vrai accessoire de luxe, une pièce d'art que vous avez au poignet. Nous sommes trop fiers de nos horlogeries, de nos découvertes technologiques, de nos montres quartz comme automatiques et chronomètres, donc ce n'est pas demain qu'Omega fera une montre connectée.

FM : Le contexte actuel dans le monde pour le luxe et en particulier l'horlogerie est difficile. Comment Omega y fait face ?

RA :
En étant une marque très forte dans le monde entier, nous avons eu cette chance d'avoir eu de très belles années de croissance alors que d'autres ne les avaient pas, notamment au Japon, en Chine et à Hong Kong. Vu la situation macroéconomique dans le monde, nous souffrons désormais parfois un petit peu plus dans certains marchés. C'est une situation qui est difficile, c'est sûr, parce que nous sommes dans l'émotionnel du voyage, beaucoup de gens achètent leur montre lorsqu'ils voyagent, et avec tous les problèmes (terrorisme, crise, évolution des taux de change...), il y a une dimension restrictive à l'achat. Mais on se bat et ce qui est intéressant, c'est que nos clients sont fidèles, ils connaissent nos montres et les attendent. Dans ces moments-là, c'est dans nos boutiques qu'on vend le mieux, elles font la différence avec des chiffres très positifs.

 
 

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