Rondinaud mise sur la montée en gamme et l’export

La Rochefoucauld, Charente, à deux pas d’Angoulême : son Château Renaissance et sa dernière usine française de charentaises. Nés en 1907, les Etablissements Rondinaud ont traversé le XXe siècle. Si la famille Rondinaud commence par des savates et autres sabots, elle se met à la charentaise dans les années 1940. Charentaises qui étaient destinées, à l’origine, à se glisser dans les sabots à la place de la paille.

Frédéric Rondinaud, président, et Pierre Rondinaud, responsable communication et marketing

Au fil du temps, l’entreprise se développe et s’étend sur sept sites de production. Elle prospère en travaillant surtout pour les principales enseignes de la grande distribution. « Au début des années 2000, leurs marges ont augmenté, puis en 2005, avec la fin des quotas sur les importations de textile chinois, nous ne pouvions plus lutter. On nous demandait des prix trop bas. Alors, nous avons décidé de monter en gamme et de nous tourner davantage vers les détaillants », explique Frédéric Rondinaud, petit-fils du fondateur et président de l’entreprise.

Dès 2007, la marque reçoit le label EPV (Entreprise du Patrimoine Vivant). Elle démarche les détaillants en mettant en avant son savoir-faire et la qualité de sa fabrication « Made in France ». Face aux bouleversements engendrés par la globalisation du commerce, Rondinaud va progressivement fermer ses sites de production pour n’en conserver qu’un seul, celui de La Rochefoucauld.

A l’heure actuelle, ce site de 28 000 m² regroupe l’ensemble des activités de l’entreprise : de la conception des produits à la fabrication jusqu’au stockage. Au total, 87 salariés veillent sur ces centaines de pantoufles so frenchy. Chaque année, Rondinaud fabrique 350 000 paires en « cousu retourné », le nec plus ultra de la charentaise, cousue à l’envers avant d’être retournée à la main par un ouvrier d’une grande dextérité. Les modèles les plus haut de gamme se déclinent en laine, flanelle à l’extérieur et laine vierge à l’intérieur, sur une semelle en feutre, foulonné à la main.

En parallèle, le site produit d’autres types de modèles : 150 000 paires de charentaises soudées, 150 000 injectées et 70 000 vulcanisées par an. « Nous disposons d’un stock permanent de 60 000 paires chaque jour. Cela nous permet d’être réactifs lors des demandes de réassort. C’est un service important pour nos clients », précise Frédéric Rondinaud. 

Le feutre, français, de ces semelles a été foulonné à la main

Chaque saison, ce sont 600 modèles différents qui voient le jour : 250 pour le détail et 350 pour la grande distribution, en marque propre ou sur le nom de Jéva. Un chiffre qui devrait être revu à la baisse pour synthétiser l’offre et gagner en lisibilité. Les chaussons destinés à la grande distribution sont désormais fabriqués dans une usine au Maroc appartenant à l’entreprise, quand la production n’est pas sous-traitée en Chine.

Chez Rondinaud, à La Rochefoucauld, la main de l’homme conserve un rôle central dans toutes les étapes de fabrication : patronage, coupe, préparation de la semelle, montage et détournage. Le maintien d’un savoir-faire traditionnel demande à s’adapter aux contraintes techniques. Ainsi, certaines machines nécessaires pour le cousu retourné datent des années 1950 et ne sont plus fabriquées. « Nous usinons les pièces nous-mêmes et deux salariés s’occupent de la maintenance », indique Pierre Rondinaud, le fils de Frédéric.

Piqûre sur des machines vintage

L’entreprise demeure résolument familiale. Frédéric, l’actuel président, est entouré des siens. L’une de ses filles, Claire, est responsable du pôle digital. Son neveu est directeur grands comptes. Quant à Pierre, son fils, il a rejoint l’entreprise depuis décembre 2015 après avoir été à la direction commerciale du groupe de média NextradioTV. Il est responsable communication, marketing et directeur export.

C’est d’ailleurs Pierre qui a encouragé les collaborations avec d’autres marques. Une excellente manière de faire connaître la maison Rondinaud. Après le Slip Français, collaboration qui se poursuit, c’est au tour de Saint-James. Depuis août, La marque normande diffuse dans ses magasins des charentaises rayées, bleu ou rouge, comme ses célèbres marinières. « Nous partageons les mêmes valeurs avec Rondinaud. Nous voulions diversifier notre gamme. Le résultat est un succès. Nous avons déjà lancé des réassorts », souligne Luc Lesénécal, président des Tricots Saint-James. La prochaine collaboration proposera un modèle féminin pour Princesse tam.tam, vendu pour les fêtes de fin d’année. Une base soudée donnera une forme plus fine à ce chausson noir à pois dorés.
 
En 2016, Rondinaud a réalisé un chiffre d’affaires de 11 millions d’euros, stable comparé à l’exercice précédent. La moitié des ventes sont encore effectuées par la grande distribution, l’autre moitié par le détail. Au total, ces produits sont distribués dans 1 200 points de vente. Pour le moment, l’export représente entre 10 et 12 %. L’objectif est d’atteindre 25 % à moyen terme.

Pour cela, les charentaises vont s’exposer sur différents salons à Las Vegas et à New York, aux Etats-Unis, mais aussi au Japon et en Corée. En Chine, un pop-up store sera inauguré le 8 décembre dans le centre commercial de Rong Qiao Plaza dans la ville de Fuzhou (province du Fujian). Quant au marché domestique, il n’est pas en reste puisque l’entreprise s’est rapprochée des Galeries Lafayette. Une sélection de modèles sera vendue dans l’ensemble du réseau durant le mois de décembre. Les clients y trouveront des charentaises en cousu retourné « Made in Charente » à des prix oscillant entre 35 et 45 euros.

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