Soldes : que contient le rapport de la Commission de concertation du commerce ?

Alors que Bercy a lancé ce 10 janvier 2018 les soldes en annonçant leur raccourcissement à quatre semaines dès 2019, la Commission de concertation du commerce (3C) a remis au ministère un rapport faisant état de points de convergence entre professionnels. Mais également de la persistance de désaccords insolubles sur les dates légales de soldes, dispositif dont 80 % des professionnels se disent insatisfaits.


Extrait du rapport de la 3C - Institut Français de la Mode

Outre une opposition unanime au retour des soldes flottants, l’ensemble des organisations professionnelles consultées se prononcent pour le maintien de deux périodes de promotions annuelles encadrées par l’Etat. Sur l’instauration d’un événement national du type Black Friday, une large majorité serait en faveur d’un week-end spécial, voire de trois jours dédiés, de préférence en novembre pour ne pas vampiriser les ventes durant les fêtes. Ce qui poserait donc la question de la mise sous tutelle de la DGCCRF du Black Friday existant.

Mais le principal consensus repose sur le fait que 85 % des professionnels consultés sont en faveur d’une réduction de la période de prix barrés. Quelque 54 % d’entre eux souhaitent quatre semaines de soldes, contre 31 % en faveur des cinq semaines, et 15 % réclamant trois semaines. Pour rappel, en 2014, le gouvernement avait mis fin aux soldes flottants, mais en ajoutant une sixième semaine aux soldes classiques. Une décision prise sans concertation avec les professionnels qui a occasionné des retours plus que mitigés, les commerces faisant état d’un essoufflement prononcé des ventes dès la troisième semaine.

Sur le plan géographique, les professionnels réclament largement l’uniformisation nationale du calendrier, sans distinction entre Paris et la province, en raison des saisons, du tourisme et des catégories de produits. "La majorité des commerçants ne souhaite toutefois pas que soient remises en cause les dérogations en vigueur, notamment pour certains départements frontaliers, indique le rapport. De même, certains commerçants ne seraient pas opposés à la possibilité de prévoir des dates distinctes pour les zones à forte activité saisonnière, surtout pour les soldes d’été afin de les organiser plus tardivement durant la période estivale".

L’insoluble débat des dates

Reste le problème des dates, sujet de désaccord inépuisable entre les professionnels. Et ce sont les soldes d’hiver qui posent le plus problème. Au final, 38 % des professionnels sont pour le statu quo, 38 % pour un avancement, et 24 % pour un recul. Si l’on réduit le spectre aux seuls professionnels liés à l’habillement, 31,8 % sont pour un maintien, 47,8 % pour un avancement, et 20,5 % pour un recul.


Position des organismes consultés sur les dates de soldes - Commission de Concertation du Commerce

Parmi les organismes consultés, seul le Conseil National des Centres Commerciaux (CNCC) réclame que les soldes démarrent au 26 décembre, comme le Boxing Day britannique. Du côté de ceux réclamant un démarrage au premier mercredi de janvier figurent la Fevad (e-commerce), FEH (enseignes d’habillement), Procos (enseignes spécialisées), UCV (grands magasins), FNAEM (ameublement), FENACEREM (électronique) et FNMF (marchés).

Du côté des partisans au maintien du deuxième mercredi de janvier se regroupent une autre partie des adhérents de la Fevad, la FCA (commerce associé), FEC (chaussures), Union Sport & Cycle, UBH (bijouterie), FCJPE (jouets), et FNMJ (jardinerie). Enfin, certaines fédérations veulent un lancement fin janvier comme la FNH (habillement), FDCF (détaillants chaussures), FCD (grande distribution), CDF (indépendants) et CPME (petites et moyennes entreprises).

Les rangs sont moins dispersés concernant les soldes d’été. D’un côté, les partisans du maintien à fin juin/début juillet, regroupant le commerce intégré ou organisé, c’est-à-dire les enseignes nationales ou internationales, mais également les e-commerçants et les pure players. De l’autre, ceux souhaitant les voir reportés à mi-juillet voir début août avec, dans ces rangs, les commerces indépendants "isolés" ou multimarques, et plus spécifiquement dans l’habillement, soutenus par la FNH, FDCF, CDF et CPME.

Prix de référence et collections "spéciales"

La consultation a notamment permis de faire émerger d’autres points d’attention. A commencer par la réglementation des soldes qui impose de ne solder que des produits détenus et payés depuis au moins 30 jours. "La grande majorité des organisations s’est exprimée en faveur du maintien de ces deux obligations", pointe le rapport.


Position des organes représentatifs de l'habillement sur l'évolution des dates de soldes - Commission de Concertation du Commerce

Un grand nombre d’acteurs, des grandes enseignes aux indépendants, réclament de lever les incertitudes sur le prix de référence. "Il n'y a plus la moindre exigence concernant la référence du prix barré : il est librement déterminé par l'annonceur, ce dernier devant être simplement capable de justifier de sa réalité et de sa loyauté…" déplorait en juin la CCI Paris IDF. "Il est à craindre que le consommateur soit quelque peu perturbé dans la réelle perception du prix, tout comme le professionnel qui risque de faire face à certaines pratiques commerciales sources de distorsions de concurrence" pointe donc le rapport.

Quant aux ventes privées qui précédent désormais massivement les soldes, un contrôle accru est réclamé, notamment en raison de la présence de collections produites spécifiquement pour ces ventes. Un problème déjà bien connu durant les soldes eux-mêmes, et une fois de plus dénoncé. "Plusieurs organisations ont également fait état de collections créées spécifiquement pour les soldes et ne respectant donc ni l’esprit des soldes, à savoir le déstockage de fin de saison, ni la loyauté en matière d’annonces de réduction de prix puisque ces produits n’ont jamais été proposés à la vente avant", indique ainsi la fin du rapport.

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