Tim Coppens : « La mode, le streetwear et le sport sont aujourd’hui naturellement liés »

A la tête de sa marque depuis 2011, Tim Coppens arrive souvent dans les short lists des prix les plus prestigieux quand il n’est pas récompensé. Finaliste du CFDA/Vogue Fashion Fund et du Prix LVMH (2014) ainsi que du Prix de l’Andam (2016), il a remporté le Swarovski Award for Menswear en 2014. Il a, par ailleurs, obtenu de nombreuses nominations pour les CFDA Awards, dont celle du designer de l'année en 2016.  Avant de fonder sa griffe, ce créateur a notamment collaboré pour Ralph Lauren RLX et Adidas. Ancré dès son adolescence dans le streetwear, ce designer revendique la porosité entre mode, streetwear et sport. Sa marque est désormais mixte puisqu’il a lancé ses collections féminines en 2014.

Tim Coppens - Tim Coppens

FashionNetwork : Pour qui avez-vous travaillé avant de créer votre marque ?

Tim Coppens : Après mes études à l'Académie royale des beaux-arts d’Anvers, j’ai travaillé pour plusieurs marques, en particulier dans le domaine du sport : Adidas, Bogner ou encore Ralph Lauren en tant que directeur de ligne de la ligne actiwear RLX. Ces expériences ont été intéressantes parce qu’elles m’ont permis de découvrir comment s’organisent les grandes marques. Tout cela a été en quelque sorte un prélude à ce que je fais maintenant.

FNW : En 2011, pourquoi choisissez-vous de lancer votre marque ?

TC : Nous avons commencé en 2011 mais le vrai lancement a été en 2012. J’ai démarré sans avoir de stratégie commerciale précise mais Barney’s New York a été mon premier client, puis Dover Street Market a suivi. Cela m’a beaucoup encouragé. Aujourd’hui, on m’interroge sur mon concept. Avec les réseaux sociaux, il faut avoir un discours sur la marque. Il y a une injonction à parler de son travail. Or j’avoue que les premières saisons, je n’avais pas intégré ça. Je suis un designer qui fait des vêtements et qui apprécie le travail en amont autour des tissus et des coupes. En réalité, nous avons réfléchi à notre identité de marque que récemment.


Silhouette présentée à Paris, printemps-été 2018 - Tim Coppens

FNW : Pouvez-vous nous dire ce qui caractérise votre travail ?

TC : Je suis définitivement quelqu’un du produit. D’où le qualificatif de designer qui me convient bien. Je créé des vêtements pour tous les jours. J’aime y glisser des éléments fonctionnels subtils, quasi invisibles. Globalement, je souhaite me projeter dans la durée, dans la longue durée, y compris pour les collaborations que j’accepte. Le court terme ne m’intéresse pas. De mon côté, mon ancrage dans le streetwear me rappelle que des jeunes gens qui aiment mes collections ne peuvent pas se payer un blouson d’une qualité superbe, fabriqué au Portugal dans un tissu italien à 1 000 euros. Alors, je propose des tee-shirts et des sweat-shirts à des prix accessibles.

FNW : Quel était l’objectif d’Under Armour quand ils vous ont nommé directeur de création d’UAS (Under Armour Sportswear) en 2016 ?  

TC : Ce sont leurs premiers pas dans la mode. Ils voulaient une intervention créative, haut de gamme afin de montrer une nouvelle image qui ne soit plus liée au sport actif. Ils m’ont demandé de réfléchir à un lifestyle plus street, plus jeune pour élargir leur cible, leur clientèle. Cela se construit et prend du temps. Mon contrat a été prolongé. L’aventure mûrit.

Under Armour Sportswear, printemps-été 2018 - UAS

FNW : Pourquoi la transversalité entre la mode, le streetwear et le sport vous semble-t-elle aussi évidente ?

TC : Depuis que je suis ado, je baigne dans le streetwear. Je faisais du skate. Je suivais l’actualité de cet univers à travers des vidéos, des magazines... Le lien avec le sport n’a jamais été une question. Le sport est adapté à la mobilité, au confort.
C’est une évidence pour moi et depuis quelques années, ça se diffuse dans la mode et dans le luxe. Mais ça n’a pas toujours été le cas. A l’école, à la Royal Academy of Arts d’Anvers, on me disait que le streetwear n’avait rien à voir avec la mode. Ces univers ne se mélangeaient pas. Il n’y a qu’à voir le succès des sneakers. J’ai du respect pour de vieilles marques de chaussures de ville mais dans une ville comme New York, il faut aller vite. Si je porte des derbies un peu rigides, elles ne me permettront pas d’être aussi rapide que si j’ai des sneakers aux pieds. C’est simple, les codes vestimentaires ont été assouplis. Les jeunes ne veulent plus porter de costume et on les comprend, c'est tellement ennuyeux.

FNW : Vous avez également évoqué un projet dans le denim ?

TC : Pour cette collection printemps-été 2018 présentée à Paris, j’ai utilisé de vieux jeans Wrangler que j’avais récupérés, notamment dans la famille de ma petite amie. Ces jeans sont incroyables. Leur qualité est irréprochable. Finalement, il s’avère que j’ai été mis en contact avec la direction de Wrangler. Nous allons entamer une collaboration pour l’automne-hiver 2018/19, a priori pour la création d’une capsule mais les détails du contrat vont se préciser ces jours-ci. Je trouve cela pertinent car je ne me voyais pas créer des jeans sous ma marque. Le jeans est un produit qui demande un vrai savoir-faire. Ce dont dispose Wrangler.
 

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