Tokyo Fashion Week : Hanae Mori tisse sa toile de matières innovantes

Du bois façonné en dentelle et sculpté dans des robes du soir : la marque Hanae Mori Manuscrit a montré la voie à la Tokyo Fashion Week, qui vient de s'achever, en exhibant un artisanat inventif, marque de fabrique japonaise.

Hanae Mori Manuscrit automne-hiver 2017 - AFP

Pour sa collection automne-hiver 2017 dessinée pour la couturière japonaise, le créateur Yu Amatsu a usé d'écorces de châtaignier et de noyer pour confectionner une robe aux panneaux triangulaires, un hommage à l'emblématique sac Bao Bao d'Issey Miyake. Du bois aussi ont été extraits de délicats papillons, symbole de la marque, ornant les cheveux des mannequins.

Le thème : « combiner », associer des tissus, matériaux pour créer quelque chose de différent et de plus beau, confie Amatsu qui a parfois bataillé pour réussir ce complexe mélange.

Une de ses pièces phare, des robes au subtil motif de dentelle faites de bois de plaqueminier, lui ont particulièrement donné du fil à retordre. « Même l'aiguille de la machine à coudre ne parvenait pas à le percer », a-t-il expliqué à l'AFP. Il l'a donc aminci à une épaisseur de 0,14 mm et lié à du tissu pour le rendre plus fort, avant de procéder aux broderies finales.

Il en résulte un vêtement « assez lourd, et quand on se déplace, il se forme une silhouette en trois dimensions », décrit-il. Tout au long du processus, il a pris soin de préserver la couleur naturelle du bois, donnant aux habits une teinte copeaux de crayons ou écorces d'arbres. Des ceintures et sacs ont aussi été créés de la sorte.

Le Japon est réputé pour ses matières hautement sophistiquées et tissus spécialisés, prisés par les Chanel et autres grandes maisons de couture occidentales, et source d'inspiration inépuisable pour les stylistes du pays.

Du Japon et d'ailleurs

Dans l'archipel, la mode cherche moins à divertir qu'à imaginer des matériaux « étonnants », relève Misha Janette, directrice artistique et blogueuse qui vit au Japon depuis 2004. « Ils sont passionnés par la création de nouvelles matières qui les distinguent », poursuit-elle.

« J'observe toujours autour de moi pour trouver quelque chose d'intéressant qui sera la clé de futurs designs, comme les films, la musique, l'architecture... » souligne Yu Amatsu. Outre le bois, d'autres matières innovantes ont peuplé cette Semaine de la mode à Tokyo, où étaient exposés 52 stylistes.

Hanae Mori Manuscrit automne-hiver 2017 - AFP

La marque Roggykei, connue pour avoir habillé l'excentrique star américaine Lady Gaga, a choisi de s'implanter à Osaka pour être au plus près d'usines spécialisées. Pour le couple qui est derrière, Hitoshi et Keiko Korogi, ce label « made in Japan » a été un vrai atout quand ils ont défilé à Paris en 2012.

Eux travaillent à partir d'un tissu fait à 50 % de polyester, à 50 % de laine, une combinaison qui le rend plus souple, ou encore de tissus transformés, comme cette étole faite de cachemire tissé à partir d'une laine de Mongolie qu'ils ont ensuite enduit pour le rendre lavable et prévenir le boulochage. Ils récupèrent aussi des morceaux d'étoffes mis au rebut.

Certains stylistes japonais se tournent cependant vers l'étranger. Takuya Morikawa, qui a présenté des robes de soie, de la fourrure et un ensemble pantalon en velours pour la marque Taakk, née en 2012, explique « ne pas trop s'arc-bouter » à l'étiquette nippone.

« Bien sûr, le Japon a de bonnes techniques, mais je préfère utiliser de bonnes choses du monde entier », dit-il. Ainsi ses broderies sont-elles faites en Chine et Inde, « car cela aurait coûté beaucoup plus cher pour avoir une telle qualité ici ».

Par Jennie MATTHEW

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