Vers des chaînes logistiques plus éthiques pour le textile indien ?

Quand Smriti Irani, la Ministre indienne du textile, a tweeté une photo d'elle dans un sari de soie bleu électrique avec le hashtag #IWearHandloom ("je porte un sari tissé à la main"), son tweet a été choisi comme favori plus de 10 000 fois, et retweeté plus de 4 000 fois.

Plusieurs centaines de personnes ont répondu à sa demande de se prendre en photo portant des vêtements artisanaux, y compris des femmes politiques, des actrices, des athlètes, des modèles et des designers, tout ceci en anticipation de la Journée nationale du sari artisanal, qui a eu lieu le 7 août.


Twitter @smritiirani

En Inde, les vêtements tissés main sont un symbole de la lutte pour la liberté.

Ces vêtements connaissent aujourd'hui un renouveau, alors que la demande pour une mode durable et éthique se développe, et même si les vêtements ordinaires dominent encore largement le marché de masse.

"Il y a un désir plus grand parmi la jeunesse et dans la classe moyenne, qui sont frustrés par la corruption des hommes politiques et des entreprises, pour quelque chose de mieux", déclare Arvind Singhal, chargé du retail chez Technopak Advisors.

"Etre plus sensible aux gens et à l'environnement est à la mode, et les gens sont prêts à payer un peu plus pour ce qu'ils considèrent comme éthique et responsable", ajoute-t-il.

L'Inde est un des principaux fabricants textiles au monde, et fournit les grandes marques internationales. Mais le marché domestique est tout aussi grand, et représente 40 % des revenus du secteur.

Le secteur est dominé par des entreprises de petite et moyenne taille qui subissent une énorme pression pour réduire leurs coûts et pour produire plus rapidement. Nombre d'entre elles ont recours au travail forcé, et les abus concernant les salaires -ainsi que la servitude pour dette - sont fréquents, selon les activistes.

Le salaire horaire moyen dans le secteur est de 1,06 $ par heure, contre 2,6 $ en Chine, selon la Banque Mondiale.

La pression sur les marges se fait aussi sentir au niveau des cultivateurs de coton. Plus de 90% du coton indien est génétiquement modifié, et comme les graines correspondantes ne peuvent pas être replantées, les cultivateurs luttent à la fois contre des coûts à la hausse et des prix de vente à la baisse.

Ce sont les difficultés de ces cultivateurs qui ont incité Apurva Kothari, qui travaillait dans le secteur de la technologie à San Francisco, à retourner en Inde pour créer No Nasties, une marque de vêtements, en 2011.

Selon lui, l'entreprise achète du coton bio, et contrôle sa chaîne d'approvisionnement pour s'assurer de l'absence de travail des enfants et que les travailleurs reçoivent un juste salaire.

"J'ai simplement recherché 'coton équitable' sur Google, et j'ai rencontré les producteurs de coton", déclare-t-il lors d'une conversation téléphonique avec Reuters.

"Ils fournissaient tous des marques de vêtement étrangères, et cela a été difficile de les convaincre qu'il y a aussi un marché ici. Mais la surprise a été la bonne réception de la part des consommateurs."

No Nasties et Do U Speak Green sont parmi les quelques marques de vêtements bénéficiant de la license Fairtrade en Inde.

Ces derniers se fournissent auprès de producteurs comme Rajlakshmi Cotton Mills, qui vend du coton bio et équitable, et paye des salaires décents, et Chetna Organic, qui gère une "banque de graines" au profit des cultivateurs.

Fairtrade India s'est établi en Inde en 2013, et appose son logo sur des produits comme du café, du thé, du riz et du sucre.

Ces derniers travaillent aussi avec Amazon India afin de faire en sorte que les produits certifiés Faritrade soient aussi disponibles en ligne.

"Les résultats ont été mitigé", selon Abhishek Jani, PDG de Fairtrade India. "Il y a un manque de savoir-faire technique, un manque de capacité, et un manque de prise de conscience concernant les chaînes logistiques éthiques, même dans les grandes entreprises. Mais le fait qu'on nous invite pour discuter est un bon point de départ", précise-t-il à Reuters.

Les conditions de travail et les salaires du secteur en Asie du Sud sont sous les projecteurs depuis la catastrophe du Rana Plaza, qui a eu lieu au Bangladesh en 2013, et qui a causé la mort de plus de 1 100 ouvriers.

Mais les efforts des distributeurs pour améliorer leur chaîne logistique auront peu d'impact si les consommateurs indiens ne demandent pas des produits éthiques, selon les analystes.

Selon Abhishek Jani, "la plupart des consommateurs ne sont pas conscients des suicides de cultivateurs ou encore du niveau des salaires, et ne font pas le lien avec les vêtements qu'ils portent".

"Mais un partie d'entre eux en est consciente, et la plupart des gens achèteraient probablement un produit éthique si le prix n'était pas trop élevé."

"Comment faire en sorte que les gens aient de l'empathie et rendent ainsi la mode éthique pertinente ? C'est une tâche difficile, mais nous sommes optimistes", conclut ainsi Apurva Kothari.
 

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