​Lingerie sport : les professionnels face à une clientèle mal informée

Les rendez-vous parisiens de la lingerie et du balnéaire, Mode City et Interfilière, se sont tournés du 4 au 6 juillet vers le marché du sportswear. L’occasion de débats entre professionnels de la filière quant au potentiel flagrant des soutiens-gorge de sport, mais aussi sur la nécessité d’évangéliser les clientes sur une offre mal connue, tout comme les dangers encourus par la poitrine.
 
« Il y a 9,5 millions de runners en France, la moitié étant des femmes », résume ainsi Elise Recour, directrice générale de Berlei&Gossard. « Mais une trop grande partie des femmes n’en portent pas. Notre premier besoin est de structurer la distribution et de rendre facile l’accès à ces soutiens-gorge. Mais aussi de faire passer dans l’esprit des consommatrices la nécessité d’en porter pour le sport. Tout comme c’est le cas pour les pieds, avec des chaussures dédiées. »
 
Matthieu Guinebault/FashionMag

Une nécessité qui se traduit par les 9 cm d’amplitude maximale que connaît une poitrine durant l’exercice physique. Soit l’équivalent de 80 mètres parcourus durant un footing d’un kilomètre. Chaque foulée multiplie ainsi par quatre le poids du sein, provoquant au passage lésions irréversibles et douleur. Cette dernière pousse d’ailleurs 25 % des femmes à limiter leur pratique du sport.

« Nous sommes grosso modo face à cinq millions de femmes qui, aujourd’hui, sont susceptibles de porter un soutien-gorge de sport », insiste Pierre Steinecker, directeur général France d’Anita. « Le capital poitrine est à préserver, et c’est la prise de conscience que nous devons initier. »
 
Capable de réduire de 80 % l’amplitude du mouvement d’une poitrine durant l’effort, les produits dédiés ne sont portés que par 44 % des femmes. Tout simplement parce que 80 % des sportives ignorent qu’ils existent des soutiens-gorge spécifiques à leurs exercices, et qu’elles sont en outre 70 % à ne pas porter la bonne taille de soutien-gorge.
 
« La filière est entrée dans une tendance lourde », pour Dominique Heuillard, chef de produit secteur Maille du fournisseur textile Sofileta. « En tant que fabricant de matière, nous contribuons à cette évolution technique. Mais il ne faut pas perdre de vue la correction de silhouette. »
 
Un avis partagé par Nicolas Caniez, directeur marketing d’Odlo France. « On voit dans l’analyse des habitudes d’achat que le look des produits dédiés au sport reste l’enjeu principal, au-delà de l’offre technique. Il faut donc savoir proposer des pièces féminines, agréables, mais aussi valorisantes à porter. »
 
« On essaie de faire beau et pratique, mais ce n’est pas facile », pointe cependant Andrea Crespi, directeur général d’Eurojersey. « Car notre premier enjeu reste de développer la performance sans compromettre le confort. Mais je pense qu’il est temps pour la filière de passer à l’étape suivante, en travaillant avec les spécialistes des matières sur de nouvelles approches. Il y a beaucoup d’innovation à disposition, mais je pense que c’est par le fil, dans lequel on peut inclure plein d’éléments techniques, que passe cette nouvelle étape. »
 
Un avis tempéré par Ria Stern, directrice marketing de Hyonsung. « Si vous êtes une runneuse, vous courez souvent », pointe-t-elle. « Et donc vous lavez souvent ces produits. Il faut donc que les avantages apportés par les fils et tissus continuent dans le temps. C’est notamment sur cette idée qu’il faut développer la nouvelle offre. »
 
« Toutes ces propriétés techniques, les femmes y sont imperméables », pour Pierre Steinecker. « Il faut donc d’abord commencer par traduire toutes ces avancées techniques et complexes en avantages qu’elles comprendront facilement : évaporation, sensation de froid, douceur du tissu… Les clients ne sont pas forcément conseillés en rayon. A nous de faire en sorte qu’ils sachent ! »

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