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7 nov. 2014
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​Alberto Paccanelli (Euratex) : "Le libre-échange UE-US bloque sur les règles d'origine"

Publié le
7 nov. 2014

L'Europe et les États-Unis négocient actuellement un possible accord de libre-échange transatlantique. La Confédération européenne des industries du textile, Euratex, prend part aux difficiles discussions. A Budapest pour le Congrès de la Confédération Européenne du Lin et du Chanvre (CELC), une des organisations fondatrices d'Euratex, son président Alberto Paccanelli évoque les points de blocage, sa vision du textile américain, et la nécessaire mise en place d'une filière euro-méditerranéenne. 

Alberto Paccanelli - Photo CELC


FashionMag.com : Que retirez-vous des négociations autour de cet accord ?

Alberto Paccanelli : Il s'agit d'un sujet de première importance pour Euratex. Les négociations sont plus longues qu'attendues. Compliquées. Mais les agendas politiques étant chargés, les deux partis veulent conclure, ce qui est bien. Nous voulons un marché plus développé où UE et US marchent ensemble. Un pas important pour l'économie mondiale. Les Américains veulent une section séparée concernant le textile, contrairement aux Européens. Mais un très bon travail est mené avec nos homologues du textile américain. 

FM : Quel est la principale difficulté rencontrée ?

AP : Le libre-échange UE-US bloque sur les règles d'origine. Car les Américains veulent se baser sur une triple transformation locale de la production, notamment pour protéger leur activité croissante de filature, quand les Européens voudraient rester sur la double transformation, car reposant sur un sourcing plus global. C'est une question majeure. Si la règle européenne prévalait, cet accord serait un succès offrant un fort potentiel. Sinon, cela pourrait ne pas être très bénéfique au textile européen.

FM: Dans quel délais voyez-vous l'accord aboutir ?

AP : Cela va dépendre de l'agenda. Nous espérons aboutir à la fin 2015. Je pense que c'est faisable. Cela va dépendre de la force de la nouvelle Commission Européenne et de sa volonté d'aboutir. Cela repose également sur l'équipe Obama, qui veut avoir quelque chose à présenter quand viendra le temps des élections. Je ne sais pas quel sera l'impact de la récente victoire parlementaire de Républicains.

FM : Quel regard portez-vous sur l'industrie textile américaine ?

AP : Les Etats-Unis redeviennent un pays très compétitif d'un point de vue manufacturier. En raison de leur production de gaz, de leur indépendance énergétique, l'énergie y coûte un tiers de que paye par exemple l'Italie. Le coût du travail joue aussi, avec la possibilité de payer dix dollars de l'heure quand c'est plutôt le double en Europe. Je pense que cela va attirer beaucoup d'investisseurs manufacturiers dans les prochaines années. Nous devons donc être d'autant plus prudents dans ces négociations de libre-échange.

FM: Les USA se félicitent des nombreuses relocalisations textiles. Un tel scénario est-il envisageable en Europe ?

AP : Si nous avons des hommes politiques intelligents, c'est possible. Nos coûts de fabrication ne sont pas aussi compétitifs qu'ils le devraient. Vous pouvez voir en Europe une approche très bureaucratique, avec des taxations sur l'énergie comme sur le travail. Cela limite la relocalisation. Mais, si nous pouvons régler ce problème, nous pourrons ramener de la production.

FM : Renforcer les lieux Europe-Turquie peut-il aider ce processus ?

AP: D'un point de vue stratégique, je vois la Turquie intégrer l'Europe. Cela serait important pour construire ce que j'appelle une approche pan-européenne, intégrant aussi l'Afrique du Nord. En Europe, nous pouvons offrir de nombreux services. Mais il nous manque une chaine de valeur intégrée sur la zone, qui permettrait de concurrencer l'Inde et la Chine. Le processus a été lancé il y a deux ans. L'heure est à la consultation des différents pays de l'Union sur le sujet.

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