×
Publicités
Publié le
21 avr. 2020
Temps de lecture
5 minutes
Partager
Télécharger
Télécharger l'article
Imprimer
Cliquer ici pour imprimer
Taille du texte
aA+ aA-

​Déconfinement : faut-il se fier aux masques en tissu ?

Publié le
21 avr. 2020

D'éléments de protection accessoires pour la population, les masques sont amenés à devenir une composante essentielle du déconfinement du 13 mai. De quoi ouvrir un nouveau front, pour les ateliers et entreprises textiles, en plus des masques médicaux destinés aux soignants et des masques nécessairement certifiés dans les cadres professionnels. Mais se pose naturellement la question de l'efficacité des masques en tissu destinés au quotidien, avec des modèles improvisés parfois problématiques déjà proposés à la vente.


Masque de protection en tissu lavable triple épaisseur préconisé par l'Afnor et proposés sur Etsy - Etsy



En témoigne la place de marché des créateurs indépendants Etsy, qui indiquait que l'offre de masques faisait l'objet d'une recherche sur son portail toutes les neufs secondes, du 4 au 6 avril derniers. En invitant ses créateurs à prendre en compte cette demande, la plateforme aurait porté à 20 000 le nombre de boutiques proposant les fameux masques non-médicaux. A l'instar des masques médicaux et professionnels, ces masques grands publics devraient en outre profiter d'une TVA réduite à 5 %, sur proposition des députés le 17 avril.

Mais c'est en réalité dans toute la France que, via les réseaux sociaux, se sont constitués des collectifs locaux de fabrication. Comme Mask Attack ou, en Ile-et-Vilaine, le groupement Couturière Solidaire. "Ce type de cadre permet de canaliser les bonnes volontés, car face à l'afflux d'informations sur Internet, il nous est apparu indispensable de donner des bonnes pratiques", expliquait vendredi matin la coordinatrice Marine Prevet. "L'objectif est que nos 200 couturières n'aient à sortir ni pour s'approvisionner, ni pour livrer, via des collecteurs sillonnant le territoire. Depuis l'annonce du Gouvernement qui vise à légitimer les masques textiles, on a observé une forte hausse de la demande."


Il a fallu que les différentes initiatives locales identifient les modèles de masques à produire. Couturière Solidaire s'est en premier lieu tournée vers les recommandations formulées par le gouvernement belge. Un choix d'approche similaire à celui qu'ont dû faire les industriels textiles sollicités dès le début du confinement par les hôpitaux voisins. "Nous sommes passés par plusieurs phases", confie ainsi le directeur communication et RSE d'Armor-lux, Grégoire Guyon. "Nous avons commencé par le patron fourni par le CHU de Grenoble. Mais, depuis la semaine du 27 mars, nous sommes passés aux masques barrières définis par l'Afnor. Et prochainement, on va aller vers une nouvelle phase, avec des masques homologués par la Direction Générale des Armées (DGA)."

Une évolution rapide des pratiques à laquelle n'échappe pas un spécialiste des règles normatives comme l'Afnor, confie son directeur général Olivier Peyrat. "Nous avons au départ créé un document de référence en une semaine. Mais cela évolue très rapidement, car on essaie d'utiliser tous les savoirs qui s'accumulent au fur et à mesure de la crise". Le pneumologue Bertrand Dautzenberg, qui a créé le portail MonTissuMasque.com, souligne de son côté que même la parole médicale évolue. "Jusqu'à il y a 15 jours, je recommandais moi-même le masque proposé par le CHU de Grenoble", explique le spécialiste. "Mais ma consœur qui en est à l'origine s'est rendue compte, avec l'expérience, que ce modèle doit être abandonné, au profit de masques n'ayant pas de coutures au niveau du nez ou du visage."

Faut-il pour autant douter de l'efficacité scientifique des masques en tissu, amenés à se multiplier ? "Les masques alternatifs ne sont pas des masques au rabais", tranche le spécialiste. "Ils ont l'avantage de filtrer dans les deux sens. Car les deux critères à retenir sont la filtration et la désirabilité. Si on part du principe qu'un confinement strict est une protection à 100 %, un masque FFP2 protège lui à 95 %. Même le plus mauvais des masques en tissu, s'il est bien utilisé, représente une protection à 50 %. Et la plupart des masques de références tournent aujourd'hui plutôt autour de 60 à 70 %. Mais il faut garder à l'esprit qu'il ne faut pas un masque. Il nous en faudrait cinq par jour et par personne. Donc dix, le temps de les laver et sécher. Et, même si certains disent qu'ils durent un mois, le fait est qu'on ne pourra pas les garder six mois."


Etsy



Pour le pneumologue, ce point invalide la crainte d'une concurrence sur le terrain de la production de masques en tissu, estimant que même une mobilisation générale ne parviendrait pas à répondre à l'ensemble des besoins. "Le fait qu'il faut plusieurs masques dans une journée, beaucoup de couturiers ne l'avaient pas en tête", confirme de son côté Marine Prevet. Qui pointe par ailleurs quelques "tutos" hasardeux sur la question. "Il n'y a fondamentalement pas de mauvais masques. Mais on a vu des gens proposant des recettes de masques à filtres changeables, employant par exemple du Sopalin. Or ça pose plusieurs problèmes, comme celui de devoir manipuler des parties souillées. Et certains recommandent d'utiliser des filtres d'aspirateurs, or ce n'est pas du tout prévu pour être respirant."

Pour tenter de corriger le tir de ces improvisations de masques avec les produits du quotidien, l'Afnor dévoilera dans quelques jours le fruit d'une étude proposant diverses solutions de fabrications de masques. Et recourant à diverses typologies de tissus présents dans les pièces d'habillement. De leurs côtés, les groupements locaux de couturiers voient depuis quelques jours se multiplier les demandes des municipalités désireuses de fournir leurs habitants. Apportant à l'activité des artisans locaux une nouvelle dimension, à savoir la transmission des bonnes pratiques aux pouvoirs publics eux-mêmes. Avec l'espoir d'un spontané retour d'ascenseur à l'avenir.

"Il faut aussi parler de la solidarité vis-à-vis des entreprises. Il y a énormément d'entreprises qui ont beaucoup donné de leurs matières et de leurs compétences. Elles pourraient avoir quelques retours via des commandes", estime ainsi Marine Prevet. Un espoir qui se retrouve également du côté des industriels, mobilisés autour des équipements médicaux, comme nous l'expliquait récemment le président de l'Union française des industries mode et habillement, Marc Pradal (relire notre interview). "L'avenir est incertain pour une entreprise comme la nôtre ; on ne sait pas quand on va rouvrir, ni comment", rappelle de son côté Grégoire Guyon d'Armor-Lux. Mais, en attendant, nous restons mobilisés."

Tous droits de reproduction et de représentation réservés.
© 2021 FashionNetwork.com