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29 avr. 2020
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​Masques : vers un encadrement des prix ?

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29 avr. 2020

Au lendemain des annonces de Matignon concernant le déconfinement, Bercy pose les bases d'un encadrement de la distribution de masques dans l'Hexagone. Les grandes enseignes de distribution se sont engagées sur des prix allant de 2 à 3 euros pour les masques réutilisables en tissus, contre 1 euro pour les masques à usage unique. Mais, alors que de nombreux portails vendent désormais des masques produits par des industriels comme des artisans, se pose désormais la question d'un encadrement des prix pour limiter arnaques et abus.


ReusableMasks/Etsy


A compter du 4 mai, les enseignes de la grande distribution alimentaire (Auchan, Aldi, Carrefour, Colruyt, Cora, Groupe Casino, Intermarché, Leclerc, Lidl, Netto, Supermarché Match, Système U) mettront progressivement en vente des masques grand public (en tissu et réutilisables) et des masques à usage unique. Avec des approvisionnements qui monteront en puissance après le 11 mai. Les enseignes vont par ailleurs devoir élaborer des guides de bonnes pratiques devant accompagner les produits.

Reste que la ruée vers les masques n'est pas sans poser des questions, en termes de qualité comme de prix. Comme l'indiquait récemment une conférence organisée par l'Afnor, même le plus mauvais des masques offrirait "une protection à 50 %" contre le virus. De son côté, Bercy redoute autour des masques les mêmes excès d'opportunismes qui avaient poussé l'État à encadrer en mars le prix des gels hydroalcooliques. D'ores et déjà, certaines pharmacies proposeraient des masques réutilisables pour 10 euros la pièce, selon divers supports de presse. Ce qui n'empêche pas le ministère des Finances d'écarter pour l'instant la perspective d'un prix maximal.

"J'ai demandé à la DGCCRF (Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes) de me faire des propositions dans les 48h permettant de me garantir la qualité et l'accessibilité en termes de prix des masques vendus au grand public", indiquait lundi 27 avril la secrétaire d'Etat Agnès Pannier-Runacher, à l'occasion d'une vidéo-conférence de presse. "Je prendrai des décisions sur cette base dans les tous prochains jours. Nous suivons évidemment de près le sujet pour éviter tout abus."

Le problème du nombre d'utilisations par masque



La possibilité d'un non-encadrement des prix a soulevé de nombreuses critiques dans l'opposition, le corps médical, et chez l'Ordre des Pharmaciens. Agnès Pannier-Runacher explique la difficulté d'un tel dispositif notamment par la question du nombre d'utilisations. "Il faut, dans l'appréciation du prix des masques, prendre en compte le nombre d'usages possibles pour un masque", explique la secrétaire d'État. "Un masque à 4 euros qui est utilisable 20 fois, c'est un peu moins de 20 centimes par utilisation."


Etsy


Dans l'essentiel des cas observés, "les masques lavables sont moins couteux que les masques chirurgicaux, à usage unique", souligne par ailleurs Agnès Pannier-Runacher. Qui rappelle au passage que le taux de TVA de l'ensemble des masques a été réduit à 5,5 % dans le cadre du Projet de Loi de Finance rectificative promulgué ces derniers jours.

Les entreprises peuvent se fournir en masques sur le portail dédié StopCovid19. Un dispositif complété par Cdiscount et son outil de distribution en click&collect de masques destinés aux PME et TPE. Côté grand public, de nombreux portails ont progressivement mis en vente une variété de masques en tissus, à l'instar d'Etsy qui est allé jusqu'à inciter ses artisans textiles à se lancer dans cette activité, face aux nombreuses requêtes reçues par le site. Des artisans qui font ainsi écho à la mobilisation menée au niveau industriel.

Le problème de la grande disparité des modèles



Il faut ajouter à cela les 240 entreprises textiles françaises mobilisées dans la production de masques, soit près de 800 structures impliquées en comptant les fournisseurs de tissus et d'accessoires nécessaires. Ces structures auraient soumis quelque 390 prototypes à des tests en laboratoire par la Direction Générale de l'Armement (DGA). De nombreux modèles de masques nés d'une stratégie étatique : plutôt que d'imposer aux entreprises une façon unique de faire les masques, Bercy a préféré fixer des objectifs de performance.  De quoi porter la production hebdomadaire actuelle à 26 millions de masques. Avec dans le viseur le chiffre de 38 millions pour la semaine du 11 mai. La question de la quantité est d'autant plus stratégique qu'il faudrait quatre masques par personne et par jour, pour assurer une protection adéquate. Soit en réalité huit, pour créer une rotation entre ceux utilisés et ceux en cours de lavage.


David Gallard/LV


"Nous avons répertorié à ce jour plus de 3 millions de masques produits quotidiennement, dont trois quarts de masques lavables, et un quart de masques jetables", indique Guillaume de Seynes, président du Comité Stratégique de Filière (CSF) Mode et Luxe. Du côté de l'Union Française des Industries Mode et Habillement (UFIMH), on relevait au début du mois que cet "effort de guerre" connaissait un tournant, avec des entreprises commençant à tirer de la production de masques quelques profits, destinés à préparer l'après.

"Au départ, il y a eu beaucoup de dons", nous expliquait récemment son président Marc Pradal, pour qui les fabricants sont ensuite allés vers la vente de masques à prix coutants, pour amortir les dépenses en salaires et matériaux. "Mais, pour certains fabricants, les masques deviennent une opération rentable. Nous sommes actuellement dans une phase de transition. S'il [le gouvernement, ndlr] veut toujours mobiliser, il faut aussi que les entreprises s'y retrouvent. Car on a quand même, chez certaines entreprises, la crainte de disparaître ou d'avoir des difficultés plus tard."

Le problème des matériaux et de l'approche "mode"



Reste donc à connaitre l'équilibre que choisira Bercy concernant un éventuel encadrement des prix des masques grands publics. Équilibre entre d'un côté le besoin de ne pas frustrer les entreprises textiles françaises et petits artisans, jusque-là mobilisés, et de l'autre l'impératif de limiter la circulation de masques onéreux, parfois d'origines étrangères, destinés à profiter de l'explosion de la demande créée par le revirement gouvernemental sur la question des masques.

"Ces prix vont être précisés dans les prochains jours. On observe pour l'heure des écarts de prix assez sensibles, liés très souvent à la nature de la matière première, au temps de confection, à tout ce qui est lié au conditionnement et la logistique", souligne pour l'heure Agnès Pannier-Runacher. Qui relève par ailleurs un détail qui pourrait complexifier un éventuel encadrement des prix : la mode.

"Il y a parfois certains détails mode qui peuvent être apportés aux masques", pointe la secrétaire d'Etat. "Là, on n'est plus dans des questions sanitaires, on est dans le textile. On est aujourd'hui entre un équipement de protection et un objet que l'on portera sur le visage. Et pour lequel certains auront donc des attentes spécifiques". Si l'État peut potentiellement encadrer les prix pour s'assurer que les masques soient à portée de toutes les bourses, l'équation pourrait en effet devenir toute autre si les masques tendaient à devenir, aussi, des accessoires de mode.

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