À Milan, la mode s’affiche en vert

« C’est la Fashion Week verte ! » a proclamé en ouverture de la Semaine de la mode Carlo Capasa, le président de la Chambre de la mode italienne (CNMI). L’institution, qui regroupe les principales marques transalpines, a fait du développement durable son cheval de bataille et cette Fashion Week milanaise, avec ses premiers Oscars de la mode durable, traduit plus que jamais cet engagement.


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L'un des modèles en soie écologique présentés par Genny - © PixelFormula

Un discours qui ne manque pas d’émuler les petites et grandes entreprises du made in Italy, comme la marque Genny, qui a dévoilé jeudi dans son show plusieurs modèles totalement écologiques. « Nous avons utilisé une soie certifiée à 100 % verte par l’entreprise de Côme, Taroni. Evidemment, cela coûte plus cher et les temps de fabrication sont plus longs et compliqués car toute la filière productive n’est pas encore adaptée à ces standards », explique en backstage la directrice créative, Sara Cavazza Facchini.

« Dans ce cas précis, les coûts ont quasiment doublé. Mais nous sommes au début d’un processus. Quand tout le monde s’y mettra, on devrait passer à une augmentation de prix plus tolérable de l'ordre de 30 % pour ce genre de produits. Nous le faisons quand même, car nous y croyons très fortement », souligne Mattia Facchini, CEO du groupe Swinger, qui possède au-delà de Genny aussi la marque Byblos.

« Nous misons beaucoup sur une qualité durable en limitant au maximum l’impact sur l’environnement. Ainsi, toutes nos collections sont fabriquées dans un rayon de 100 km, nous contrôlons la chaîne de production avec un respect strict des conditions de travail. Nous avons élaboré aussi une charte de valeurs globales clairement énoncées sur les étiquettes de nos vêtements », souligne-t-il encore.

Figurant dans le calendrier de la Fashion Week milanaise depuis plus de 15 ans, Daniela Gregis, qui défilait elle aussi jeudi, a été l’une des pionnières. Refusant les diktats de la mode, la créatrice lombarde a fait du recyclage son credo. Elle crée depuis 1997 des collections entièrement faites à la main en Italie, en optimisant au maximum les ressources. Son objectif étant de « travailler dans le respect de la matière, en utilisant tout, y compris les rebuts pour les accessoires ou le packaging ». Mais elle est encore bien seule à avoir adopté cette démarche.

Comme le reconnaît Carlo Capasa, « la mode n’est pas un secteur très écologique. Le transformer n’est pas facile. C’est un processus qui démarre. Mais nous voulons le promouvoir par tous les moyens, afin que les entreprises deviennent plus attentives à leur impact sur l’environnement. C’est le défi du futur ».


La Chambre de la mode a fait de l’écologie le thème de son dernier film de promotion - cameramoda.it

La Péninsule, qui se veut leader en la matière, a commencé à aborder la question il y a quelques années déjà. « Nous avons débuté en 2012 avec le Manifeste du développement durable pour la mode italienne. Un décalogue dressant les principes à suivre pour toute la filière de production. En 2016, nous avons livré les premières lignes directrices sur les standards écotoxiques à respecter dans la production », rappelle le président de la Camera della Moda.

La semaine dernière, l'association, qui travaille sur ce thème en étroite collaboration avec SMI, l’organisme patronal de l’industrie de la mode italienne, a publié un nouveau document, cette fois sur « les principes éco-durables dans le retail ». Les prochains thèmes abordés seront ceux des processus de production, de l’économie circulaire et du développement durable du point de vue social.

Début septembre, une autre initiative a été lancée, avec la banque UniCredit, sponsor officiel de la Fashion Week de Milan depuis 2015, pour mettre en place un financement destiné à soutenir les pratiques éco-durables des PMI du secteur, en tant que fournisseurs des grandes marques.  

Mais le couronnement de cet engagement est constitué par le prix « The Green Carpet Fashion Awards Italia », le concours pour jeunes designers écoresponsables créé par la Camera della Moda en partenariat avec l'agence de conseil britannique Eco-Age. Ces Oscars « de la mode propre » seront remis le dimanche 24 septembre, lors d’une grande soirée organisée à La Scala réunissant pour la première fois grandes maisons, créateurs émergents et artisans.

Près de 2 millions d’euros ont été investis dans ce projet, dont 75 % sont financés par le gouvernement italien. Onze prix seront remis, dont l’Eco Award à Gisele Bündchen pour son engagement en faveur de l’environnement, et l’Artisanal Award, décerné à Chiara Vigo, dernière personne au monde capable de tisser le byssus, la soie de mer. Cinq finalistes sont en lice notamment pour le prix du meilleur designer émergent : Matea Benedetti, Calcaterra, Co I Te, Leo Studio Design et Tiziano Guardini.

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