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A Hyères, la question de la féminité sous la loupe des créatrices

Publié le
today 14 mai 2019
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A Hyères, cachez ce sein que je ne saurais voir ! Signe des temps, alors que l’empowerment féminin est devenu un véritable phénomène de société ces dernières années, le sein a inspiré plus d’un jeune créateur lors du Festival de Hyères, qui s’est achevé fin avril. Pas moins de trois finalistes sur dix concourant dans la catégorie Accessoires de Mode, toutes des femmes, ont travaillé sur ce symbole féminin par excellence : l’Espagnole Noelia Morales, la Belge Sarah Levy et l’Allemande Eun-Song Joo.
 

Noelia Morales et son mastectomie patch - ph Dominique Muret


Originaire de Barcelone, Noelia Morales a remporté le grand prix du jury Accessoires de Mode Swarovski grâce à un projet autant original qu'inédit autour du thème de l’ablation du sein, jamais abordé dans la mode jusqu’ici. Cette femme de 46 ans s’occupait depuis 2004 de tendances de consommation dans une agence de consulting, jusqu’à être frappée par un cancer du sein il y a deux ans.
 
« J’ai perdu un sein et c’est alors que j’ai découvert qu’il n’y avait rien pour les femmes passées par là. J’ai commencé par développer pour moi-même une sorte d’accessoire pour marquer cette absence et l’assumer, un peu comme le bandeau de pirate qui cache un œil borgne. Pour moi, c’était une manière de m’exprimer, de suggérer ce qui m’était arrivé sans avoir besoin de le dire », explique-t-elle à FashionNetwork.com.

Elle a ainsi inventé « le mastectomie patch », un accessoire, qui n’existait pas jusque-là, pour habiller le sein manquant. « Cela ne remplace pas la prothèse. C’est pour couvrir la nudité avec un ornement, comme on en a pour tout, en permettant ainsi à la femme de reprendre confiance en elle, de continuer à flirter en jouant avec une touche d’humour », poursuit-elle.


Un modèle de mastectomie patch présenté à Hyères - ph Dominique Muret


Noelia Morales a choisi pour lancer sa marque, en 2017, le nom de la légendaire pirate irlandaise Anne (Anna en espagnol) Bonny, aventurière en laquelle elle aime se projeter. Ses patchs sont déclinés en soie, coton, dentelles ou brodés de cristaux. Sur son site, elle met à disposition des instructions pour les confectionner par soi-même.
 
Cette saison, celle qui n’avait jamais fait de mode jusque-là a développé aussi des turbans, dont les derniers modèles reprennent en imprimés différents types et ondulés de chevelure blonde, brune, etc. En écho, là encore, à la chute des cheveux engendrée par les chimiothérapies. « Une façon de ne pas se cacher. C’est ma philosophie », conclut-elle dans un sourire.
 
Autre finaliste à s’être distinguée dans le concours Accessoires de Mode, la Belge Sarah Levy, qui a remporté le prix du public avec sa très jouissive collection d’accessoires en cuir figeant les attitudes de la vie moderne. Dans cette collection figurait notamment la « banane corset » sous forme de soutien-gorge couvrant un seul sein d’un bonnet-pochette zippé, bien pratique pour glisser un billet ou son portable.
 

Sarah Levy et sa banane corset - ph Dominique Muret


Cette pièce fait partie de sa collection de fin d’études à la Cambre arts visuels en accessoires, où la Bruxelloise de 36 ans s’est diplômée en juin dernier, dix ans après avoir achevé la Cambre Architecture, se spécialisant une décennie plus tôt en urbanisme.

« J’ai renoué avec une passion de jeunesse, lorsque je faisais de la joaillerie. Pour cette collection, j’ai voulu accompagner et matérialiser les gestes de notre quotidien avec ces objets qui nous sont devenus si familiers qu’ils s’intègrent à notre corps comme des prothèses, dans son prolongement », expose-t-elle. A l’arrivée, une série d’objets en maroquinerie amusants et surprenants réalisés avec un grand soin dans les matières et les détails : le sac port-chien, le gant glamour multipoches porte-téléphone, le gant porte-cigarette, le coussin porte-bébé, etc.
 
« J’ai travaillé avec des orthopédistes, mais aussi des gantiers, des maroquiniers, en utilisant des matières magnifiques. Je pense que l’on peut décliner commercialement certaines de ces pièces. La banane corset par exemple est à la fois pratique et dégage quelque chose, elle fait parler », poursuit la jeune femme, qui collabore par ailleurs avec des stylistes comme Ester Manas, dont elle réalise les accessoires.
 

Eun-Song Joo devant ses créations - ph Dominique Muret

 
Avec ses mini-sacs en cuir noir en forme de sein, dont certains dotés d’un piercing, Eun-Song Joo n’a pas manqué d’interpeler elle aussi le public hyérois. Née en Allemagne, à Karlsruhe, de parent coréens, la jeune fille a étudié le design en accessoires à l’université de Pforzheim, se diplômant en 2016. Depuis, elle enchaîne les stages et les collaborations free-lance pour d’autres marques, comme MCM.

« J’ai choisi le thème du sein car il symbolise la féminité. En même temps, ce thème est dans l’air du temps, il s’identifie à l’époque que nous vivons. C’est un peu comme si je captais ce temps. Je voulais réaliser de beaux objets que l’on respecte », glisse-t-elle. Sa série de sacs et portefeuilles sont moulés dans du cuir avec une finition sans couture, prenant la forme de mini-sculptures.

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