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29 févr. 2020
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A Paris, un panorama unique de la création mondiale

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29 févr. 2020

La sixième journée des défilés parisiens a été l’occasion de s'offrir un passionnant tour du monde créatif, notamment chez le japonais Junya Watanabe, le colombien d’origine et parisien d’adoption Haider Ackermann, l’anglaise Vivienne Westwood associée à l’autrichien Andreas Kronthaler ou encore le jeune sud-coréen Rok Hwang du label Rokh.


Junya Watanabe, automne-hiver 2020/21 - © PixelFormula

 
Crinière platine déjantée, maquillage défait, en robes de cuir et perfectos décomposés s'accrochant comme des basques à leurs flancs, en jupes volumineuses, les mannequins de Junya Watanabe s'avancent en silence dans une lumière rouge, qui rappelle la chambre noire du photographe. On entend juste le crépitement des flashs.
 
Soudain les projecteurs s'allument et retentit la voix de Debbie Harry entonnant "Heart of glass". La chanteuse de Blondie, groupe mythique du rock new wave des années 1970-80, est la muse choisie par le designer japonais issu de la "galaxie Comme des garçons" pour cette collection hivernale punchy et rebelle.

Le cuir domine dans de longues robes tabliers évasées à bretelles, noires ou rouges, portées avec des jupons en tulle, des mini jupes et protège-épaules matelassés, mais aussi via des éléments très reconnaissables du blouson rock de motard insérés dans des manteaux ou vestes.
 
Surtout, le cuir est utilisé pour donner un coup de fouet à la silhouette à travers une série d'accessoires, telles ceintures, soutien-gorge, sangles, bretelles et harnais amovibles dotés de multi sacs et pochettes, qui viennent, selon les goûts, emprisonner ou protéger le corps, s’enfilant sur des vestes et manteaux en tweed fort classiques. Voire des tailleurs stricts en flanelle portés avec des collants colorés.
 
Une collection habile, où le designer mêle des pièces basiques et commerciales à certaines créations déstructurées et inventives, le tout accompagné de nombreux accessoires au twist fashion.
 

Haider Ackermann, automne-hiver 2020/21 - © PixelFormula


Haider Ackermann choisit lui aussi le silence, non pour ouvrir, mais pour conclure un show puissant, d'une grande pureté. Femmes et hommes traversent le podium immaculé dans des total looks monochromes étirés, le torse nu se devinant sous de longs manteaux entrouverts ou des petites vestes à l'encolure dentelée.
 
Comme catapultées d'une autre galaxie, les femmes dégagent une certaine majesté, les cheveux tirés en arrière en imposants chignons choucroute, dans des tenues virginales. Les maxi manteaux glissent sur des jambes caoutchoutées ou enserrées dans du cuir.
 
D'élégants fourreaux sombres s'ouvrent comme en dents de scie dans le haut du corps dévoilant un débardeur blanc, de longues jupes à traîne caressent le tapis, tandis que les hommes endossent d’impeccables manteaux et costumes de banquier et des ensembles en velours chatoyants dans des teintes nocturnes traversées d’éclairs lumineux. Tout est calibré avec soin et précision à travers des coupes minimales et sobres.
 

Vivienne Westwood - Fall-Winter2020 - Womenswear - Paris - © PixelFormula


Suivant le même rituel mis en place depuis deux ans, juste au début du défilé, Vivienne Westwood vient s’asseoir au milieu du public au premier rang, tandis que son mari, l'autrichien Andreas Kronthaler, désormais aux commandes de la ligne principale, qui associe leurs deux noms, s'affaire en backstage. A la fin du show, riche en trouvailles, le créateur se précipite avec un bouquet vers la reine du punk pour la ramener au centre de scène sous les ovations du public.
 
Hommes et femmes défilent ensemble sans distinction de genre, souvent dans des vêtements taillés dans les mêmes tissus. La femme Westwood est multiple. Tantôt, elle s’affiche aristocratique dans des robes victoriennes en tulle, taffetas moiré ou flanelle, aux flancs gonflés par drapés et volumes bouillonnants, tandis que sa taille est serrée par un corset, où viennent se poser bien en vue ses deux seins.
 
Tantôt, elle se revendique écologique, un brin sauvage, dans des tenues mix and match conçues à partir de tissus recyclés ou récupérés. Elle a fière allure avec ses chaussettes dépareillées ou dans une maxi robe froncée, comme façonnée dans un sac poubelle noir, ou encore avec ses triples rangées d’ail ou de piments en guise de collier de perles. Le manteau noir est tagué au spray fluo. Un manchon remontant jusqu’aux aisselles fait penser à une camisole de force.
 
Retour à un chic plus classique, mais non moins inventif, chez le sud-coréen Rok Hwang, qui dédie sa collection pour l’automne-hiver 2020/21 à sa petite sœur. "J’ai voulu lui écrire cette lettre d’amour textile et visuelle, en ce jour où elle se marie à Séoul, alors que j’ai dû rester à Paris pour le défilé", explique le talentueux créateur, dont la marque Rokh est désormais distribuée auprès de 150 boutiques multimarques top dans le monde.
 

Rokh - Fall-Winter2020 - Womenswear - Paris - © PixelFormula


La garde-robe embrasse les différentes facettes de la jeune femme "au tempérament fort acéré et déterminé, d’un côté, solaire et joyeux de l’autre". Dans une première partie, les mannequins traversent les plates-bandes de bruyère en mules et bas en voile noir, dans des tailleurs et manteaux sombres d’inspiration tailoring, fendus au cutter, aux manches amovibles ou décorés de fils à bâtir. De fines lunettes noires de star complètent la panoplie, tout comme cette chaîne à gros anneaux qui bordent ses cols et ses manches, tout en se transformant en bandoulière, ceinture, cerceau pour la tête ou collier.
 
La dark lady laisse place ensuite à une âme plus romantique avec de longues robes et blouses fluides en soie, aux imprimés fleurs créés par la maison avec des artisans anglais, avec des manches pagode, des jupes aux fins plissés et différentes longueurs dans des patchworks de tartans, des petits chandails décorés d’applications de fleurs brodées. Pour le quotidien, elle s’amuse avec des trenchs décomposés, où la doublure écossaise sort par intermittence au grand jour, ainsi qu’avec des tailleurs recomposés dont la veste se boutonne et déboutonne sur le devant comme dans le dos.

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