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28 janv. 2004
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Agnès Cromback, directrice de Tiffany France

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28 janv. 2004

Agnès Cromback, n’était-il pas trop difficile de monter seule la filiale Tiffany en France ? C’était très excitant. Le magasin de la rue de la paix était déjà là, en travaux. Il fallait trouver un directeur financier, un directeur des opérations, des vendeurs… Mais également s’imprégner du mode de fonctionnement de Tiffany, qui est excessivement exigent et très compliqué. Je n’avais jamais vu un tel degré d’exigence dans les procédures. C’est fantastique ! Nous avons dû mettre en place des événements liés à l’ouverture, c’était grisant. Au départ, mon travail consistait à gérer une boutique. Maintenant, nous avons 105 m2 au Printemps du Luxe et d’autres projets sur lesquels nous travaillons. Grâce à cet espace, nous avons pu toucher une plus large clientèle. Il est vrai que la boutique de la rue de la Paix peut être intimidante. Le Printemps rend notre marque plus accessible. Les gens osent venir voir nos produits et réalisent que nos prix démarrent à 35 euros. Notre taux de notoriété en France est très faible et notre installation au Printemps s’intègre dans notre volonté de nous faire connaître. Il y avait déjà eu un magasin Tiffany à Paris, mais il avait fermé, il y a une cinquantaine d’années, au moment de la deuxième guerre mondiale. Comment une marque américaine trouve-t-elle sa place, Place Vendôme, aux côtés des plus grandes maisons de joaillerie françaises ? Il est tout d’abord indispensable d’adopter une attitude de totale humilité, à l’américaine. Nous voulons nous faire connaître, cela prendra du temps. Tiffany possède de très fortes valeurs morales et aucune velléité d’aller trop vite. Nous sommes d’ailleurs très prudents quant au développement international. Pour conquérir un marché nous avons une attitude extrêmement réfléchie. Notre force repose sur cette politique commerciale raisonnable, sur une bonne équipe de vente, et des produits de qualité. Notre créneau est la joaillerie classique, capable de durer dans le temps. Nous pratiquons une politique de prix rigoureuse et nous gardons une honnêteté intellectuelle ainsi qu’un grand sens moral. Même si cela prend du temps, nous nous ferons connaître. Il faut mettre en avant notre différence. Nous sommes la seule maison de la place à avoir une gamme de prix et de produits aussi large. Nous avons des objets pour tous les moments heureux de la vie : que ce soit un dîner chez des amis, une naissance, des fiançailles ou un mariage. Nous avons deux priorités pour nous faire connaître. Premièrement, la publicité, reconnaissable internationalement. Nous faisons tout en interne et, dans le monde entier, nous avons la même communication. Deuxièmement, les relations publiques. Nous travaillons en étroite collaboration avec une agence dont la responsable est une véritable amie. A mon sens, il faut de très bonnes relations humaines pour faire du bon travail. Nous travaillons vraiment main dans la main. Nos priorités sont : - la visibilité : avoir des parutions dans la presse, être le plus présent possible - organiser des évènements. Quel type d'événements caractérise l'esprit Tiffany ? Dernièrement, nous avons organisé une soirée de charité intitulée «A key for a cause». Lorsque nous organisons une soirée de ce type, comme nous souhaitons que tout soit totalement transparent, nous n’organisons pas de vente de bijou. Nous avons décidé de vendre des clefs au profit d'une association. Le jour de l’événement, des petites boîtes bleues étaient disposées sur des tables. Certaines des clefs correspondaient à des boîtes dans lesquelles se trouvaient des cadeaux Tiffany. La dernière fois, nous avions une cinquantaine de clefs gagnantes et les lots étaient des bracelets en or ou des pendentifs. Le profit de cette soirée était reversé à l’association internationale «Care» qui fêtait ses 20 ans. A Noël, nous invitons des personnalités à un déjeuner de femmes. A l’occasion de la fête des rois nous organisons un événement intitulé « Search the bean » (référence au fameux « bean » (haricot) de Tiffany). Il y a également une journée annuelle Tiffany au Polo de Deauville. Nous cherchons à monter des évènements qui s’inscrivent dans le temps et reviennent régulièrement. De cette manière, petit à petit, sans faire preuve d’agressivité, nous nous inscrivons dans le paysage de la joaillerie française. Nous devons faire notre place. Il s’agit, pour nous, de développer notre image pour aller au-delà de celle de spécialiste de l’argent. Notre objectif est de faire découvrir à la clientèle que nous avons de beaux diamants, de l’or ou encore une très belle gamme de platine, le platine étant beaucoup plus travaillé aux Etats-Unis. Quel est votre rôle en terme de création ? Faites-vous remonter des idées de la France vers les Etats-Unis ? J’étais à New-York il y a quelques semaines. On nous y présentait les derniers modèles Tiffany et chacun donnait son avis. C’est une grande force pour une société d’utiliser les idées qui émanent des différentes filiales. Chez Tiffany, nous avons la chance d’apprendre des autres. Cela est très enrichissant. Chaque patron de pays essaye d’adapter son offre avec son pays. On communique beaucoup, on prend en considération la clientèle du pays ou même la clientèle étrangère. A Paris, nous vendons beaucoup aux touristes japonais car nous sommes près de 40% moins chers qu’au Japon. Combien de boutiques y-a-t-il en Europe ? L’Angleterre est, de loin, le pays où il y en a le plus du fait de sa proximité culturelle avec les USA, du point de vue du goût, de la langue, etc.. Il y a actuellement 3 magasins à Londres et un 4ème de prévu pour le printemps prochain sur Sloane Square. Nous avons ensuite l’Italie : un somptueux magasin à Milan, un à Florence et un à Rome qui a ouvert il y a un an et demi. En Allemagne, nous sommes présents à Frankfort et Munich, en Suisse, à Zurich et enfin nous avons deux boutiques à Paris. Travaillez-vous étroitement avec les autres directeurs européens ? Oui, tout à fait. Nous avons des réunions entre européens dirigées par un vice président italien. Nous nous réunissons au printemps aux USA avec toute l’Europe et les patrons américains. C’est la grande messe Tiffany. Pendant une semaine, nous parlons des nouvelles procédures, des nouvelles politiques. Puis nous nous rencontrons en hiver afin que chacun puisse présenter son plan individuel. Hormis cela, nous nous réunissons une à deux fois par an en tant que région Europe. Il y a chez Tiffany une ambiance particulière que je n’avais jamais rencontrée dans une entreprise française. Les gens sont simples, chaleureux et accessibles même s’ils restent très exigeants. L'équipe française représente 35/36 personnes. Nous avons deux points de vente : le Printemps et la rue de la Paix. Il y a 7O heures d’ouverture au Printemps et une équipe de 11 personnes. Rue de la Paix nous avons l’équipe de vente, mais également les bureaux : les opérations, la sécurité, l’intendance, l’informatique, le stock, les importations, les relations avec les autres pays, les inventaires et les finances. Vous êtes mariée et mère de trois enfants, comment réussissez-vous à gérer votre vie de femme, de mère et votre vie professionnelle ? Je crois que tout est une question de volonté et d’organisation. Les femmes ont l’avantage d’être plus organisées, elle ont une plus grande aptitude à passer d’un problème domestique à une question professionnelle. Je pense que plus l’on fait de choses, plus il est simple d’en faire. Quand on aime ce que l’on fait c’est également plus facile. J’aime mon travail mais ma priorité est ma famille. Je suis heureuse de l’équilibre que tout cela me procure. L’enrichissement professionnel participe à l’équilibre personnel. Le bonheur est une notion très personnelle. Je respecte les femmes qui ne veulent pas travailler, tout dépend des personnes. Mes ambitions pour l’avenir ? D’un point de vue personnel, poursuivre l’éducation de mes 3 fils, en faire des hommes, ce qui est très difficile et surtout, être heureuse. D’un point de vue professionnel, faire connaître et développer Tiffany qui est une marque à laquelle je me suis beaucoup attachée. Mon intention est de permettre à la marque d’acquérir, à Paris, la notoriété qu’elle possède dans le monde et qu’elle mérite. Ce qui, étant donné l’indépendance d’esprit des français ainsi que la concurrence, n’est pas une tâche facile. Propos recueillis par Anne-Sophie Dutat

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