Alexander McQueen : un défilé exceptionnel et un absent

La première question que tout le monde s'est posée en prenant place au dernier défilé de prêt-à-porter masculin d'Alexander McQueen, vendredi à Paris, concernait l'absence du grand patron. Où était donc François-Henri Pinault, dont le groupe de luxe Kering contrôle la marque britannique ? Il n'était pas assis à sa place habituelle, au premier rang. 


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Alexander McQueen - printemps-été 2019 - Menswear - Paris - © PixelFormula

Une question légitime, d'autant plus que Kering se déleste de ses marques britanniques au même rythme que les banques internationales quand elles fuyaient Londres avant le Brexit.
 
À peine 24 heures plus tôt, le groupe français avait annoncé qu'il allait céder sa participation majoritaire dans une autre marque anglaise, Christopher Kane, au créateur lui-même. À peine deux mois après avoir renoncé à sa part de 50 % au capital de Stella McCartney.
 
Officiellement, François-Henri Pinault remplissait ses devoirs de famille, assistant au vernissage d'une importante exposition orchestrée par son père, François Pinault, dans leur ville natale de Rennes. Papa Pinault est, après tout, le plus grand collectionneur d'art contemporain d'Europe. Et selon un porte-parole d'Alexander McQueen, Kering « soutient pleinement la maison ». « D'ailleurs, ils ont l'intention d'accentuer considérablement leurs investissements. »

Au final, c'est François-Henri Pinault qui a raté une collection exceptionnelle, offerte par la directrice créative de la maison, Sarah Burton, inspirée par deux artistes bohèmes du Swinging London des années 1960, le photographe et chroniqueur John Deakin et l'immense peintre anglo-irlandais Francis Bacon.

Les tableaux audacieux, spectaculaires et photographiques de Francis Bacon ont fait une apparition presque littérale sur le podium, sur la personne d'un mannequin portant seulement un pantalon et des bottes, le torse et le visage entièrement recouverts des formes floues et impétueuses caractéristiques de l'artiste.

Mais le coeur de ce défilé, c'était l'art du tailleur - de merveilleux costumes rayés : le pantalon ajusté et le gilet en rayures tennis, la veste en rayures craie.
  
Puis, toute une série de tenues dignes de couvertures de magazines : un trench-coat en cuir bleu électrique, à la coupe chirurgicale, avec pantalon assorti ; des manteaux bicolores - beige ou rouge sous la taille, noir assourdissant au-dessus. La silhouette générale était mince, inquiétante, vaguement menaçante - jusqu'aux incroyables perfectos peints à la main.
 
Clou du spectacle, un magnifique costume masculin, étroit, métallisé, foncé, brodé, et le manteau assorti, absolument parfait.

Les mannequins avaient l'air d'aimer leurs tenues et déambulaient rapidement à l'intérieur de l'emplacement parisien préféré de Sarah Burton, l'Orangerie du jardin du Luxembourg, devant près de 300 invités.
 
« L'artiste, vulnérable mais puissant », avait soufflé Sarah Burton dans son programme, avant de venir saluer, recevant un tonnerre d'applaudissements.

Traduit par Paul Kaplan

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