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13 nov. 2020
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Antony Bâcle (Eram): "Un tri très arbitraire a été réalisé entre les commerces"

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13 nov. 2020

Evoluant depuis onze ans au sein du groupe Eram, Antony Bâcle a pris il y a près d'un an la direction des opérations d’un pôle de centre-ville restructuré, réunissant les enseignes Eram/Texto, Bocage et Mellow Yellow (soit environ 330 magasins). Les back-offices de ces trois marques ont été mutualisés, tout comme leur direction commerciale, leur supply chain ou leur gestion des ressources humaines. Alors que le groupe basé dans le Maine-et-Loire subit comme tout le secteur mode une seconde vague de fermetures de ses magasins, confirmée hier soir par le Premier ministre Jean Castex, le dirigeant détaille à FashionNetwork.com les adaptations consenties en interne pour y faire face et expose la position de l’entreprise concernant des sujets très discutés par la profession, comme le Black Friday ou encore les soldes.


Antony Bâcle travaille au sein du groupe Eram depuis 2009. - DR


FashionNetwork.com : Quelles mesures avez-vous prises pour traverser ce nouveau confinement ?

Antony Bâcle : L’annonce nous est, en quelque sorte, tombée dessus, même si nous nous y attendions. L’ensemble des salariés en magasin ont été placés en chômage partiel, ainsi qu’une partie des équipes au siège, notamment le service commercial. Même si le web représente maintenant une part prépondérante des ventes du groupe, le cash rentre très peu actuellement et il faut donc faire très attention à nos charges.

Nous avons pu apprendre du premier confinement: le chômage partiel a été mis en place immédiatement, et nous étions déjà prêts à recourir à nouveau au télétravail, ce qui nous avait demandé un peu plus de temps et surtout des moyens au printemps.

FNW : Quel sera l’impact économique de ce second confinement ?

AB : On ne peut pas encore l’évaluer puisqu’on ne connaît pas sa durée, mais il sera évidemment important car cette période de fin d’année est majeure pour l’activité d’Eram (environ 20% des ventes annuelles sont générées en novembre et décembre, ndlr). La hausse de l’activité web en ce mois de novembre, qui s’est enclenchée dès le début, alors qu’un temps de latence d’une semaine avait été constaté en mars, ne va pas compenser les pertes du réseau physique.

Nous sommes très conscients de l’importance de prioriser la santé, mais ce que l’on ne comprend pas, c’est le tri très arbitraire réalisé entre les commerces qui peuvent ou non ouvrir. Cela nous semble très injuste car nos points de vente sont sûrs pour nos clients. Nous sommes même d’accord pour renforcer encore les mesures sanitaires en boutique s’il le faut. Nos magasins doivent rouvrir au plus vite, et pourquoi pas étendre leurs horaires, dimanche compris, pour étaler les flux de clients. Il y a certes quelques compensations proposées par l’Etat, mais en tant qu’ETI nous n’avons pas droit à certaines aides. En attendant, nous payons les loyers et devons financer les stocks.

FNW : Avez-vous développé un service de click & collect pour faciliter les retraits d’achats ?

AB :
Pour Eram, le click & collect n’offre en ce moment aucun service supplémentaire au client, car depuis le reconfinement, les frais de port à domicile sont offerts pour toutes les commandes web. Le gouvernement insiste beaucoup sur le click & collect, mais il n’y a pour nous aucun intérêt à rouvrir les magasins pour proposer cette option, car cela génère des frais, et mobilise des collaborateurs.

Depuis le premier week-end de novembre, un service de call & collect a néanmoins été mis en place chez une vingtaine de nos partenaires affiliés: les clients peuvent appeler et commander une paire par téléphone avant de venir la retirer.

D’autre part, nous avons réactivé dans six succursales le ship from store (solution d’unification des stocks, ndlr), testé plus tôt cette année. Ceci afin d’essayer d’écouler les stocks dormant en magasin. Les responsables de ces magasins y travaillent aujourd’hui deux heures par jour pour préparer des colis, quand une paire en rupture de stock sur le web s’avère disponible dans leur point de vente. Si cela est économiquement viable, nous allons intensifier le ship from store dans une vingtaine voire une trentaine de magasins à l’occasion du Black Friday à la fin du mois.

FNW : Justement, le Black Friday, qui est discuté par certains acteurs du secteur, reste un moment commercial important pour Eram ?

AB : C’est quasiment le plus gros temps fort de l’année après les soldes. C’est important d’y participer cette année encore car les stocks sont très importants et cela permet de les écouler plus tôt. Toutefois nous imaginons un moyen de lui apporter une dimension solidaire.

Concernant les soldes, nous sommes favorables au maintien des dates prévues en janvier (du 6 janvier au 2 février, ndlr). Le report des soldes durant l’été 2020 n’a pas du tout été positif, car les consommateurs étaient déjà partis en vacances. Repousser cette période de promotions ne fait que diluer leur impact.


Collection automne-hiver 20/21 - Eram


FNW : Avez-vous suspendu ou annulé des commandes à vos fournisseurs ?

AB : Depuis trois saisons, nous privilégions une logique de sourcing proche, qui nous permet de ne pas engager tous les budgets en amont de la saison. Nous venons d’arrêter d’acheter, mais avons honoré toutes les commandes passées précédemment. Logiquement, nos achats vont être diminués pour l’hiver 2021, ce qui limitera la capacité de renouvellement des collections. Idem pour l’été, des paires de la saison estivale 2020 qui n’ont pu être vendues au printemps seront commercialisées l’an prochain. Le recours au made in France, qui s’intensifie dans nos collections, nous permet également d’être plus agile et réactif. D’ailleurs, l’activité de fabrication se poursuit actuellement dans notre site de production.

FNW : En interne, comment épaulez-vous les salariés durant cette période ?

AB :
Garder le lien avec les collaborateurs est très important. Toutes les semaines, nous leur envoyons une note d’informations, ayant trait aux sujets RH, économiques ou stratégiques. De plus, un nouveau projet a été lancé fin octobre avec la start-up Nexenture: il s’agit d’un réseau social d’entreprise, commun à tous les salariés du groupe. Chacun peut partager son humeur, poster une photo, ou une recette… L’adhésion est forte. Spontanément, des groupes de discussion WhatsApp ont aussi été ouverts région par région, et parfois aussi par magasin. Dans une période assez anxiogène, liée à des incertitudes d’ordre sanitaire, économique ou terroriste, il faut affirmer notre présence au côté des salariés: "Oui, c’est dur, mais nous sommes là".

FNW : Quelle est votre projection pour l’activité annuelle d’Eram ?

AB :
L’année sera au final très compliquée, avec une baisse de chiffre d’affaires considérable. Cependant, l’étape de réorganisation est derrière nous et nous avons mis en marche de nouveaux projets pour Eram (nouvelle plateforme de marque, seconde main...) auxquels nos collaborateurs adhèrent: nous espérons pouvoir repartir positivement en 2021.

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