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28 mai 2021
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Après l'incendie de la filature Emanuel Lang, son patron déplore le manque de considération pour la filière textile en France

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28 mai 2021

Le 9 mai dernier, Emanuel Lang, la seule filature de lin français installée en Alsace, et appartenant au groupe Velcorex-Matières Françaises (qui détient les marques de velours Velcorex, la marque en propre Matières Françaises, Philea et Tissage des Chaumes) voyait sa salle de tissage et la plupart de ses métiers à tisser partir en fumée au cours d’un incendie accidentel. Montant des dommages subis: plus d’un million d’euros. 


Dans la filature de lin Emanuel Lang, avant l'incendie dont elle a été victime - DR


Un événement qui, depuis quelques jours, a suscité l’émotion d’une partie des clients de l’entreprise, à commencer par la marque de prêt-à-porter pour hommes Asphalte, à l’origine du lancement d’une cagnotte en ligne pour soutenir son fournisseur. Une initiative relayée par d’autres – les marques Bonne Gueule, Atelier Loden, Réuni, Le Slip Français et les jeans 1083 –, et qui, aujourd’hui, a permis de récolter plus de 51.000 euros.
 
"Je me réjouis évidemment de cette initiative, s’exprime Pierre Schmitt, le patron du groupe Velcorex-Matières Françaises, qui s’ajoute à l’aide reçue par la région (estimée à environ 300.000 euros) et devrait se poursuivre par de nouvelles initiatives via les réseaux sociaux pour poursuivre l’élan de solidarité enclenché. Des témoignages de soutien qui mettent également en relief l’indifférence générale dont nous sommes victimes depuis quarante ans de la part des acteurs du textile et des gouvernants. Il a fallu bien des crises et des tragédies pour que l’on se réveille un peu."

Pointant du doigt le "démantèlement programmé de la filière textile", "la délocalisation tous azimuts réalisée dans l’indifférence générale" et "le mépris général des gouvernants s’étant succédé au pouvoir", Pierre Schmitt dénonce aujourd’hui le manque de moyens attribués à la filière et à la réindustrialisation du pays, malgré l’émergence de quelques bons signaux liés notamment à la création d’un haut-commissaire au plan. 


La filature de lin Emanuel Lang - DR


"Si l’on souhaite rebâtir une France industrielle, il faut s’en donner les moyens et ne pas agir en posant simplement du sparadrap, explique Pierre Schmitt. Il faut redonner à l’industrie une priorité nationale et diffuser une vraie culture industrielle à tous les échelons du pays, explique-t-il. Aujourd’hui, le ministre Bruno Le Maire se réjouit d’une reprise de la consommation de 90% du textile français, mais 90% de cette consommation porte sur des produits importés! Il y a une naïveté et un mépris évident quant à la qualité de nos savoir-faire."
 
L’autre cheval de bataille sur lequel souhaite se battre le dirigeant français concerne le "greenwashing". "Malgré la croissance de la production du lin en France et de nos commandes, il faut absolument en finir avec l’hypocrisie de certaines maisons et marques de luxe qui communiquent aujourd’hui sur le lin français mais font assembler leurs pièces en Chine. C’est littéralement de la concurrence déloyale. Il existe aujourd’hui une filière du lin en France qui fonctionne, et notre développement suscite l’espoir dans d’autres régions. Aux marques et aux acteurs de jouer le jeu pour espérer relancer notre filière."
 
La filature de lin Emanuel Lang, dont la relance s’était faite en 2019 avec l’arrivée de nouvelles machines à tisser Schlumberger (spécialistes des machines pour fibres longues) et la fabrication du denim en lin made in France, devrait reprendre sa production d’ici une dizaine de jours et retrouver d’ici la fin du mois de juin le même rythme qu’avant l’incendie.

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