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19 nov. 2013
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Asie: la colère des ouvriers passe les frontières

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19 nov. 2013

Bangladesh, Cambodge, Indonésie… Acteur-clé du sourcing des marques occidentales, le secteur textile du Sud-Est asiatique connait une fin d’année difficile, avec une multiplication des revendications salariales. Demandes accompagnées de manifestations parfois violentes et d’affrontements meurtriers avec la police.

Manifestation d'ouvriers du textile au Bangladesh - AFP


Le 12 novembre au Cambodge, une vendeuse de rue recevait une balle perdue en marge d’une manifestation d’ouvriers textile. Pour réclamer de meilleures conditions de travail, les ouvriers avaient entrepris d’aller manifester devant le domicile du Premier ministre. Un journaliste de l’AFP témoigne de tabassages en règle de manifestants d’ores et déjà interpellés, dont "certains" en sang. Il ne s’agit là que du dernier épisode d’un feuilleton largement démarré cet été. Quelque 4 000 ouvriers avaient débrayé après une inspection durant laquelle un responsable d’usine s’était fait escorter par la police. Une "mesure d’intimidation", selon les syndicats.

Les 30 et 31 octobre, c’est l’Indonésie qui devait faire face à un mouvement des ouvriers textile touchant les 22 provinces du pays. Une mobilisation visant à obtenir une hausse de 50 % des salaires à compter de janvier prochain. Une manifestation similaire avait fait descendre dans les rues plusieurs dizaines de milliers d’ouvriers l’an passé. Mais la mobilisation de cette année a pris une importance toute autre puisque 2014 sera pour l’Indonésie une année d’élection régionale et présidentielle. Si bien que nombre de gouverneurs locaux auraient rapidement répondu positivement aux demandes de hausses, selon la presse locale, dans des proportions variables.

Au Bangladesh, les rues sont depuis plusieurs semaines le théâtre de manifestations. L’émotion suscitée par les effondrements meurtriers d’usines textile a en effet poussé à une multiplication des grèves, les employés réclamant de significatives hausses de salaires. Le 18 novembre, 10 000 employés manifestaient une nouvelle fois, refusant de voir le salaire minimum passer à 68 dollars (+76 %), comme validé lors d’un accord tripartite. Au cortège ont notamment répondu des balles réelles.

Des salaires textile en recul ?


Dès 2010, nombre d’observateurs prédisaient à l’Asie une multiplication des mouvements sociaux. Des prédictions intervenues alors que Pékin annonçait une hausse annuelle d'environ 20 % du salaire minimum, après que le salaire chinois moyen a été multiplié par 4,5 entre 2001 et 2010. Mais plus qu’une contagion de revendications salariales, c’est davantage un point de rupture sociétal qui semble être atteint par les pays d’Asie. Des nations dont l’activité croissante de l’industrie textile ne s’est pas forcément répercutée sur les salaires. Selon une étude publiée durant l’été par Center for American Progress, les salaires des ouvriers textile du Bangladesh et du Cambodge auraient ainsi respectivement reculé de 2,37 et 22,01 % entre 2001 et 2010. Au grand étonnement de Ben Hensler, auteur du rapport et directeur adjoint du Worker Rights Consortium.

Importations européennes d'habillement de janvier à juillet 2013 - IFM


"L’information la plus troublante est que, même dans des pays comme le Bangladesh et le Cambodge où les salaires sont les plus faibles, les salaires ont stagné ou diminué au cours de la dernière décennie", soulignait le spécialiste. "Ce constat souligne la nécessité urgente pour les gens au pouvoir de relever les salaires des ouvriers textile. Et pas seulement les gouvernements de ces pays, mais aussi les marques américaines et européennes, ainsi que les détaillants qui achètent les vêtements que ces travailleurs produisent. Des mesures significatives doivent être prises pour rehausser le salaire minimum, payer des montants plus équitables aux usines et donner aux travailleurs la liberté de former des syndicats pour négocier collectivement en leur nom propre".

Refonte du sourcing asiatique

Cette phase de mobilisation intervient en parallèle d’une mutation de la production. Transformation qui trouve là encore son origine en Chine, où les hausses de salaires ont poussé les entreprises à monter leur production en gamme. Laissant ainsi les pays alentour se partager à coups de négociations et prix cassés les commandes venues d’Europe et d’Amérique. Bataille dans laquelle le Bangladesh s’est largement illustré, volant en 2012 à la Turquie la place de deuxième fournisseur de l’U.E. en textile/habillement. Une industrie turque dont il faut noter qu’elle a, elle aussi, dû faire face à une mobilisation de ses effectifs textile durant l’été.

Reste que les pays producteurs sont plus que jamais scrutés par les ONG, et poussés par les marques à adopter de hauts standards en matière de conditions de travail, de sécurité des usines et de responsabilité écologique. Pourtant, ces mêmes marques n’auraient pas renoncé à faire jouer les prix, même auprès de fournisseurs "historiques". Ce que confirme hors-micro nombre d’entrepreneurs à travers le continent et rencontrés sur les salons textile. Ces derniers soulignent l’hypocrisie de commanditaires prompts à blanchir leur image au détriment d’usines contraintes de rogner sur les prix pour survivre.

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