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Au Forum de la mode, seconde main et production optimisée s'invitent

Publié le
today 8 déc. 2019
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Il y a quelques jours, l'IFM révélait que les entreprises de mode françaises avaient actualisé leur agenda quant à une approche plus durable de leur activité. C'est même un changement de paradigme qui s'annonce pour 2020 avec plus d'un quart des sociétés annonçant des projets durant l'année prochaine. Une tendance qui répond aux attentes des consommateurs, des salariés mais aussi des injonctions gouvernementales.


Bruno Le Maire, ministre de l'Économie et des Finances - FNW


"La mode française doit être une mode verte. La mode française doit être une mode durable", a assené Bruno Le Maire, ministre de l'Économie dans son discours d'ouverture du quatrième Forum de la mode vendredi. "Et dans le cadre du pacte productif dont le président de la République m'a confié la responsabilité, je souhaite que la mode soit un des secteurs leaders de cette décarbonation de notre économie".

Aussi cette édition 2019 du Forum, ce 6 décembre, impliquant les ministères de l'Économie et de la Culture ainsi que les Fédérations du prêt-à-porter féminin, de la Haute Couture et de la mode, épaulés par le Defi, avait-elle le regard orienté vers de nouvelles formules de production et de consommation.

Les réflexions ont donc porté sur la maîtrise de l'offre et la réponse à une attente des consommateurs nouvelle.

"Il y a beaucoup de pistes travaillées en parallèle, a expliqué Marianne Romestain, directrice de l'offre et des achats des Galeries Lafayette. Nous travaillons sur la pertinence de nos achats en ce qui concerne nos produits et nos achats avec des partenaires comme Heuritech (qui analyse les tendances et produits présents pris en photo sur les réseaux sociaux). Nous souhaitons travailler sur le sujet de la production à la demande. Je trouve assez passionnant ce que fait une start-up comme Asphalte. Il y a un enjeu à aller chercher d'autres business model. Après il faut une articulation logistique et une fabrication assez rapide pour ne pas livrer le produit six mois plus tard. Mais si on est capable d'avoir les bonnes tailles, les bonnes couleurs le bon produit précommandé, c'est une piste qui va dans l'engagement environnemental".

Un enjeu sur lequel ont débattu Donatien Mourmant de Tekyn mais aussi Jean-Laurent Perrin des tissus Perrin & Fils, Clément Maulavé de la marque Hopaal et Hervé Coulombel qui préside Real Stamm et la marque Royal Mer.


Table ronde sur les modes de production - FNW


"Avec le digital, nous avons des outils qui ne nous étaient pas accessibles il n'y a que 10 ans et nous permettent de réinventer les métiers et la façon de produire, estime Hervé Coulombel qui a instauré le lean management dans ses unités de production. Moi ce qui m'intéresse dans ces métiers, ce sont les gens, leur expérience, leur expertise et leur capacité à faire des choses que les autres ne savent pas faire. Le lean management est une méthode qui fait qu'on a des gens semi autonomes et on met du sens dans la fabrication. A présent on peut pré-vendre des produits. Nous adaptons la production, c'est beaucoup plus flexible et durable".

Les ateliers de Real Stamm travaillent d'ailleurs avec Hopaal pour la réalisation de leurs pulls. "On prend la température auprès des clients et on est de plus en plus nombreux à travailler comme cela, détaille Clément Malauvé. Nous faisons des questionnaires, des échanges avec nos clients. Mais à partir du moment où on implique le client il y a une transmission d'informations qui se fait sur le fait qu'il faut un fil, un tissu, une confection et que cela peut prendre un mois, trois mois ou six mois. On essaye de réduire ce temps d'attente avec un stock de tissu. Une fois que le client s'est approprié le produit, il est prêt à attendre".

Reste que les contraintes de production peuvent repousser les dates de livraisons et questionnent aussi la désirabilité du produit. L'achat se veut donc raisonné et la marque se confronte au risque que son produit ne soit plus souhaité à son arrivée. L'autre point soulevé est que ce modèle est difficilement transposable directement pour des marques déjà établies avec un réseau de distribution physique maillant un territoire.

Face aux process établis dans l'industrie textile qui tablent sur des productions de l'ensemble d'une collection, Tekyn veut lui présenter une alternative : "Une marque va réserver chez nous des capacités de production, explique Donatien Mourmant. Au lieu de produire 3 000 pièces, attendre 15 semaines qu'elles soient livrées et les mettre en magasins et savoir si c'est un best ou un flop, va produire 300 pièces, les mettre en vente, analyser les ventes au bout d'une semaine et ne reproduire que le modèle qui se vend et éteindre progressivement les autres modèles. On a vu beaucoup d'entrepôts logistiques et pour beaucoup de retailers les pièces invendues se comptent en millions ou en dizaines de millions".

La jeune société, installée dans la région lilloise, explique qu'avec quelques euros de plus par pièces produites, elle parvient à générer des économies de 3 à 15 euros. La société vise une activité de 500 millions d'euros à l'horizon 2023.

Ba&sh se lance dans la seconde main en avril



"Il y a une autre piste explorée par beaucoup d’acteurs actuellement autour des secondes vies du vêtement. Le recyclage évidemment sur lequel la filière travaille. Mais aussi la seconde main, la location. Tous ces sujets qui vont être au cœur de nos métiers demain, a précisé Marianne Romestain. Mes enfants et mes équipes sont en permanence en train d’acheter de revendre, de troquer, il y a Vinted, Vestiaire Collective, il y a bien sur la location des initiatives de Panoply, Rent the Runway... Là aussi la data va nous aider, notamment dans le luxe avec la problématique de certification".

Pierre-Arnaud Grenade, directeur général de Ba&sh a ainsi profité de sa présence sur la table ronde sur la conception raisonnée pour annoncer deux approches nouvelles pour sa marque. "Chez Ba&sh nous lançons dans une semaine une initiative de location. Nous avons fait appel à une entreprise spécialisée, Les Cachotières, qui va faire un site en marque blanche siglé Ba&sh qui va proposer une cinquantaine de références. La deuxième initiative c'est que nous allons mettre à partir d'avril un "smart button" sur notre site qui va permettre à nos clientes de revendre automatiquement sur toutes les plateformes de revente, au niveau mondial, le produit qu'elle aurait acheté chez Ba&sh".

La seconde main était d'ailleurs présente au menu de la majorité des tables rondes du jour. "Chez La Redoute, nous constatons l'évolution de la consommation, la déconsommation ou la perte d’intérêt sur la propriété, explique Amélie Poisson, directrice marketing et communication de la plateforme. En moyenne on porte un vêtement 7 fois et on ne le remet plus. Toute la société va être touchée et cela va changer les Business Models. On travaille tous sur ces questions de seconde main".

"En réalité on porte 40 % de ce qu’il y a dans nos dressing, donc les 60% restants, on se dit que c’est du gaspillage, explique Sophie Hersant, cofondatrice de Vestiaire collective. Dans le luxe la seconde main croît de 12 % contre 3 % sur le marché total du luxe".

Les opportunités sont donc nombreuses et alléchantes. Mais tous les acteurs ne peuvent pas forcément l'intégrer dans leur modèle économique.

"La seconde main est un business model à part qui est très compliqué pour les grands magasins car les marques ne sont pas toujours forcément d’accord que cela se passe chez nous. Quand elles sont vendues à plein prix dans un grand magasin, elles n’ont pas forcément envie d’être vendues en seconde main, souligne Karen Vernet qui fait partie du comité exécutif du Printemps. Néanmoins nous allons continuer sur ce sujet. Nous avons déjà eu Tilt Vintage en pop-up, nous avons eu aussi une opération sur l’upcycling  qui a eu un bel écho avec une capsule Andrea Crews".

Autant de pistes que les pouvoirs publics veulent à priori voir développées.

"Dans la création de vos produits on doit viser la décarbonation la plus rapide possible, a martelé le ministre de l'Economie et des Finances. Il faut être capable de sourcer vos produits. Demain le consommateur voudra savoir d'où vient telle laine, tel textile. Comment il a été fabriqué. Quel est son bilan carbone. La transparence sur la production et les origines des produits va devenir la norme dans la consommation. Je vous demande vraiment d'anticiper cette révolution".

Au terme de ce quatrième Forum qui s'est tenu vendredi 6 décembre, il semble que pour l'industrie française, les armes soient affûtées pour être en première ligne de celle-ci.


 

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