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Publié le
5 oct. 2020
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Au Jardin des Tuileries, les salons de mode résistent ensemble face à la crise

Publié le
5 oct. 2020

Contre vents et virus. Cette édition automnale 2020 des salons mode de Paris, qui s’est tenue du 2 au 4 octobre au cœur de la capitale, n’était en rien classique. Dans l’Hexagone, le rendez-vous était le premier grand salon mode à se tenir depuis le début de la pandémie de coronavirus en Europe, au printemps dernier. Une gageure, alors que la majorité des rendez-vous B2B et B2C ont dû déclarer forfait depuis la rentrée. D’autant plus que pour la direction de l’évènement, organisé par WSN développement, les vents tempétueux et les denses pluies à l’heure du montage des tentes dans le Jardin des Tuileries, n’étaient rien face à la crainte d’une annulation de dernière minute. Le ministre de la Santé, Olivier Veran, a annoncé les restrictions pour les grandes métropoles le 1er octobre au soir. Finalement, ni l’un ni l’autre, n’auront empêché les salons Première Classe, Who’s Next, Impact, Man/Woman et Silmo de se tenir. Une parenthèse bienvenue car dès ce lundi, le préfet de Police de Paris annonçait une interdiction des salons professionnels à minima pour les 15 prochains jours.


Les salons regroupés dans le Jardin des Tuileries - WSN


Symboliquement, Alain Griset, le ministre délégué aux PME, rattaché à un ministère de l’Économie, des Finances et de la Relance très soucieux de dynamiser l’économie, a inauguré vendredi matin cette édition. "Pour nous c’est incroyable d’avoir pu tenir le salon, mais pour l’ensemble de la profession c’est un beau signal. Une relance économique c’est de la confiance, explique Frédéric Maus, directeur général de WSN Developpement. Là on a fait corps avec les fédérations, les associations... Pour nous c’était aussi important de montrer tout ce qu’on s’était dit durant le confinement sur le fait de travailler ensemble. Beaucoup de sujets sont retombés comme lettre morte. On voulait aussi prouver et matérialiser avec Man/Woman que la communauté mode répond présent".

"Pour nous aussi c’était très important d’être présent, même avec quelques marques, appuie Antoine Floch, cofondateur de Man. Dans le week-end, j’ai eu une quarantaine de messages de marques qui n’ont pas pu être là et nous disait qu’ils étaient fiers. Je pense que les gens n’en peuvent plus des visioconférences et du téléphone. Cela envoie un message clair à l’industrie. Cela rassure les acteurs. Les marques ont passé des mois seules à gérer l’activité partielle, leurs collections, les PGE… Elles ont besoin de se retrouver pour se parler."

Alors ne nous trompons pas, la fréquentation et l’activité commerciale n’étaient pas à la hauteur d’une édition classique. Là où le salon Première Classe développe habituellement l’offre accessoires, chaussures et prêt-à-porter sur trois tentes, cette saison une grande tente accueillait une proposition de marques réduites des exposants de Première Classe, mais aussi du salon Who’s Next ainsi que quelques marques socialement et/ou écologiquement responsables du concept Impact et de la proposition plus pointue du salon Man/Woman. Une autre tente, côté Concorde, permettait au Silmo de mettre en avant les offres d’une centaine d’acteurs de l’optique. Un ensemble volontaire, mais jugé aussi hétéroclite.

"Avoir l’offre de Who’s Next à proximité ne nous correspond pas vraiment. Je comprends bien sûr la situation, mais de notre côté cela ne nous a pas apporté de clients, explique Marie-Emmanuelle Soler, directrice commerciale de la marque de maroquinerie française Jack Gomme qui compte trois boutiques à Paris. Nous avions préparé la saison en amont et beaucoup nous ont dit ne pas vouloir se déplacer car ils avaient peur du Covid. Mais nous avons eu quelques contacts et vu quelques clients sur le salon. Certains passent aussi au showroom que nous tenons jusqu’à mardi."

Son de cloche similaire auprès de la marque de foulards Mii, chez qui le constat est aussi à un rythme plus léger qu’à l’accoutumé. "Le vendredi, il y a eu un trafic intéressant. En revanche, le samedi était calme et le dimanche s’est animé à partir de la mi-journée. Il y a eu des visiteurs de toute la France, mais assez peu de commandes. Beaucoup de personnes sont aussi venues avec des projets d’ouvertures de boutiques."

Dimanche, à l’entrée des tentes, le nombre de visiteurs était contrôlé en permanence pour ne pas dépasser la jauge de 1.000 personnes, le gel hydroalcoolique était disponible aux entrées mais aussi dans de multiples points du salon et chacun s’appliquait à conserver son masque sur le visage. Sans saturer les entrées, les allées étaient fournies. Des visiteurs de toute la France avaient fait le déplacement et l’on entendait même parfois des accents italiens.

"Si on compare la fréquentation à celle d'un salon Who’s Next, nous sommes très loin du nombre de visiteurs, constate Frédéric Maus. Si on le compare au trafic de Première Classe c’est bien plus honorable. Mais surtout ce qui est important c’est que selon les retours que nous avons, beaucoup de marques ont réussi à faire de nouveaux contacts. Certains internationaux ont réussi à venir et, par exemple, les grands magasins japonais ou Bloomingdales se sont appuyés sur des bureaux d’achat, des gens qui sont venus sourcer pour eux. Et cela a généré une part de business en plein Covid."


Port du masque et gestes barrières étaient de rigueur - WSN


Au-delà des simples prises de contact, les carnets de commandes étaient en effet aussi présents sur plusieurs stands. Car si les commerces d’Ile-de-France connaissent globalement une année très délicate, de nombreux commerces en régions ont bénéficié d’un été où les Français sont restés dans l’Hexagone et ont dépensé une part de l’épargne du confinement durant leurs congés estivaux. Autant d’acteurs qui ont besoin de réaliser leurs achats pour la saison prochaine. Malgré cela, la pandémie était bien entendu au cœur des discussions sur les incertitudes quant aux futures mesures sanitaires ou concernant les impacts sur l’activité depuis le printemps.

"D’habitude nous exposons sur le Who’s Next, explique Ugo Amsallem qui dirige la marque de prêt-à-porter Léo & Ugo. Nous avons été très réactifs après le confinement et nous avons réussi à proposer une offre forte qui a bien fonctionné. Mais là nous avons terminé la période de ventes et il y a peu de clients qui recherchent notre offre, ils sont plus intéressés par le pronto moda. Pour nous le salon n’est malheureusement pas au niveau de nos attentes. Par contre, vendredi matin j’ai pu échanger avec le ministre et lui exposer nos problèmes, notamment sur le manque d’accompagnement à l’export par rapport à nos concurrents européens. J’ai eu le sentiment qu’il y avait une écoute."

Alain Griset est en effet resté un long moment au Jardin des Tuileries vendredi. "Que le ministre en charge de la relance de l’activité des PME vienne et écoute des entreprises pour qui cela a été compliqué et d’autres qui ont le vent en poupe, c’est important, estime Frédéric Maus. Cela fait 10 ans que la mode est décriée. Mais avec les initiatives, tous ces gens qui se relèvent et se remettent en question, cela démontrent les qualités de notre industrie."


Les salons Première Classe, Who's Next, Impact et Man/Woman exposaient dans une grande tente dans le Jardin des Tuileries - DR



Plusieurs acteurs voulaient en effet voir ce week-end comme une démonstration des capacités de rebond de l’industrie de la mode. "En temps normal sur Who’s Next nous avons jusqu’à 20 personnes sur le stand et septembre est le mois où nous réalisons la plus grosse activité, explique Karim Meflah, DG de La petite étoile. Là nous sommes 5 avec un petit stand. Mais nous avons joué le jeu du salon, nous avons dévoilé une collection avec une danseuse étoile pendant le salon. Pour nous, qui travaillons sur le stock, la période est plutôt dynamique. Les clients ont peu de visibilité, donc ils sont rassurés sur le fait de pouvoir ajuster chaque semaine leurs commandes. Mais ce n’est bien sûr pas un rythme normal. Mais le plus important c’est d’être ensemble, de pouvoir échanger avec les clients et les autres marques. D’être actif. En fait, ici, on résiste."

Dans cet esprit, le salon laisse notamment sa plateforme de rencontres entre acheteurs et exposants Vimeett ouverte pendant un mois.

"Pour les marques venir était engageant dans une période complexe, ils n’avaient aucune certitude de sa tenue, analyse le directeur général du salon. Cela fait des mois que l’on dit que ce rendez-vous physique est essentiel pour soutenir le secteur. Et cela montre que si on dit que l’on va le faire, on le fait. C’est rassurant pour l’année prochaine car dès maintenant on nous demande quel sera le format de janvier 2021."

"C'est important, car si on ne provoque pas les dates, on favorise l’attentisme des marques, constate de son côté Antoine Floch. Nous, au niveau de Man/Woman, on va travailler sur l’organisation, mais nous allons avertir les marques que nous aurons besoin d’un engagement et un acompte de leur part pour janvier pour que nous puissions être là et tenir le salon. Cela donne aussi de la visibilité et oblige toute le monde à se projeter dans la prochaine saison."

Si le contexte sanitaire reste bien évidemment incertain les dates sont d’ores et déjà fixées. Man se déroulera durant la semaine de la mode Homme du 19 au 24 janvier et Who’s Next se tiendra du 22 au 25 janvier.
 
 
 

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