×
Publié le
16 avr. 2021
Temps de lecture
6 minutes
Partager
Télécharger
Télécharger l'article
Imprimer
Cliquer ici pour imprimer
Taille du texte
aA+ aA-

Avec son plan Life 360, LVMH mise sur l'écoconception, la traçabilité et l'utilisation de plastique recyclé

Publié le
16 avr. 2021

LVMH, numéro un mondial du luxe qui a affiché son dynamisme commercial sur le début d'année, a présenté ce jeudi sa nouvelle feuille de route environnementale à l'occasion de son assemblée générale.


Antoine Arnault - Courtesy of Berluti



Ce nouveau programme baptisé Life 360 détaille les quatre grands axes sur lesquels le groupe entend progresser d'ici à 2030. Il prend le relais du programme Life 2020 débuté en 2016 et qui s'était fixé quatre ambitions: améliorer la performance environnementale de tous les produits, déployer les meilleurs standards dans les filières d’approvisionnement, améliorer les indicateurs clés de l’efficacité environnementale pour tous les sites et réduire les émissions de CO2. Des engagements qui selon le groupe ont permis de faire monter à 40% la part de ses énergies renouvelables dans son mix énergétique, de réduire de 31% la consommation d'énergie de ses boutiques ou d'avoir 74% de ses cuirs issus de tanneries certifiées.

Avec Life 360, LVMH affiche un discours plus volontaire portant sur quatre axes: circularité, traçabilité, biodiversité et respect du climat. Il ne cherche plus à "améliorer" la performance ou les objectifs mais annonce clairement ses buts. "La nouvelle boussole environnementale du groupe balise l'avenir en définissant des programmes d'action à mettre en oeuvre d'ici 2023, 2026 et 2030", a expliqué Antoine Arnault, directeur de l'Image et de l'Environnement de LVMH, lors de l'assemblée générale.

Concernant son approche de la circularité, le groupe entend ne plus utiliser les emballages en plastique vierge d'origine fossile d'ici 2026. Alors que des réflexions autour des alternatives sur l'utilisation des polybags, ces emballages plastiques à usage unique très utilisés dans le transport de vêtements et d'accessoires, commencent à se développer, LVMH s'inscrirait donc dans ce mouvement.

Mais le groupe appuierait sur une nouvelle approche de "circularité créative" pour l'ensemble de ses activités. "C'est une approche portée par nos designers. C’est très important car ils sont prescripteurs. Nous voulons mettre en place de nouveaux services circulaires et nous inscrire dans une démarche d’écoconception, a expliqué Hélène Valade, directrice développement Environnement du groupe, lors d'une présentation à la presse. Je crois beaucoup dans ce nouveau modèle économique. Nous l’appliquons à l’industrie du luxe. Cela nous permet d’être inventif dans les matières que nous utilisons, des matières bio sourcées, d'avancer sur l'agriculture régénératrices et d'explorer de nouvelles matières". 

Le groupe vise ainsi à avoir 100% de ses produits réalisés dans une démarche d'écoconception à l'horizon 2030. Avant cela, en 2023, il entend développer ces services circulaires. "Ce qui nous anime ce n’est pas la seconde main mais la seconde vie, appuie Hélène Valade. Ce qui fonde la spécificité des produits, c’est l’excellence des matières et leur durabilité. Nous allons renforcer et dupliquer les services de réparation et de patine qui ont été développés chez Louis Vuitton et Berlutti". Pour l'heure, l'approche semble plus porter vers le réemploi de matières dans l'offre des maisons de luxe, même si le groupe précise aussi compter dans les prochaines années sur la recherche de matières alternatives.


Hélène Valade - DR



Même si les maisons peuvent être concurrentes, la dirigeante souligne la volonté du groupe de les voir collaborer sur les bonnes pratiques environnementales ou sur l'utilisation de matières. Dans cet esprit, une start-up a vu le jour au sein du groupe permettant de mettre en relation les différentes marques afin que les stocks de matières dormants puissent être rachetés par n'importe quelle marque du groupe.

Le groupe s'engage aussi à doter d'ici 2030, 100% de ses chaînes d'approvisionnement stratégiques d'un système de traçabilité. Face aux attentes de transparence des consommateurs, le groupe, qui avec Patou teste notamment le QR code présentant la composition des vêtements, entend donc remonter l'ensemble de sa chaîne de valeur pour garantir la provenance des matières à ses clients. "C’est absolument crucial. Cela nous permettra d'avoir une vision de la responsabilité sur toute la chaine de valeur du champ à la boutique. 2030 cela peut paraître loin, mais nous voulons prendre en compte l’ensemble des filières avec leurs spécificités. Pour certaines nous sommes déjà avancés. Mais, par exemple, pour l’or il est très difficile de tracer le minerai en amont des affineurs. Pour le cuir, il faut avancer pour tracer la peau avant les tanneries.  Les nouvelles technologies avec la blockchain vont ouvrir des perspectives nouvelles dans les prochaines années".

Une technologie qui devrait aussi permettre à LVMH d'avancer sur son plan stratégique dédié à la biodiversité qui vise à stopper tout sourcing dans les zones menacées de déforestation et de désertification. Le groupe annonce aussi viser "100% matières premières stratégiques certifiées selon les standards les plus exigeants en matière de préservation des écosystèmes et des ressources en eau d’ici 2026". Un horizon qui peut paraître lointain sur ce sujet alors que le groupe travaille depuis déjà au moins cinq sur cette question. L'agriculture régénératrice semble être un nouveau pilier de la politique environnementale du géant du luxe qui annonce avoir pour objectif de "réhabiliter 5 millions d'hectares d'habitat pour la faune et la flore d'ici 2030".

Enfin, sur le volet climat, le groupe annonce ses ambitions côté consommation énergétique. Sur ses sites et plus de 5.000 boutiques dans le monde il entend donc passer à 100% en énergies renouvelables et réduire de 50% ses émissions de gaz à effet de serre d'ici 2026. "Nous allons aussi essayer de mesurer les impacts environnementaux des Fashion Weeks, explique Hélène Valade. La Fédération de la haute couture et de la mode a mis a disposition un outil pour calculer l’impact des défilés et de la diffusion des Fashion Weeks et nous allons chiffrer cela. Ce qui est clair, c'est que le numérique a un véritable impact environnemental".

En ce qui concerne les émissions de gaz à effet de serre liées à la production de matières premières et les transports, qui représentent la très grande majorité des émissions du groupe, l'objectif est de réduire de 55% les émissions de gaz à effet de serre par unité de valeur ajoutée ( ce qui correspond à la consommation des ressources nécessaires à la fabrication d’un article choisi comme étant représentatif des productions de l’entreprise) d'ici 2030. " Les leviers existent. Notre ambition est être en ligne avec les engagements de l’accord de Paris. Dans le transport cela signifie privilégier le maritime à l’aérien. Il faut travailler sur tout ce qui est économie circulaire car le recyclage permet de faire baisser l’impact carbone. Un kilo de laine précieuse recyclée, c'est 455% de carbone réduit par rapport à la laine vierge. Il en va de même avec l’ambition de revoir le packaging. Nous voyons le potentiel avec les parfums Christian Dior en ce qui concerne les recharges".

Selon le rapport RSE 2020 du groupe, le pole parfums et cosmétiques, qui fait a transité une grande majorité de ses produits par voie aérienne l'an passé, dispose de belles marges de progressions. Le pole mode et maroquinerie, dont les émissions de gaz à effet de serre générées par ses transports de matières et de produits par voie aérienne sont aussi conséquentes, a aussi un potentiel important.

Le groupe, par la voie d'Antoine Arnault, devrait régulièrement communiquer sur les avancées sur ce plan Life 360, notamment en s'appuyant sur l'expertise du cabinet spécialisé Quantis. S'il y a quelques années, les engagements environnementaux pouvaient être observés avec une certaine distance par les investisseurs, il semble que le sujet ne soit plus un épouvantail. Ce jeudi soir, l'action LVMH progressait légèrement à la Bourse de Paris et sa capitalisation boursière atteignait les 309,56 milliards d'euros.

Tous droits de reproduction et de représentation réservés.
© 2021 FashionNetwork.com