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Bangladesh : le bureau en charge de la sécurité des usines menacé de fermeture

Par
Reuters
Traduit par
Paul Kaplan
Publié le
today 22 nov. 2018
Temps de lecture
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Le bureau de l'Accord sur la sécurité incendie et des bâtiments au Bangladesh (Accord on Fire and Building Safety in Bangladesh) établi à Dacca, dont la mission est de contrôler le respect des normes de sécurité dans les usines à la suite de l'effondrement du Rana Plaza il y a cinq ans, est menacé de fermeture par les autorités locales.


Shutterstock


La situation difficile du secteur de l'habillement, qui représente l'essentiel des exportations du Bangladesh, met une pression supplémentaire sur le pays, à l'approche d'une élection en décembre qui s'annonce âprement disputée - la Première ministre actuelle, Sheikh Hasina, brigue un nouveau mandat.

« Les conséquences de la fermeture du bureau de liaison de l'Accord au Bangladesh seront importantes, immédiates et néfastes », a déclaré Joris Oldenziel, directeur adjoint de l'Accord sur la sécurité incendie et des bâtiments au Bangladesh.

Plus de 200 entreprises européennes - y compris les plus grands détaillants de mode mondiaux comme Inditex, propriétaire de Zara, et H&M - ont signé cet accord juridiquement contraignant pendant cinq ans, à la suite de l'effondrement du Rana Plaza qui avait fait plus de 1 100 victimes en 2013. Déjà, son pendant américain faisait l'objet ces derniers mois d'un désengagement de la part des marques.

Le gouvernement du Bangladesh avait accepté d'accorder à l'organisme d'origine européenne une prolongation pour compléter les mesures de sécurité, et aider à mettre sur pied un organisme de réglementation national chargé de prendre le relai sur les mesures engagées par l'Accord. Pourtant, la Haute Cour a ordonné sa fermeture le 30 novembre.

« La fermeture prématurée de l'Accord, qui laisserait les ouvriers travailler dans des conditions dangereuses, compromettrait la capacité des marques à s'approvisionner auprès d'une industrie sécurisée », a déclaré Joris Oldenziel à Reuters.

Ses bas salaires ont permis au Bangladesh de construire la deuxième plus grande industrie du vêtement au monde après la Chine, avec 4 000 usines employant environ 4 millions d'ouvriers. Le secteur exporte pour plus de 30 milliards de dollars (26,3 milliards d'euros) de vêtements par an, principalement aux États-Unis et en Europe.

Le groupe de mode Esprit, qui produit environ un tiers de ses vêtements au Bangladesh, a écrit à ses usines locales pour insister sur le fait que la fermeture du bureau de l'Accord à Dacca minerait la réputation de l'industrie textile.

« L'activisme des militants dans les pays les plus importants du marché international pourrait donner au Bangladesh une image négative pour les consommateurs, en dépit des énormes améliorations réalisées ces dernières années », avance Luis Gonzaga, responsable de l'approvisionnement mondial chez Esprit, dans la lettre qu'il a adressée à ses fournisseurs.

Usines en danger

L'Accord a inspecté plus de 2 000 usines au Bangladesh et contribué à l'élaboration de programmes visant à éliminer 150 000 risques structurels et d'incendie. Environ 90 % de ces problèmes ont été réglés depuis, bien que bon nombre de ceux qui subsistent constituent des menaces de sécurité majeures.

La Haute Cour du Bangladesh a ordonné la fermeture du bureau de l'Accord à Dacca à la suite d'une plainte déposée par un propriétaire d'usine, dont la collaboration avec les marques signataires de l'Accord s'est interrompue après qu'il a été accusé d'avoir falsifié les résultats des tests de résistance du béton dans son bâtiment.

L'Accord continuera d'opérer à partir des Pays-Bas, tout en demeurant juridiquement contraignant pour ses entreprises membres - ses signataires ont été avertis qu'ils pourraient être contraints de cesser de s'approvisionner auprès d'environ 500 usines ayant des problèmes de sécurité, si l'organisme ne peut plus les inspecter.

L'Accord et ses entreprises signataires, ainsi que des représentants politiques européens et des groupes de campagne, ont fait pression sur le gouvernement du Bangladesh pour qu'il lève l'ordonnance du tribunal, mais avec peu d'effet jusqu'ici.

« Nous n'en avons plus besoin », assure le ministre du Commerce bangladais, Tofail Ahmed, ajoutant que le gouvernement est capable de surveiller lui-même les usines et qu'il n'y a pas d'organisme de surveillance internationale dans des pays comme la Chine ou l'Inde.

Cependant, de nombreux experts et militants affirment que l'organisme de réglementation du Bangladesh n'est pas encore prêt à prendre la relève. Certains se demandent s'il sera un jour efficace, compte tenu de la corruption endémique dans un pays où de nombreux politiciens possèdent également des usines de confection.

« S'ils partent, l'industrie du vêtement du Bangladesh retournera à la case départ. Les droits et la sécurité des travailleurs ne seront pas protégés », a déclaré Babul Akhter, président de la fédération des ouvriers du textile et de l'industrie du Bangladesh.

Paul Barrett, directeur adjoint du centre pour le business et les droits humains à l'école de commerce de l'université de New York ( Center for Business and Human Rights, NYU Stern School of Business), estime que les menaces des détaillants de relocaliser leurs productions ne sont pas crédibles. « Je ne pense pas que les grandes marques occidentales vont partir. Elles se sont engagées à améliorer la sécurité, explique-t-il. Certaines marques explorent des possibilités comme l'Éthiopie, qui n'a pourtant pas la capacité de rivaliser avec le Bangladesh. »

Le géant suédois H&M, l'un des plus gros acheteurs de vêtements au Bangladesh et le premier signataire de l'Accord, a déclaré qu'il poursuivrait ses efforts pour améliorer la sécurité des usines, et qu'il ne se retirerait pas du pays si le bureau en charge de l'Accord devait fermer à Dacca. « Nous pensons que tout retrait soudain du marché bangladais aurait un impact négatif sur les moyens de subsistance des familles qui dépendent de l'industrie textile », a déclaré un porte-parole de l'enseigne de fast-fashion.

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