Bercy s'apprête à taxer la créativité made in France

Paris est belle, attirant les regards de la planète sur la Fashion Week qui bat son plein, les projecteurs braqués sur des shows magnifiques... Mais en coulisses, c’est l’avenir de la jeune création qui est en jeu. En ce même lundi d’ouverture de la Semaine de la mode, le gouvernement a présenté un projet de loi de finances (PLF) pour 2019 qui n’est pas sans inquiéter le secteur de la mode française. Jamais, en effet, ce dernier n’avait affronté un tel revirement.


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Victoria/Tomas, l'une des marques soutenues par le Défi, a défilé mardi - PixelFormula

Est prévue notamment une coupe de 650 000 euros dans le budget du Défi. Un recul qui devrait s’élever à deux millions d’euros en 2020. Une baisse énorme pour ce comité de développement et de promotion de l’habillement, créé en 1984, qui apporte une aide concrète aux sociétés françaises du secteur de la mode et de la jeune création depuis des années.

Le Défi soutient les savoir-faire, l’innovation et la création française. Il finance par exemple entièrement une initiative comme le showroom de Designers Apartment, qui présente chaque saison une dizaine de jeunes créateurs français aux acheteurs et à la presse internationale. Des marques comme Koché, Ami, Y Project, Jacquemus, Atlein, Victoria/Tomas, qui défilent dans le calendrier parisien, ont été soutenues par le Défi.
 
L'organisme soutient aussi es créateurs dans leur présence sur des salons professionnels, comme Première Classe aux Tuileries ce week-end,  ou encore la structure d'accueil de la presse internationale pour la Fashion Week.

Il fonctionne avec un budget d’environ 10 millions d’euros provenant pour 40 % de taxes sur les importations, pour 40 autres % d’une taxe affectée (validée par l’Europe et par le Conseil constitutionnel) provenant des grandes entreprises de mode et pour 20 % par un financement octroyé par les PME. Si le Défi voit fondre son budget, une question se posera nécessairement entre export, innovation, promotion et soutien à la création.

Quand on sait que la mode française pèse 150 milliards d’euros, loin devant les industries de l’automobile et de l’aéronautique, faisant travailler 1 million de personnes, dont 600 000 via des emplois directs, on peut s’étonner d’une telle décision. A croire qu'à Bercy, tous les secteurs ne bénéficient pas des mêmes égards.
 
« Tous les pays du monde rêveraient d’atteindre ces chiffres et de compter sur les grands groupes du luxe qui font notre réputation à l'international. Mais pour les pouvoirs publics, cela n’importe guère », fustigent cette semaine certains acteurs de la filière mode française. Subir ces coupes équivaut effectivement pour l’industrie de la mode française à l’équivalent d’un impôt de 7 %, alors qu’elle s’autotaxe pour soutenir la filière.
 
Le paradoxe, c’est que le gouvernement souhaite par ailleurs que le secteur de la mode finance de nouveaux projets, tel celui du Comité stratégie filière mode et luxe présidé par Guillaume de Seyne. « Comment enlever d’un côté et réclamer de l’autre ? » s'interrogent sous couvert d'anonymat plusieurs acteurs, informés des avancées de ce dossier. Un message contradictoire aussi compte tenu de l’attitude du Président Emmanuel Macron et de son épouse, qui ont marqué plusieurs fois leur intérêt pour le secteur de la mode.
 
Et que dire de cet Hexagone qui fait marche arrière alors que les principaux concurrents de la créativité made in France, tels l’Italie, le Royaume-Uni et les Etats-Unis soutiennent plus que jamais leur filière mode ?

La Défi n'en est pas à sa première bataille. Il y a deux ans déjà, il avait alerté les pouvoirs publics sur les risques d'une baisse de ses plafonds financiers. Une action qui avait notamment permis de replacer son budget autour des 10 millions d'euros.

Mais les restructurations annoncées ces dernières semaines à Bercy semblent devoir avoir un impact indirect sur l'organisation et le financement de plusieurs branches. En effet, plusieurs comités professionnels de développement économique seraient regroupés sous une même ombrelle... avec les mêmes taux de prélèvement pour leurs entreprises. Au détriment de la filière mode.
 
Pour tenter de sensibiliser les parlementaires à ce sujet, les acteurs de l’industrie s’apprêtent à publier une tribune dans un média généraliste national pour ce week-end. Le Défi a aussi fait parvenir aux membres du gouvernement les témoignages d'entreprises et créateurs ayant bénéficié du soutien de l'organisme.

Car l'initiative suscite l'incompréhension de plusieurs représentants du secteur et de fédérations qui relèvent que le Défi soutient les jeunes créateurs, mais permet aussi à la Fashion Tech d'être présente à Station F et finance des opérations d'attractivité de la place de Paris pour la Fashion Week et ses salons. Son aide permet d'accompagner 550 opérations à l'export. Si celles-ci peuvent parfois être optimisées, les performances globales sont intéressantes : le prêt-à-porter féminin par exemple bénéficie d'une balance commerciale positive depuis plusieurs années.

Pour faire passer son message, le secteur ira aussi au contact avec les sénateurs le 15 octobre et appuiera ses arguments lors du prochain Forum de la Mode, le 7 novembre. Une offensive nécessaire afin de défendre les fondamentaux d'une industrie qui représente 1,7 % du PIB national.

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