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6 sept. 2006
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Bilan des salons de la mode à Paris : les exposants s'expriment (Part II)

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6 sept. 2006

Après avoir interrogés près de deux cents exposants lors des salons de la mode au parc des expositions de la Porte de Versailles à Paris, nous dévoilons les témoignages souvent incisifs de ceux qui ont vécu les salons Prêt-à-Porter Paris, du Midec et du salon de la maroquinerie.


Entrée du Salon du Prêt-A-Porter Paris - Photo : Julie Mangaud

PRET-A-PORTER PARIS


HALL 7.1

Sur l’espace Casabo, situé au niveau du hall 1, les exposants oscillent entre satisfaction et mécontentement. Beaucoup déplorent le changement de hall de Who’s Next et l’associent, avec la rentrée des classes et le déroulement simultané d’autres salons en Europe, à la baisse significative du visitorat. D’autres au contraire se montrent enthousiastes et encensent le salon. Pour la marque Cheyenne, « le bilan est très positif » grâce notamment à la présence de « nouveaux clients venus de Russie, de Grèce, de l’Italie, du Japon et du Moyen Orient » tandis que Thrive, habituée aux salons américains où dit-elle « les clients achètent ! », se demande si elle reviendra l’année prochaine, ce malgré une « très grande diversité de marques » présentes à Casabo. La marque Moro quant à elle souhaiterait que « l’univers Casabo soit plus cohérent » et plus aéré. Les créateurs de CP Shades, de leur côté, se disent « très excités ». « Les ventes sont venues de toutes l’Europe et du Japon. On a fait du bon boulot. C’est génial », soulignent-ils.

Au même étage, sur Atmosphère d'été, tous les exposants interviewés constatent une fréquentation légèrement plus faible que les autres cessions sans pour autant être déçus. Hannoh trouve l’organisation meilleure, l’espace bien aménagé, la circulation bonne, tout comme la sélection de marques. Christophe Guillarmé affirme qu’il y a « beaucoup d’étrangers même s’il n’y a pas eu de rush ». La fluidité des allées est unanimement saluée. Mais on déplore parfois une ambiance un peu trop feutrée à cause d’une musique trop souvent absente. Pour Jean-Paul Knott qui « construi(t) à chaque fois un peu plus » en s’exposant sur Prêt-à-Porter Paris selon ses termes, les retombées ne sont pas mauvaises. Il constate 20 à 30 % de nouveaux clients sur son stand même si les Français sont peu présents.

Sur Be Twin, Anna Maria Buonocore, designer pour Nadir, est satisfaite. « Nous avons effectué beaucoup de ventes ! Et avons eu de nouveaux clients. Venus d’Arabie Saoudite et surtout de France. » Elle juge l’agencement bon mais déplore une ambiance un peu trop calme. Yves Casile, directeur général de Nathalie Chaize trouve le visiteur « professionnel, curieux et assez sûr de lui ». Sentiment que l’on partage sur le stand Diamant Jeans. Il pense par ailleurs que les espaces vides devraient être encore plus mis en avant. Le salon a le potentiel pour devenir l’un des plus beaux salons de monde, selon lui. Le secret de sa survie ? l’image et l’information afin d’attiser au maximum la curiosité du visiteur tout en le faisant rêver. Pour lui, un maître-mot : « ne pas se reposer sur ses acquis ! » Certains trouvent utile de créer des bureaux d’information pour les jeunes créateurs et les visiteurs, des lieux d’accueil spécifiques pour les étrangers et les VIP. Bien que l’espace soit dynamique, plus de business lounge, plus de signalétique pour une meilleure orientation et optimiser son temps de visite, plus de décoration…

HALL 7.2

Au deuxième étage (Adresse Première, Le Studio et L'Expression), les commentaires sont souvent positifs, les commandes bonnes voire nombreuses. On qualifie le visiteur de tantôt « demandeur et intéressé » chez Fuegolita, tantôt de « très cosmopolite » chez Lauren Vidal et de « fidèle » selon Patrick Alta, directeur artistique d’Infinitif. Certains exposants sont parfois moins enthousiastes, dressent un bilan plus mitigé et ne trouvent pas les clients assez présents. Mais à l’unisson, les marques réclament la climatisation !

HALL 7.3

Au troisième et dernier étage, sur So Chic, Olly souligne un manque d’organisation : « Il n’y a pas de poubelles, pas de lumière, pas de signalétique et aucun interlocuteur en cas de problème » ainsi qu’un manque d’effort pour l’ambiance : « Ce serait bien d’avoir de la musique ». Cependant, « la diversité des clients qui venaient non seulement de France, de Tchécoslovaquie, de Chine et du Japon est un très bon point », modère-t-il. Yarnz, une marque indienne d’accessoires et So Fraim se réjouissent également de ce dernier point. So Fraim qui expose depuis 22 ans aurait aimé voir plus de visiteurs. « Il y a moins de monde que d’habitude », affirme le représentant de la marque.

Du côté de So World, So Good et de So Much, la majorité des témoignages sont durs. Lexx Moda, nouvel exposant de Prêt-à-Porter Paris, a « effectué quelques commandes, principalement à l’international (Grèce et Irlande) » mais regrette une ambiance « un peu trop calme ». D’autres affirment que « tout est beaucoup trop cher », qu’il « fait bien trop chaud ». « Il n’y a personne dans les allées » dit PK Exporters sur So Much tandis que son voisin Jyapu déclare : « nous sommes venus pour les clients français et il n’y en a pas ».

Sur So Shop, le visiteur ne se bousculait pas lundi 4 septembre. L’un des exposants affirme même qu’il est « absent ». Dans la mesure où les produits exposés sont extrêmement ciblés, les visiteurs ne viennent toutefois pas en badauds. Ils sont là pour trouver plus que pour chercher. Et chez Gohê, on juge les visiteurs « nombreux et agréables » et à 60 % français.

« So Move est mis à l’écart », selon l’un de ses exposants qui préfère rester anonyme. « Il y a une cassure entre nous et le reste du salon. Nous sommes à part. Les clients ne nous ont pas trouvé, et ils n’ont pas le temps de chercher. Ils sont pressés. Les gens ne s’y retrouvent pas. On est à côté des stands de cintres et des mannequins de vitrine. Les gens repartent en croyant s’être trompés ! » Très catégorique, l’un des exposants en vient à déclarer : « L’ambiance est froide. Réfrigérante même. La signalétique est inexistante. » Pour Baini Guo, commerciale de My Collection « un particulier m’a acheté une pièce ! Je ne suis pas là pour ça ! ». Elle a toutefois apprécié l’ambiance de cet espace qu’un autre exposant a trouvé « plutôt calme mais toujours intéressant pour trouver de nouveaux clients malgré un problème de climatisation et une affluence mesurée ».

De par une mise en scène chic et sobre, The Box, le nouvel espace sélectif entièrement consacré à l’accessoire, a globalement séduit visiteurs et exposants. La jeune créatrice Nicole Van Dyke juge le visitorat « de bonne qualité bien qu’il ne vienne pas en grande quantité ». Chez Jean-Charles de Castelbajac Toy+Toy, on apprécie cet « écrin de luxe » au sein duquel tout le matériel d’exposition est fourni. Néanmoins, on peut déplorer un problème d’éclairage : les linéaires horizontaux sur le haut des stands ne sont peut-être pas les mieux adaptés à une exposition faite sur des étagères. Certains exposants et nombre de visiteurs auraient préféré des linéaires verticaux pour une meilleure visibilité… Autres remarques récurrentes : la trop grande hétérogénéité des exposants et la distance trop importante séparant The Box d’Atmosphère, deux espaces que beaucoup jugent transversaux.

Présente sur So Ethic, la marque Les Fées de Bengale se dit « satisfaite de l’ensemble du salon » même si elle a trouvé le visiteur un peu « frileux » et « difficile à faire entrer sur le stand ». Ekyog a jugé l’espace meilleur que l’année dernière. « Il y a plus de monde. Les détaillants sont plus curieux et plus attentifs ». Et si les retombées du salon sont limitées pour certains, cela demeure néanmoins un lieu de rendez-vous incontournable de leurs clients. « C’est un salon où il faut être », affirme-t-on chez Ekyog. L’un des exposants, lui aussi présent sur ce même espace l’année dernière, le trouve mieux aménagé et plus fréquenté et bien qu’il n’ait pas de commandes fixes, il a eu de bons contacts. Les exposants sont plutôt satisfaits même si certains d’entre eux s’attendaient à mieux.

Du côté de Shibuya, les marques sont unanimes : il n’y a pas assez de monde. « Très calme » pour Old Glory, « plutôt calme » pour Emily the Strange, « des visiteurs au vrai sens du terme », pour Pucca… Nombreux sont eux qui auraient préféré se trouver sur Who’s Next. L’un des interviewés affirme que « tous les clients sont à Who’s Next ». Dans l’ensemble, la satisfaction reste limitée même si l’on note les efforts entrepris par l’organisation.


Le Midec

MIDEC


Le salon est jugé efficace pour la chaussure enfantine malgré des dates qui chevauchent la rentrée scolaire. Plutôt « traditionnel » pour Palladium Kids, le visiteur est « satisfait » selon pas mal d’exposants qui ont tous constaté un pic de fréquentation dans la journée de dimanche. Pour Gilles Devos, account manager chez Cortina, habitué du salon GDS en Allemagne où il investit 350 m² contre 120 en France, « dimanche et lundi furent de très grosses journées avec 90 % d’étrangers ». « Nous avons fait des ventes et pris des contacts, c’est pour cela que nous investissons » dit-il.

Pour la plupart des exposants, ce salon reste tout de même résolument franco-français. D’ailleurs, un grand nombre de personnes interviewés affirment en moyenne avoir eu 60 à 95 % de clients venus de l’hexagone. Mais ils ne se plaignent pas pour autant. « Nous n’avons pas fait de ventes et n’avons pas eu tellement de passage mais nous avons pris contact avec de nouveaux clients ». Voilà ce qu’affirme Kapil Mahtani, représentant du groupe indien KFC. « Nous considérons que c’est un petit salon mais nous en avons besoin pour pénétrer le marché français », ajoute-t-il.

Quant à la marque Mephisto, qui s’est offert 160 m² sur le Midec, elle « aurait souhaité voir plus d’étrangers ». « Nous souhaitons nous développer en Asie et dans les pays de l’Est. Malheureusement nous ne les avons pas vus. On ne se plaint pas pour autant ; c’est un salon important, mais très national. C’est bien pour le marché français, pour nos partenaires. Nous nous devons d’être là ».

Serge Lemelle chez Rodhe se réjouit d’« un visitorat (qui) s’est avéré très qualitatif ». Seule déception ? Une affluence un peu faible par rapport aux espérances de chacun. Chez Rockport, on qualifie la fréquentation de « pas énorme mais qualitative et constructive ». De son côté, Morgan, qui déclare avoir rencontré des clients du Japon, de l’Afrique du Sud, de l’Asie et d’Extrême-Orient, remarque un comportement différent selon la provenance des visiteurs. « Les français sont frileux, ils cherchent en fonction du prix ; les étrangers, eux, cherchent en fonction de l’image, de l’univers de la marque et des produits ». Pour nombre d’exposants, le bilan est bon mais les visiteurs pas assez nombreux.

José Reis, PDG de la marque éponyme, déclare que ces clients lui conseillent d’avoir un stand sur Who’s Next en février 2007. Ce n’est d’ailleurs pas la seule marque rencontrée à envisager un changement de salon pour la prochaine édition. String Republic, jeune marque de mocassins aux imprimés originaux, a pu grâce à sa présence sur le Midec se rendre compte que ses modèles ne correspondent pas aux attentes des visiteurs de ce salon. « Notre produit d’appel est axé pour les boutiques branchés ».

A noter la belle configuration de Capture qui offre une dimension plus jeune au Midec. « L’espace commence à prendre de l’identité. Le client y est sensible » affirme-ton sur un stand. Un bémol toutefois : l’entrée spécifique créée pour Capture était si peu mise en valeur qu’on ne la remarquait presque pas en longeant le hall 4 renfermant le Midec. Côté signalétique, il est relativement aisé de ce repérer dans ce salon à taille humaine. Une petite erreur s’est néanmoins glissée sur les pancartes de l’espace Capture qui se muait sur ces dernières en espace « Extentions ».

Qualifié de « presque régional, ce petit salon est parisien » selon certains. Au yeux d’autres exposants, « l’équipe redynamise le salon. On va dans le bon sens. » Et l'esprit villages en a conquis plus d'un.


SALON DE LA MAROQUINERIE


« Le panel de marques est pauvre », « les grandes marques ont déserté », « on entend que la ventilation alors que l'on meurt de chaud », « le nombre d’exposants et le nombre de visiteurs sont en baisse »... Nombreux sont ceux qui anonymement ont souligné la frilosité et le découragement qui semblent s’être installés sur le salon de la Maroquinerie.

On déplore la disparition des défilés et l'absence de musique.

Mylène Cheulg, responsable commerciale pour Laurence C affirme que cette cession n’apporte pas de « retour sur investissement » et qu’il est possible que la marque ne soit pas présente l’année prochaine. Bien que non isolé, ce cas n'est pas tout à fait représentatif de l'ensemble des exposants puisque certains ne sont pas mécontents malgré un volume des commandes en baisse.

« Un salon ne peut vivre qu’à travers ses exposants. » Tels sont les propos tenus sur le stand DDP qui les juge d’ailleurs trop peu nombreux pour que le salon de la maroquinerie attire. Au fil des allées, on vient à déclarer que « cette manifestation meurt doucement », souffrant de la concurrence parfois directe d'autres salons.

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