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Black Friday : ce vendredi, certains disent "Green" voire "Nothing"

Publié le
today 22 nov. 2018
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La popularité du Black Friday ne cesse d'augmenter en France. Pas moins de 91 % des Français connaîtraient l'événement, contre 58 % en 2016, d'après un sondage YouGov pour le site spécialisé Poulpeo. Alors que le rendez-vous était initialement dédié aux produits technologiques, nombre d'enseignes et de marques de mode participent aujourd'hui à l'événement importé d'outre-Atlantique. Rouleau compresseur commercial, le rendez-vous est cependant loin de faire l'unanimité sur le plan éthique, mais aussi sur la rentabilité de la démarche à court et long termes.


Veja décide de ne rien faire pour ce vendredi et le précise avec ce visuel sur ses réseaux sociaux - Instagram Veja


La fronde contre ce « vendredi noir » était initialement verte, des associations et des enseignes s'élevant contre une approche jugée déraisonnable. Greenpeace a notamment appelé à prendre le contrepied. « Afin de perturber la tenue du Black Friday et du Cyber Monday (le 26 novembre), deux moments forts du consumérisme dans le monde, Greenpeace et ses partenaires lancent le "Make Something Week" (la semaine de l'action) », précise l'association.

UFC que Choisir considère pour sa part qu'il s'agit d'une « foire aux fausses promotions ». L'association met même en garde les consommateurs : « Malheureusement, beaucoup de ces rabais sont loin d’être aussi intéressants qu’ils n’y paraissent. Non seulement les marchands ont toujours tendance à appliquer des ristournes sur les produits les moins en vue ou à afficher des "jusqu’à -50 %" alors que cette réduction ne concerne qu’une toute petite partie des produits. Mais surtout, ils continuent, pour afficher les rabais les plus importants possibles, à s’appuyer sur des prix d’origine élevés qui ne correspondent pas à la réalité », précise l'association sur son site.

Des points qui incitent plusieurs acteurs à de montrer réfractaires au Black Friday. Aux Etats-Unis, Patagonia boycotte de longue date le rendez-vous. Le groupe REI, enseigne spécialisée dans les produits pour les pratiques outdoor, a lui décidé depuis 2015 de fermer les portes de ses 153 magasins, mais clôt aussi les terminaux de paiements online de ses sites. Il incite ses clients, mais surtout ses 12 000 salariés qu'il paie ce jour là, à sortir et profiter des grands espaces avec un leitmotiv #optoutside.


L'enseigne REI donne la journée à ses 12 000 salariés - REI


En France, la Camif ferme aussi son site ce 23 novembre avec un discours direct : « Une journée sous le signe de la surconsommation, à l’origine des désastres écologiques et sociaux. Une journée que l’on refuse. Engagée pour une consommation responsable, la Camif souhaite, à l’inverse, inciter les Français à changer leur mode de consommation (plus locale et plus durable) durant ce vendredi noir ».

Dans le secteur de la mode, l'enseigne Altermundi a elle fait le choix de ne pas faire de promotions pendant cette période. En revanche, elle reverse 15 % des ventes réalisées à des associations oeuvrant pour le développement de l'économie circulaire.

La marque de chaussures Veja annonce elle qu'après trois années où elle proposait ce jour là des offres sur ses anciennes collections, elle a décidé de ne rien faire de spécial. La marque française, qui s'inscrit depuis son lancement en 2004 dans une démarche écologique et responsable, explique sur ses réseaux sociaux : « Nous y participions, mais en nous sentant à chaque fois plus mal à l’aise. Comme si participer au Black Friday était contraire à notre projet, comme si cela n’était pas cohérent. Aujourd’hui, l’équipe a pris collectivement la décision de dire au revoir au Black Friday. Nous avons décidé de clamer haut et fort que nous ne "jouerons" plus avec cet événement, même pour en faire un outil de communication. Dorénavant, nous l’ignorerons complètement ».

Sébastien Klopp, son cofondateur, appuie ce propos : « Ne pas faire le Black Friday est une chance. Beaucoup de marques aimeraient s’abstenir, mais ne peuvent pas s’en passer économiquement. Nous ne critiquons personne, mais nous appliquons à nous-mêmes ce qui nous semble être juste. Si d’autres suivent, tant mieux. Si toute l’industrie de la mode continue le Black Friday, nous nous retrouverons seuls sur notre île, mais nous sommes habitués ».


Guillaume Gibault, du Slip Français, fait l'impasse sur le Black Friday cette année - Le Slip Français


Revendiquant sa fabrication made in France et un prix « juste » toute l'année, Le Slip Français se refuse lui aussi à participer. Pourtant, la marque s'était bien inscrite dans cette période de promotion l'an dernier, comme l'explique Guillaume Gibault, son dirigeant : « Nous avions fait une journée du cyber slip sur ce week-end du Black Friday. Nous avions décidé de le faire car l'objectif de rentabilité que nous voulions atteindre pour la première fois en 2017 était tendu, nous avions besoin de cet accélérateur de vente. On sait que cela fonctionne, puisqu'on l'a testé avec réussite. Mais nous n'étions pas à l'aise avec ça, nous voulons maintenant privilégier notre vision long terme à celle du court terme. »

Le Slip Français communiquait donc ce jeudi sur les réseaux sociaux pour expliquer les valeurs qui poussent la marque à ne pas faire de Black Friday. « Mais ça n'est pas une communication radicale, on dit simplement pourquoi on ne le fait pas. Il faut faire attention à ne pas basculer du côté de la morale », prévient Guillaume Gibault. « On a tous un cerveau gauche et un cerveau droit, certains entendent ce message et vont y adhérer, d'autres l'entendent, mais veulent quand même faire de bonnes affaires. Tout n'est pas tout noir ou tout blanc, mais nous sommes convaincus que la tendance de fond prend de l'ampleur et que l'engagement humain qui est derrière ce refus du Black Friday va être compris », espère le chef d'entreprise.

Ce rejet du Black Friday n'est en effet plus la spécificité des marques et acteurs éthiques ou avec une démarche écologique revendiquée. Ainsi, Balzac Paris met de son côté en place une opération de collecte en proposant une réduction de 15 euros offerte aux clients sur le site. Lors de la réception des achats, ceux-ci pourront utiliser une étiquette de retour pour renvoyer des habits propres dont ils n'ont plus l'utilité de toutes marques. Ces produits seront ensuite confiés au Relais, spécialiste de la revalorisation textile.


Jennyfer refuse aussi le Black Friday cette année - Jennyfer


Au-delà des marques, des acteurs de la distribution s'engagent aussi sur ce chemin. Chez Jennyfer, en 2017, une remise de 30 % sur l'ensemble de l'offre avait été réalisée. Contrepied cette année : « Aujourd’hui, nous nous servons de cette action "No Black Friday" pour communiquer sur nos prix bas toute l’année. Depuis trois mois, ils ont été réduits de 15 % et il a été choisi d’arrêter les promotions constantes : nous conservons uniquement les ventes de mi-saison et les soldes », justifie Sébastien Bismuth, qui a repris cette année l’enseigne de mode jeune, épaulé d’un consortium d’investisseurs, et commence donc à imprimer sa nouvelle stratégie.

Toutes les vitrines du réseau seront tapissées d’affiches sur lesquelles la mention Black Friday est rayée et où s’épanouit le mantra good price every day (un bon prix tous les jours). Les réseaux sociaux relaieront aussi ce message. Une démarche assumée qui se veut de long terme pour le dirigeant français : « Il est sûr qu’on va perdre du chiffre d’affaires dans l’immédiat. Mais je pense qu’on y gagnera sur le long terme, en proposant des prix hyper compétitifs à l’année ».

La rédaction de FashionNetwork.com

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